Pour une ufologie scientifique

 

Réponse à la réponse 2 de Monsieur Claude Poher

 

par Auguste Meessen


 

Le problème posé est d’ordre scientifique et doit donc pourvoir être résolu d’une manière tout à fait objective et impartiale. Cette clarification est d’ailleurs fort instructive, puisqu’elle nous permet de voir comment les sciences fonctionnent. La réponse que Monsieur Poher vient de fournir nous aidera même à mieux comprendre pourquoi une petite erreur peut avoir des effets catastrophiques. Il est également utile, voire nécessaire, d’y ajouter quelques réflexions sur l’ufologie actuelle

Je rappelle que dans mon analyse de la théorie des universons, j’avais montré que le théorème fondamental de cette théorie est faux, parce qu’on a utilisé la loi d’addition des vitesses de la mécanique classique au lieu de celle de la mécanique relativiste. Dans sa réponse, M. Poher a affirmé qu’il n’y avait pas d’addition de vitesses et qu’il était suffisant de considérer la trajectoire suivie par l’universon, en se basant sur l’argument qui rend compte de l’aberration du chemin suivi par la lumière venant du zénith. J’ai analysé cet effet qui résulte du mouvement de la Terre et j’ai montré qu’il n’est pas applicable au cas qui nous préoccupe. Le théorème est faux ! Monsieur Poher répond cependant que toute mon argumentation se ramène à une analyse qui est " parfaitement incorrecte. "

 

Voyons cela de plus près, mais notons que Claude Poher suggère d’abord que les difficultés qu’il rencontre actuellement pourraient provenir du fait qu’il a essayé de " simplifier le plus possible la présentation afin de la rendre accessible au plus grand nombre. " C’est un effort louable, mais je rappelle ce que Einstein a dit à cet égard : " il faut toujours simplifier le plus possible, mais pas plus que ça. " Nous verrons ce que cela veut dire.

M. Poher considère maintenant la transformation de Lorentz qui s’applique à deux référentiels en mouvement relatif uniforme. Cette transformation définit simplement les coordonnées d’espace-temps (x’,t’) dans un de ces référentiels en fonction des coordonnées (x,t) du même événement dans l’autre référentiel. En divisant x’ par t’, on obtient alors une expression de la vitesse V’ = x’/t’ en fonction de la vitesse V = x/t et de la vitesse relative des deux référentiels v. Avec ces notations, la loi d’addition des vitesses de la mécanique relativiste s’écrit sous la forme

V’ = (V-v) / (1- v.V/c2)

Cette loi est bien connue et je l’avais déjà présentée : c’est la relation (6) de mon analyse de la théorie des universons. M. Poher l’applique au cas où V’ = c.cos(phi prime), V = c.cos(phi) et v = A.tau. En divisant par c, on obtient sa relation (3). Il cherche, en effet, à savoir ce qui se passe quand phi = 0. Dans ce cas, cos(phi) = 1 et V = c. Il en résulte que

V’ = (c-v) / (1-v/c)

 

Monsieur Poher introduit alors une simplification, lourde de conséquences. Puisque v est très petit par rapport à c, il affirme que dans le dénominateur, on peut négliger v/c par rapport à 1, ce qui conduit alors à V’ = c-v. S’il avait été conséquent, il aurait dû dire que c-v = c(1-v/c) = c, puisque v/c est négligeable par rapport à 1. En fait, on peut éviter toute approximation, en multipliant la fraction ci-dessus en haut et en bas par c. Cela fournit immédiatement

V’ = c.(c-v) / (c-v) = c

A cause de l’expression de V’, il en résulte que cos(phi prime) = 1. Monsieur Poher se trompe (voir l’expression (5) de sa réponse 2). J’avais déjà utilisé le même argument dans mon analyse de la théorie des universons, mais Claude Poher considère que " Monsieur Meessen ne tient aucun compte de ce que j’écris. " Ne serait-ce pas l’inverse ? Il pense que je " refuse de comprendre " ces idées. Ce que nous venons de voir démontre que je les comprends très bien, mais que je refuse de considérer comme vrai ce qui ne l’est pas ! Cela fait partie de mes responsabilités en tant que scientifique, mais aussi de mes responsabilités vis-à-vis de l’ufologie, puisque sa percée ne peut être réalisée qu’en passant par le développement d’une ufologie scientifique. Il ne s’agit donc pas d’une " entreprise de démolition ", mais d’un problème qui mérite vraiment qu’on y réfléchisse.

Il se fait que le dernier numéro (107) de la revue Inforespace contient un article de Ron Westrum, professeur à la Eastern Michigan University. C’est un des pionniers de la sociologie des sciences et il s’intéresse tout particulièrement au traitement des " anomalies scientifiques. " Il est hautement probable, en effet, qu’ils exigeront des changements importants des paradigmes actuels, mais ces données suscitent des résistances très fortes et le plus souvent irrationnelles ou du moins peu objectives. On prétend, par exemple, que la littérature qui se rapporte à ces anomalies n’aurait pas une qualité suffisamment scientifique pour qu’elle soit prise au sérieux. C’est un mauvais prétexte. Il suffirait de la rendre soi-même plus scientifique, mais en fait, on n’ose pas s’y impliquer, que ce soit par peur des autres ou par suite de préjugés. Cela étant dit, il faut quand même attribuer aussi une part des responsabilités aux ufologues eux-mêmes et c’est cela qui doit nous interpeller.

L’article de Ron Westrum, paru initialement dans le Mufon UFO Journal, April 2001, cite d’abord un reproche que James Oberg a formulé. C’est un scientifique qui fait partie de ceux qui se déclarent sceptiques vis-à-vis du phénomène ovni. Il affirme carrément que l’ufologie est une entreprise quasi totalement dépourvue de sens critique et que les ufologues se soucient très peu de la recherche de la vérité. Ron Westrum ajoute pour sa part que les ufologues " ont fait très peu pour remédier à cette situation. L’ufologie est un univers replié sur lui-même. " Je pense que M. Westrum ne se rend pas compte du fait que dans les sciences exactes, les barrières sont bien plus élevées qu’en sociologie, mais je dois reconnaître qu’il pointe son doigt sur un problème qui est réel : " L’ufologie n’a pas su se lier à la communauté scientifique. "

Une des causes est que " nos analyses ufologiques ne servent qu’à discuter des hypothèses issues du sens commun et non des hypothèses scientifiques. " Dès le départ, quand il y a des tentatives d’en arriver à une compréhension des faits observés, on se permet trop souvent de partir d’hypothèses qui sont tout à fait extérieures au corpus des savoirs assurés ou qui sont même directement, aux yeux des scientifiques professionnels, tout à fait fantaisistes. Ce n’est pas tout, puisque Ron Westrum mentionne " un autre problème sérieux : notre incapacité à tester nos hypothèses. Nous ne recueillons des données que dans le seul but de confirmer nos croyances et nous évitons de nous livrer à des vérifications sur ce que nous croyons savoir. "

Ce sociologue des sciences, plein de sympathie pour l’ufologie, nous dit des choses qui sont très dures, mais il les dit pour notre bien, en s’y incluant lui-même: " Nous ne mettons pas notre "savoir" à l’épreuve comme il devrait l’être… Et nous voilà en équilibre précaire au-dessus du gouffre ouvert par nos spéculations. "

Pierre Lagrange qui a traduit cet article, ajoute un commentaire fort utile : " D’abord, il est important de parvenir à intéresser les scientifiques aux ovnis. " Pour cela, il faut " relier la question des ovnis à des questions qui intéressent les scientifiques. " Je pense que la recherche de la vérité pour les problèmes que Monsieur Poher a soulevés pourrait déjà convenir, puisque je suis passé moi-même, en 1972, par une analyse des théories de la propulsion des ovnis existant à cette époque. Je les ai rejetées, mais cela ne m’a pas empêché de devenir ufologue. D’après Monsieur Lagrange, il faut " passer de la discussion à l’action, du simple échange de mots à la production de faits. " Cela implique qu’on doit " mettre en place les conditions de productions de choses qu’on pourrait appeler des faits scientifiques. "

 

Je pense que Claude Poher a sincèrement voulu faire de l’ufologie scientifique, mais n’a pas été suffisamment autocritique et malheureusement, il n’a même pas voulu écouter les conseils d’un ami. Il l’accuse au contraire de ne pas vouloir comprendre. J’ai confiance dans l’intelligence rationnelle de Monsieur Poher et j’espère qu’il ne tardera pas à voir et à reconnaître ce qui doit quand même finir par devenir évident. Il me semble encore plus important qu’en partant des critiques énoncées par Ron Westrum, nous puissions tous prendre conscience d’un problème fondamental : celui des " promesses de l’ufologie. " C’est le titre de son article et il faut l’entendre dans le sens des potentialités de l’ufologie pour des développements futurs dans les domaines scientifiques, techniques et culturels. Je suis persuadé que la résolution de l’énigme des ovnis sera accompagnée d’une très grande expansion de notre horizon intellectuel.

 

Cela concerne en premier lieu tous les scientifiques, qu’ils soient ufologues ou non, mais il est également très important que ceux qui se sont déjà familiarisés avec les données de base du problème des ovnis se sentent interpellés par la nécessité de développer une ufologie scientifique, en étant bien conscients de ses exigences. C’est seulement comme cela que l’ufologie pourra sortir de son ornière et tous les scientifiques sont appelés à relever ce défi.

1er Janvier 2004


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