Fondements et conséquences de la théorie des universons

 

Réponse à la réponse de Claude Poher

Auguste Meessen

Professeur émérite de physique théorique à l’UCL


 

Résumé : Nous poursuivons l’analyse de la théorie des universons, proposée par Claude Poher. L’examen de sa réponse à mes objections confirme que cette théorie est logiquement et physiquement inadéquate. Une étude scientifique approfondie du phénomène ovni est cependant très nécessaire.

 

Introduction

 

A l’échelle mondiale, il y a de l’ordre de cent mille observations d’objets volants non identifiés et ce phénomène possède des caractéristiques propres, très remarquables. Il est de plus en plus urgent d’étudier ces données d’une manière scientifique. Cela veut dire qu’il ne suffit pas de collectionner des récits de témoins et des faits observés, même s’ils résultent de détections instrumentales, de traces physiques ou des séquelles physiologiques. Il faut également chercher à comprendre ce qui se passe, en partant des lois physiques connues. La méthodologie scientifique habituelle, faisant appel à des observations objectives aussi précises et détaillées que possible, associées à des raisonnements rigoureux, a fait ses preuves et elle devrait également être applicable dans ce cas.

Ce qui importe en premier lieu, c’est de se rendre compte du fait qu’il y a réellement un problème. C’est même un des plus grands problèmes scientifiques de notre époque, puisque les faits observés semblent indiquer avec de plus en plus d’insistance que nous sommes confrontés à des manifestations d’une technologie d’origine extraterrestre. Il serait au moins utile qu’on puisse en être certain, mais pour cela, il faut y travailler. Ce n’est pas un problème facile, parce qu’il y a des blocages émotionnels en plus des difficultés qui résultent du fait que des civilisations extraterrestres beaucoup plus anciennes que la nôtre pourraient disposer de savoirs scientifiques et techniques dont nous n’avons aucune idée.

Puisque ceci concerne en particulier le problème des voyages interstellaires, il est logique et nécessaire de commencer par un examen approfondi des très nombreuses observations d’ovnis évoluant près de la surface de la Terre. Il faut en extraire les caractéristiques et chercher à les expliquer. Ce programme soulève déjà une foule de questions très concrètes et au moins certaines d’entre elles devraient trouver des réponses, en partant uniquement des lois physiques connues. Ces lois peuvent être appliquées cependant d’une manière inattendue, comme le démontre le développement des lasers et le phénomène de la foudre en boule.

Claude Poher a essayé d’attaquer le problème central, qui est celui de la maîtrise technique des voyages interstellaires. Il pense que le système de propulsion doit être de type gravifique et dans cette optique, il a cherché à développer une nouvelle théorie de la gravitation. Cette tentative est tout à fait respectable, mais exige que les idées proposées soient examinées à la fois avec une grande ouverture d’esprit et beaucoup de sens critique. C’est la démarche scientifique habituelle, tout à fait orientée vers la recherche de la vérité, indépendamment des personnes impliquées.

 

La théorie des Universons et son analyse

Rappelons que Monsieur Poher a exposé sa théorie dans le livre " Gravitation Les Universons, énergie du futur " (Editions du Rocher, 2002). Il postule l’existence d’un nouveau type de particules qu’il appelle des Universons, parce qu’ils existent partout dans l’Univers. Ils le traversent en tous sens, avec la vitesse de la lumière dans le vide c. Ce seraient donc des particules sans masse au repos, comme les photons, mais les grains de lumière interagissent seulement avec des particules chargées, tandis que les universon seraient capables d’interagir avec n’importe quelle particule matérielle, qu’elle soit chargée ou non. Cette interaction serait cependant radicalement différente de toutes les interactions connues, puisque les particules matérielles sont supposées pouvoir capturer des universons et les garder pendant un petit intervalle de temps dans un état lié. Quand ils sont libérés, les universons se déplacent de nouveau à la vitesse c.

Certaines lois physiques très fondamentales, telles que le principe d’inertie et la loi de Newton, ainsi que les lois de conservation de l’énergie et de la quantité de mouvement, doivent être préservées. Pour cela, il est nécessaire de postuler que les universons émis ont exactement la même énergie que les universons incidents, ce qui conduit déjà à des problèmes de cohérence logique Je l’ai démontré dans une analyse des fondements de la théorie des universons, accessible sur Internet à l’adresse suivante :

 

http://www.meessen.net/AMeessen/Universons.pdf

 

M. Poher détermine l’énergie des universons à partir d’une interprétation fort étrange des résultats d’une expérience de laboratoire, effectuée récemment au moyen de neutrons ayant une énergie cinétique extrêmement petite. Contrairement aux concepteurs de cette expérience, voulant justement montrer que ces particules obéissent aux lois de la mécanique quantique, Claude Poher remplace leur comportement ondulatoire par des captures d’universons. Un universon venant d’en bas, devrait communiquer chaque fois à un neutron lent suffisamment d’énergie cinétique verticale pour qu’il puisse sortir du filtre, avant de libérer l’universon capturé. L’énergie d’un universon serait alors très petite (p.111).

 

La nouvelle théorie de la gravitation et la proposition que les universons pourraient être utilisés pour réaliser des voyages interstellaires repose sur une affirmation que nous pouvons considérer comme un théorème. Il doit être démontré en effet à partir des postulats de base et il sert à prévoir le déroulement de l’interaction d’un universon avec une particule matérielle donnée. Ses effets seraient uniquement déterminés par l’état de mouvement de la particule matérielle considérée, quelle que soit sa nature.

Toute particule matérielle qui se trouve au repos ou en mouvement rectiligne uniforme doit rester dans cet état, aussi longtemps qu’elle n’est pas perturbée par des forces appliquées (et quand on l’observe à partir d’un référentiel d’inertie). Cette exigence serait satisfaite, si l’on pouvait être certain que la capture temporaire d’un universon ne modifiera pas son énergie initiale. C’est une hypothèse ad hoc, puisque j’ai montré que la théorie de la relativité implique que les universons peuvent avoir n’importe quelle énergie. En outre, on n’a pas pu décrire le mécanisme d’éjection de l’universon et l’on ne sait donc pas pourquoi son énergie serait exactement égale à celle qu’il avait avant sa capture. Il ne suffit pas que ce soit désirable, pour que cela se réalise.

Admettons-le. On retrouve alors la particule matérielle dans son état de mouvement initial, tandis que l’universon émis se meut à la vitesse c, suivant la même direction qu’avant sa capture. Il y aurait simplement un petit déplacement latéral de la trajectoire, si le mouvement était régi par les lois de la mécanique classique. D’après Claude Poher, le résultat de l’interaction serait notablement différent quand la particule matérielle est accélérée.

 

Si l’on admet toujours l’hypothèse que l’Universon émis doit avoir exactement la même énergie que l’universon incident, la loi de Newton est préservée pour la particule matérielle. Et dans le référentiel où cette particule a été accélérée, l’universon émis se déplacera à la vitesse c, suivant la même direction que l’universon incident. Pour évaluer les effets statistiques des captures et des éjections dans un flux isotrope d’universons cosmologique, il faut considérer cependant le mouvement de l’universon émis par rapport à la particule. Ceci implique un changement de référentiel, pour compenser la vitesse v de la particule. M. Poher pense avoir prouvé que si l’universon incident se déplaçait suivant la direction de l’accélération, alors, vu de la particule, il serait un peu dévié après sa libération. L’angle de déviation augmenterait d’ailleurs avec la grandeur de l’accélération.

J’ai montré dans mon analyse que cette démonstration est entachée d’une erreur. Je l’ai prouvé d’abord en considérant le cas cité d’une manière directe et j’ai montré ensuite que la cause de l’erreur provient du fait que M. Poher a utilisé la loi d’addition des vitesses de la mécanique classique au lieu de celle de la mécanique relativiste. Etant donné que l’auteur de cette théorie a contesté mon argument, je le rends plus explicite, en modifiant l’approche. Cela permettra aussi à d’autres personnes de mieux comprendre ce qui n’est pas tellement familier.

J’ai représenté ce qui se passe sur la figure 1, en considérant maintenant seulement les vitesses (et non pas les quantités de mouvement, dont la somme doit être conservée). Nous considérons deux référentiels R et R’. Le premier est celui par rapport auquel la particule matérielle a été accélérée. Elle s’y meut à la vitesse v juste après la libération de l’universon. Celui-ci se déplace alors à la vitesse c, suivant une direction qui est identique à celle de l’universon incident. Comme M. Poher, nous supposons que l’angle d’incidence et de sortie phi peut avoir n’importe quelle valeur, mais nous nous intéresserons aux très petits angles. Pour rendre la figure plus claire, nous y avons exagéré sa valeur. Dans le référentiel R’, la particule matérielle est au repos, parce que sa vitesse v a été compensée, en donnant à R’ un mouvement adéquat par rapport à R. Il suffit que R’ se meuve vers l’avant par rapport à R, avec une vitesse de grandeur v.

 

Figure 1 : La loi d’addition des vitesses lors du changement de référentiel, d’après Claude Poher

Claude Poher a correctement tenu compte du fait que la grandeur de la vitesse de l’universon doit toujours être égale à c, aussi bien dans R’ que dans R. Ceci résulte de la théorie de la relativité (R et R’ étant des référentiels d’inertie). Malheureusement, M. Poher a combiné ce principe avec une autre idée qui est seulement valable en mécanique classique. Elle implique qu’en passant de R à R’, il faut retrancher la vitesse v de la composante des vitesses suivant la direction du mouvement relatif. Cette procédure n’est plus valable en mécanique relativiste, comme on peut le constater facilement, en considérant le cas particulier où phi = 0. Dans le référentiel R, la vitesse de l’universon serait alors égale à c, mais dans R’, elle deviendrait égale à c-v, ce qui n’est pas admissible, puisqu’elle doit être égale à c.

Il faut donc modifier la loi d’addition des vitesses de la mécanique classique, pour que la vitesse de l’universon puisse toujours rester égale à c. Dans mon analyse, j’ai fourni la loi d’addition des vitesses de la mécanique relativiste. Elle permet de trouver dans tous les cas la valeur de l’angle phi prime en fonction de l’angle phi et de la vitesse v. Il en résulte cependant, contrairement à ce que Claude Poher a affirmé, que phi prime = 0 quand phi = 0. L’universon ne serait donc pas dévié par rapport à sa direction d’incidence et les effets statistiques des captures et libérations des universons ne conduiraient plus à une " poussée " dans le sens de l’accélération de la particule.

Malheureusement, toute la construction qui a été basée sur ce théorème s’écroule à son tour. En fait, ce n’est pas seulement la prémisse qui est fausse, mais la suite contient également des incohérences. Je n’avais pas voulu insister sur ce point. La réaction de Claude Poher rend cependant nécessaire de montrer en détail, au moins dans un cas, que sa théorie conduit à des contradictions internes. L’argument est résumé par les trois images de la figure 2. Les deux premières résument ce que la théorie des universons prévoit pour une particule matérielle de masse M, en supposant simplement qu’elle est accélérée. La troisième image illustre le paradoxe qui en résulte.

 

Figure 2 : La pesanteur pourrait être supprimée, en annulant l’accélération !

Du moment que la particule matérielle de masse M est accélérée, quelle que soit sa nature, les universons devraient exercer sur elle une certaine pression, donnant lieu à l’apparition d’une force F’. Il se fait qu’elle est proportionnelle à la grandeur de l’accélération a. Le coefficient de proportionnalité fut donc identifié à la masse M, pour retrouver la loi de Newton.

Pour aboutir à cette conclusion, on a supposé que statistiquement, les captures et éjections des universons venant de toute part conduisent à un manque de poussée dans un petit cône, entourant le vecteur accélération de la particule matérielle. Le calcul avait pourtant montré qu’elle n’était pas affectée lors des interactions individuelles, pour que la loi de Newton ne soit pas modifiée. Notons également qu’on n’a pas spécifié si l’accélération devait résulter de l’action d’une autre force (comme c’est le cas, quand on utilise un référentiel d’inertie) ou si elle pouvait résulter du choix d’un référentiel qui est lui-même accéléré par rapport à un référentiel d’inertie. Certaines parties du livre de M. Poher montrent qu’il considère l’un et l’autre cas. Ce sont des exemples d’incohérences, mais retenons uniquement ce qui est le plus important : la force F’ a été identifiée à la force de la gravitation. Pour cela, il fallait admettre que deux corps matériels qui s’attirent mutuellement devaient nécessairement être accélérés ! C’est cela qui est à la base de la " nouvelle théorie de la gravitation. "

Pour voir ce qui en résulte, nous l’appliquons au cas d’un corps matériel qui est soumis à une force gravifique et à une autre force, d’orientation opposée. La première confère au corps un poids P. La seconde fournit une résistance R. Quand R = P, l’accélération du corps sera nulle (par rapport à la Terre). S’il est au repos, il reste au repos. Nous pouvons penser par exemple à un caillou, tenu immobile sur une main. Dès que l’accélération est nulle, il ne devrait plus y avoir de force de gravitation, d’après la théorie des universons. Pourtant, cette force continue à exister ! Elle a simplement été compensée par une force d’origine différente.

J’avais exprimé cela d’une manière très brève : " Quand nous sommes assis sur une chaise, nous sommes attirés par la Terre, sans être accélérés. " Cet argument contredit la théorie des universons d’une manière flagrante, et il est valable pour n’importe quel corps matériel, même pour la plus petite particule qu’on puisse imaginer. Claude Poher ne l’a pas vu. Il me semble qu’il aurait pu saisir le message, s’il était un peu moins braqué sur la défense pure et dure de ses idées.

 

La réponse de Claude Poher et ce qu’elle nous apprend

 

Monsieur Poher reconnaît qu’il n’y pas eu de propos agressifs ou insultants de ma part et que je " place ainsi la discussion sur le terrain scientifique exclusivement. " Ensuite, il rappelle l’argumentation qui l’avait amené à construire cette théorie et il affirme que " Monsieur Meessen oublie complètement les preuves expérimentales. " Il s’agit d’anomalies qui ont effectivement été constatées, mais qui sont interprétées par Claude Poher comme étant des confirmations de sa théorie. Si la théorie des universons est fausse, elle ne peut pas être confirmée par quoi que ce soit. Les anomalies citées sont fort intéressantes, mais d’aucun secours dans le cas présent, puisque la théorie est déjà inacceptable pour des raisons d’ordre logique. La réponse de Claude Poher est cependant très instructive. Elle est accessible sur Internet, à l’adresse suivante :

 

http://www.ufocom.org/pages/v_fr/m_sciences/universons/CPoher_a_AMeessen.pdf

 

L’objection essentielle, résultant du fait que la loi d’addition des vitesses de la mécanique classique a été utilisée au lieu de celle de la mécanique relativiste, n’est traitée que d’une manière très brève (en 19 sur 448 lignes). L’argument avancé par M. Poher est fort éclairant, si nous voulons comprendre pourquoi cette malheureuse erreur a pu survenir. C’est en même temps une occasion pour faire la connaissance d’un beau problème de physique et pour mieux comprendre le Monde dans le quel nous vivons.

Claude Poher affirme que " Monsieur Meessen commet une erreur d’interprétation. Il n’y a aucune addition de vitesse dans ce raisonnement " (p.9). Il parle cependant d’un référentiel lié à la particule de matière au moment de la capture de l’Universon et il dit que " ce référentiel là ne nous intéresse pas. " Il faut utiliser un autre référentiel, où la particule matérielle est au repos au moment de la libération de l’universon. Il y a donc quand même un changement de référentiel, mais pour M. Poher, cela n’implique aucune redéfinition des vitesses - bien que l’équation (5.19) de son livre ait justement cet objectif. Comment expliquer ces oublis ?

Cela résulte du fait que dès le départ, l’attention de M. Poher était focalisée sur autre chose. Il dit dans sa réponse : " Nous examinons seulement la trajectoire de l’universon depuis la particule de matière au moment où l’Universon est réémis. Il s’agit là d’une très classique ‘aberration de vitesse’, exactement la même que celle que l’on observe en regardant les étoiles depuis la Terre avec un télescope. " Le concept d’une aberration de vitesse apparut déjà dans son livre (p.130), mais il n’y a pas été défini. Dans sa réponse, M. Poher donne plus d’informations à cet égard : " La vitesse de la Terre dévie la trajectoire ‘apparente’ des photons [d’un angle égal au rapport de la composante de la vitesse de la Terre dans la direction normale à celle d’observation, par la vitesse de la lumière]. On n’utilise jamais la relation relativiste pour calculer cet angle qui ne dépasse pas quelques secondes d’arc… Il serait parfaitement ridicule de faire appel à une composition des vitesses " pour un angle de déviation tellement petit.

Voilà donc le nœud du problème. Nous allons le défaire, sans devoir utiliser un glaive, comme Alexandre le fit pour ouvrir le fameux nœud gordien. J’expliquerai d’abord ce que M. Poher vient de dire. Il apparaîtra qu’il a raison sur ce point et nous verrons pourquoi l’approximation de la mécanique classique est suffisante dans ce cas, mais pas pour les universons. Nous partons d’un exemple bien familier : la chute de gouttes de pluie. S’ils n’y a pas de vent, elles tombent verticalement par rapport au sol terrestre. Quelle sera la trajectoire de ces gouttes de pluie pour un voyageur qui est assis dans un wagon de TGV ?

Cela dépend. Si le wagon est immobile, la trajectoire des gouttes de pluie sera verticale, mais quand le train se déplace à une vitesse constante par rapport aux rails, ces trajectoires sont inclinées d’un certain angle. Sa valeur dépend de la vitesse de chute verticale c des gouttes de pluie et de la vitesse horizontale v du train. La figure 3 explique comment on peut calculer cet angle. Il suffit de considérer que pour le voyageur, le mouvement d’une goutte de pluie se compose d’une chute verticale et d’un déplacement horizontal, bien que ce dernier soit uniquement dû au mouvement de l’observateur. Pendant un temps t, la goutte de pluie tombe d’une hauteur ct, mais semble reculer d’une distance vt par rapport au train. L’angle a est tel que tg(a) = v/c. Il s’agit bien d’un problème de changement de référentiels et d’addition de vitesses.

 

Figure 3 : Trajectoires d’une goutte de pluie vue d’un train au repos et en mouvement vers la droite.

La transposition astronomique est représentée sur la figure 4, en admettant qu’on voulait observer une étoile située au zénith. Le référentiel R’ se déplace horizontalement avec une vitesse de grandeur v par rapport au référentiel R, où la lumière arrive verticalement. Il y aura une composition des vitesses. Classiquement, on dirait que la lumière se déplace verticalement à la vitesse c, mais qu’il faut y ajouter un mouvement horizontal par rapport à l’observateur. Il en résulte également que tg(a) = v/c.

 

Figure 4 : La lumière qui arrive verticalement dans le référentiel R serait perçue comme si elle arrivait obliquement dans le référentiel R’ qui se déplace à la vitesse v vers la droite par rapport à R.

On a supposé que le changement de référentiel ne modifie pas la vitesse verticale, mais la théorie de la relativité impose que la grandeur de la vitesse de la lumière est toujours égale c, aussi bien dans R’ que dans R (si ce sont des référentiels d’inertie). Dans ce cas, l’angle d’inclinaison b sera un peu différent de a, puisqu’on aura la relation sin(b) = v/c, mais quand v est très petit par rapport à c, on ne se rendra pas compte de la différence.

Le calcul de l’angle d’aberration pouvait donc être effectué avec une précision suffisante, bien avant la découverte d’Einstein que la vitesse de la lumière dans le vide garde la même valeur c pour toute direction de propagation dans n’importe quel référentiel d’inertie. On a parlé d’une " aberration, " puisque, pour voir une étoile qui se trouve au zénith au moyen d’une longue lunette astronomique, il fallait incliner cette lunette d’un certain angle. C’est l’astronome anglais James Bradley qui se rendit compte de cet effet, déjà en 1728. Il effectua d’ailleurs une mesure très précise de l’angle d’inclinaison, au moyen d’une lunette qui avait une longueur de 212 pieds, soit plus 63 m !

Cela permit de comparer la vitesse de la lumière à celle du mouvement orbital de la Terre et fournit ainsi la première estimation fiable de la grandeur de la vitesse de la lumière. Faisons l’inverse. Puisque la vitesse c est pratiquement égale à 300.000 km/s, tandis que la vitesse orbitale de la Terre vaut pratiquement 30 km/s, nous voyons que tg(a) = 1/10.000. Il en résulte que a = 20,5 secondes d’arc. Cette valeur est vraiment proche de la valeur que Bradley avait obtenue par des observations réparties tout au long d’une année, puisqu’il trouvait que 2a = 40,5″.

Il faut bien se rendre compte du fait que la figure 3 concerne une addition des vitesses quand elles sont pratiquement perpendiculaires entre elles, tandis que la figue 1 traite d’une addition de vitesses quand elles sont presque parallèles entre elles. Dans le premier cas, on considère donc deux vitesses qui sont petites par rapport à c. Dans le second cas, une des deux vitesses est très grande. C’est la composante de c suivant la direction du mouvement relatif des référentiels R et R’, puisqu’on considère des universons qui se meuvent pratiquement suivant cette direction. Il faut donc utiliser la loi d’addition des vitesses de la mécanique relativiste. Il n’y a pas de doutes possibles : le théorème est faux.

Je voudrais cependant que l’on considère ce qui est arrivé à Monsieur Poher comme une leçon qui est importante pour chacun de nous. Nous devons être critiques vis-à-vis de nos propres idées. Ceci s’applique aussi aux conceptions que nous pouvons avoir du phénomène ovni et même de tel ou tel aspect particulier de ce phénomène. On peut s’endurcir dans des conceptions erronées, si l’on ne garde pas une flexibilité mentale suffisante pour remettre en question ce qu’on estime être la vérité, s’il y a des indices qui pourraient le rendre nécessaire. Les idées doivent alors être mises à l’épreuve. On peut se tromper, évidemment, mais on ne doit pas persévérer dans l’erreur. Cela vaut pour moi comme pour Claude Poher. Pour cette raison, j’invite aussi d’autres scientifiques à participer à ce débat public.

Revenons à la théorie des universons. Claude Poher estime – et il faut le comprendre – que certains faits observés corroborent sa théorie. Il note en particulier le fait que les " courbes de rotation " des galaxies spirales fournissent à peu près les mêmes valeurs pour les vitesses périphériques que celles qu’il leur attribue, en partant de ses idées. Dans sa réponse, il écrit en fait : " Supposer qu’il s’agit là d’un hasard serait parfaitement ridicule ! " A y regarder de près (p.183 du livre et beaucoup d’autres données), on aurait pu s’étonner cependant du fait que les écarts entre les résultats de mesure pour différentes galaxies dépassent les incertitudes statistiques. Cela aurait pu mettre la puce à l’oreille.

Monsieur Poher écrit : " Je ne répondrai pas par le détail à toutes les critiques de Monsieur Meessen, pour la simple raison que j’ai autre chose à faire. " Il essaye cependant de réfuter quelques objections. " La chaise de Monsieur Meessen " semble l’avoir particulièrement énervé. Elle l’a même amenée à écrire (p.11) : " Monsieur Meessen, vous n’avez strictement rien compris de ma théorie. "

Il précise (pour la première fois) que les universons sont capturés uniquement par des particules élémentaires, donc par des électrons et des quarks à l’intérieur de la matière ordinaire. " Dans le monde quantique, ces particules élémentaires sont sans cesse agitées, et elles sont situées dans le vide. Ce sont ces particules élémentaires qui interagissent avec le flux d’Universons. Ce sont elles qui ne réémettent pas les Universons de manière isotrope quand elles sont accélérées et elles sont sans cesse accélérées. " D’après la théorie des universons, chacune de des particules élémentaires subit alors une force gravifique.

La théorie usuelle dit également que chaque particule élémentaire subit une force gravifique, proportionnelle à sa masse. Un corps macroscopique contient énormément de particules élémentaires, liées les unes aux autres, bien que cela se fasse de proche en proche. La somme de toutes ces forces d’interaction est nulle, parce qu’elles s’opposent deux à deux (principe de l’action et de la réaction). Il ne subsiste finalement que la résultante des forces qui ont une cause externe. C’est le cas, en particulier, pour la force de la gravitation. Elle est proportionnelle à la masse totale (qui n’est pas nécessairement la somme des masses des particules élémentaires, parce qu’une partie de cette masse peut avoir été convertie en énergie de liaison). Tout cela est bien connu et s’applique également à la résultante d’autres forces agissant sur un corps donné.

 

La force de la gravitation peut donc être équilibrée par une autre force, de telle manière que l’accélération du corps considéré soit nulle, mais dans ce cas, il ne devrait plus y avoir de force gravifique d’après la théorie des universons. Pourtant, elle existe bel et bien. La théorie entre en conflit avec ce qui est physiquement bien établi et qui est valable pour tout corps matériel, même s’il s’agit d’une seule particule élémentaire. Je devrais donc renvoyer à Monsieur Poher la phrase qu’il m’a adressée : " Vous auriez dû comprendre tout cela seul, mais avez-vous envie de comprendre ? "

Pour finir, Monsieur Poher s’exclame : " En voilà assez. " Il termine d’ailleurs en ces termes : " je ne peux pas… répondre à quelques personnes qui critiquent, parce qu’elles ne comprennent ou n’acceptent pas la théorie. " Juste avant cela, il écrit : " J’avais adressé un manuscrit provisoire à Monsieur Meessen il y a un peu plus d’une année, pour avoir son avis, et il s’était trouvé bloqué, exactement pour les mêmes raisons. " L’échange d’idées avait déjà débutée avant la réception inattendue d’un manuscrit, pratiquement complet. J’ai consacré beaucoup de temps et d’effort à ce dialogue et je l’ai fait très volontiers pour aider Monsieur Poher. S’il y avait des objections, il fallait qu’il les connaisse et j’ai même exploré des voies qui auraient pu sauver la mise, mais je n’en ai pas trouvé.

Tout au long de cet échange de correspondances, exceptionnellement long et intensif, j’ai constaté que Monsieur Poher s’exprime avec l’autorité de celui qui est habitué à commander. Sa foi dans la vérité de ses idées était tellement forte qu’il ne semblait même pas pouvoir percevoir les objections essentielles. C’était aussi le cas quand ces arguments étaient exprimés au moyen de relations mathématiques. Etant donné ses compétences, il aurait pu et dû les comprendre sans problème, mais il ne semblait pas saisir le message. Ce phénomène n’était pas banal du tout.

Mon analyse reprenait sa théorie à zéro, pour ne tenir compte de ce qui a été publié. Je n’y ai pas mentionné nos discussions antérieures, pour ne pas aggraver la situation de mon honorable interlocuteur. D’après ses propres révélations, chacun saura maintenant qu’il était averti des objections fondamentales que sa théorie soulève, bien avant sa publication. En fait, j’avais déjà attiré l’attention sur le point le plus important dans ma lettre (de 20 pages) du 13 janvier 2003. J’écrivais : " On tient compte du fait que la vitesse de l’universon est toujours égale à c, mais quand il s’agit de ses composantes, on utilise la loi d’addition des vitesses de la mécanique classique. Il suffit de considérer le cas particulier où l’universon se meut dans la même direction que la particule matérielle pour se rendre compte d’une faille de raisonnement. " C’était facile à vérifier.

J’ai conseillé à Claude Poher de ne pas publier ce livre, mais il est passé outre et il l’a fait visiblement, sans avoir pris la précaution de demander l’avis d’autres personnes compétentes en ce qui concerne la validité des objections que je soulevais. A partir du moment où le texte a été rendu public, il est normal qu’il soit discuté en public et je ne voudrais pas que ceux qui se disent " sceptiques " ou " rationalistes, " mais qui s’opposent en réalité à ce que le phénomène ovni soit pris au sérieux, puissent dire : " Voilà ce que c’est que l’ufologie scientifique. " Puisque la vérité éclatera quand même, tôt ou tard, il vaut mieux que cela se passe maintenant. Je remercie Monsieur Poher de dire honnêtement que je n’ai pas cautionné la publication de sa théorie, bien qu’il présente ce fait comme si je n’avais pas compris ou été " gêné " par une partie qui serait pourtant " simple et évidente. "

 

Des accélérations impossibles

 

Entre-temps, mon fils Christophe a soigneusement étudié le livre de Monsieur Poher et indépendamment de moi il a trouvé lui-même des incohérences importantes. Il examinait en effet les conséquences logiques du théorème fondamental, tandis que je m’intéressais surtout à la démonstration de celui-ci. Je n’interviens donc pas dans son dialogue avec Claude Poher. Les arguments échangés sont accessibles sur Internet :

http://www.ufocom.org/pages/v_fr/m_sciences/universons/CMeessen_a_CPoher.htm
http://www.ufocom.org/pages/v_fr/m_sciences/universons/CPoher_a_CMeessen.htm

 

En donnant à son texte le titre " Réponse à quelques objections classiques, " Claude Poher nous informe du fait que d’autres personnes lui auraient également signalé des objections de ce genre. Pour ma part, j’ai noté un glissement vers une théorie plus quantique, où l’universon n’est pas capturé et ensuite libéré, mais " il disparaît complètement. " L’universon incident est donc annihilé et un autre universon est créé. Je retrouve par contre la méthode " classique " de Monsieur Poher : il détourne l’attention des autres - et sans doute aussi la sienne – des objections les plus importantes. Je prendrai dès lors une des objections majeures de Christophe que M. Poher n’a pas mentionnée dans sa réponse.

La nouvelle théorie de la gravitation affirme qu’une particule matérielle est soumise à des pressions de la part des universons, dont la résultante est une force qui a le même sens que son accélération et dont la grandeur est proportionnelle à celle-ci. Christophe a montré que cela n’est pas possible. En effet : " Si on admet l'existence d'un mouvement accéléré initial, selon l'explication donnée en page 140 il serait alors amplifié par l'effet des Universons. Cette amplification résulte de la récursivité de l'action des Universons sur l'accélération. C'est un effet d'auto-amplification de la force accélérant la particule matérielle. Cet effet est cumulatif et donc divergent. La force résultante que Monsieur Poher identifie comme étant celle de la gravitation devrait même croître de façon exponentielle ! Or, il devrait alors en résulter une très grande instabilité de la distribution de la matière dans l’Univers, puisque la moindre accélération sera amplifiée exponentiellement par l'effet des Universons. Pourtant nous ne voyons aucune manifestation d'une telle instabilité. "

J’ai reformulé cet argument de manière mathématique, pour vérifier son exactitude et pour aider éventuellement Monsieur Poher à saisir sa pertinence. Il s’agit bien d’un test de la validité de la théorie des universons, en considérant ses conséquences logiques. Claude Poher a calculé la grandeur de la force qui résulte de la " pression " des universons cosmologiques (équation (5-31), p.136). Puisqu’elle définit une force de type particulier, je la désignerai par F’. D’après la théorie proposée,

F’ = Eu Fu p M a tau /2c2

Eu et Fu désignent respectivement l’énergie d’un universon et la grandeur du flux cosmologique isotrope des universons, tandis que p est la probabilité de leur capture par unité de masse de matière. Il suffit de considérer la masse M de la particule matérielle particulière et son accélération a pendant la durée tau d’une interaction particulière. La vitesse résultante est v = a.tau et il faut que v/c soit très petit par rapport à 1, pour que l’expression ci-dessus soit valable (p.131). La particule matérielle subit donc une petite force dF = F’ pendant un petit intervalle de temps dt = tau, du moment que l’accélération instantanée n’est pas nulle. Cela correspond à une impulsion 

Considérons maintenant une situation où la particule matérielle considérée n’est soumise à aucune autre force. La loi de Newton implique alors qu’à l’instant considéré, la force qu’elle subit est F = Ma. On obtient donc une équation qui régit les variations temporelles de l’accélération instantanée a. Cette équation a une forme très simple et sa solution est immédiate :

ao est la valeur de l’accélération de la particule à l’instant t = 0. Par la suite elle augmentera de manière exponentielle, aussi longtemps que l’expression fournie pour F’ est valable. Or, cela est vrai quand v/c est très petit par rapport à 1. Puisque v = a.tau, où tau ≈ 10-14 s (p.144), il suffit que l'accélération a soit très petite par rapport à c/tau qui est égal à:

3.108 (m/s) / 10-14(s) = 3.1022 m/s2

La marge des accélérations possibles est gigantesque. En pratique, il n’y aurait donc pas de corps matériels pour lesquels a = 0, puisque la moindre fluctuation serait immanquablement amplifiée. On aboutirait toujours à des valeurs absolument catastrophiques et cela pour n’importe quelle particule matérielle.

 

Est-ce que ce processus d’amplification est lent ou rapide ? Le temps caractéristique de la rapidité de la croissance est T = 1/mu. Il peut être évalué facilement. Notons d’abord qu’en identifiant l’expression de F’ à F = Ma, nous obtenons une relation remarquable (p.137). Puisque Eutau ≈ h (p.144), elle se réduit à

Fup ≈ 2c2/h.

C’est une constante universelle. Puisque la grandeur du flux Fu est une propriété de l’Univers entier, il faudrait que la probabilité p de capture d’un universon par unité de masse soit également une constante universelle, quelle que soit la nature des particules élémentaires considérées. Ce n’est pas très plausible, mais continuons notre calcul. Nous trouvons que

Les " Universons, énergie du futur " auraient des effets effroyablement explosifs !

Claude Poher n’a pas encore résolu le paradoxe suivant : la force qui résulte de la pression des universons peut s’opposer à l’accélération (pour rendre compte de l’inertie, p.134 et 139) et être orientée comme celle-ci (pour expliquer la gravitation, p.140 et 143). Nous devons donc nous demander ce qui se passerait si mu était négatif. Eh bien, on obtiendrait une décroissance exponentielle, extrêmement rapide. Tous les corps matériels dans l’Univers devraient se trouver pratiquement au repos ou en mouvement rectiligne uniforme, ce qui n’est manifestement pas vrai.

Je peux comprendre que Claude Poher ait défendu sa théorie avec ténacité, mais j’ai trop confiance dans son intelligence rationnelle pour croire qu’il ne saisira pas l’importance de cet argument. Nous venons de constater que la théorie des universons aboutit à des absurdités gigantesques, mais il faut également reconnaître qu’elles étaient bien cachées. Je ne les avais pas vues non plus jusqu’à présent.

 

Conclusions

La théorie des universons est logiquement et physiquement inacceptable. Elle présente des incohérences et est contredite par des faits observés, même très familiers. Il est possible et même fort probable que la théorie de la gravitation telle qu’elle se présente actuellement doit être modifiée, mais la solution proposée n’est pas la bonne.

 

Ce qui fait problème dans la théorie de la gravitation, même en relativité générale, c’est que c’est une théorie classique. Elle tient compte de la vitesse c et de la constante de la gravitation universelle G, mais la constante de Planck h n’y intervient pas. Il existe des tentatives qui vont dans le sens d’une généralisation, mais elles n’abolissent pas ce qui est connu et bien assuré. Elles vont au-delà, en corrigeant la théorie quand on veut l’extrapoler à des domaines qui n’ont pas encore été explorés. Cela concerne par exemple des énergies extrêmement élevées. Il ne faut donc pas conclure de cette discussion qu’il n’y a rien à découvrir du côté de la gravitation. C’est même un domaine de recherche très actif.

 

Le problème que nous avons traité est strictement d’ordre scientifique. L’auteur de cette théorie est très respectable, mais il s’est trompé, à moins que ce soit moi qui me trompe. Alors je demande qu’on me le démontre. En sciences, il y a moyen d’arriver à des certitudes, au moins sur certains points. La leçon la plus importante à tirer de cette histoire est cependant que nous devons tous être très critiques vis-à-vis de nos propres idées.

 

Je fais appel aux scientifiques, à ceux qui ont une influence sur l’évolution de la culture et aux politiciens qui gouvernent le monde, pour que le phénomène ovni soit enfin pris au sérieux et étudié d’une manière approfondie avec les moyens qui sont déjà disponibles. Il est stupide et irresponsable de faire comme si ce problème n’existait pas. Quelle que soit la solution finale de ce problème, nous devrions nous dire au moins qu’on apprend toujours quelque chose quand on se pose des questions et quand on cherche à y répondre d’une manière rationnelle.

 


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