Objets « volants » identifiés : 

un risque pour la Terre ?

 

Par Yves (équipe sciences) 

Suite à une brève de l'AFP parue le 2 mars 2006, à 17h32 : « Collision d'un astéroïde avec la Terre », Yves fait le point sur les risque réels courus par la Terre lors de possibles collisions avec des "OVIs"


Parmi les scénarios de science fiction, les scénarios catastrophes tiennent une place importante. L’un des plus inquiétant implique le risque de collision de la planète Terre avec un astéroïde, d’un taille telle qu’il pourrait provoquer des destructions localisées ou massives. On évoquera les conséquences de l’impact probable, voila 65 millions d’années, d’un astéroïde dans la péninsule du Yucatan au Mexique. Cet impact a marqué le passage de l’ère mésozoïque au cénozoïque, et la disparition de très nombreuses espèces vivantes sur notre planète. D’autres impacts probables ont eu lieu dans l’histoire de la Terre, tels ceux du début et de la fin du Trias, voila 250 et 200 millions d’années. Plus près de nous, l’évènement de 1908 dans la Toungouska en Sibérie a marqué les esprits (voir http://www.ufocom.org/UfocomS/toungouska.htm et http://www.ufocom.org/pages/v_fr/m_news/Toungouska_YD.html ).

 

 

 

Vue d’artiste d’un astéroïde à proximité de la Terre

(source : http://www.savoirs.essonne.fr/index.php?id=70&backPID=70&type=single&article=1)

Les astéroïdes dont la trajectoire intercepte celle de la Terre sont dits géocroiseurs. Le risque de collision dépend donc de la position de chacun des corps célestes, et de la probabilité qu’ils se trouvent tous deux au point de croisement en même temps. Si un tel événement se produit, les conséquences vont dépendre essentiellement de la masse du géocroiseur et de la vitesse de percussion. Une échelle de risques a été définie : celle de Turin. Elle est présentée ci-dessous.

 

 

L’échelle de Turin

(source : http://www.interstars.net/images/articles/turin.gif )

Dans le Yucatan, la taille estimée de l’astéroïde Chixculub (en maya : « la queue du démon ») était de 10 km, la vitesse de percussion (estimée aussi) de 25 km/s, la collision ayant libéré plusieurs centaines de milliers de fois la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima. La température jusqu'à plusieurs centaines de km autour du point d’impact, se serait élevée au-delà de 300 °C, puis la masse de poussière soulevée aurait obscurci le ciel terrestre pendant plusieurs années le ciel, entraînant des modifications climatiques drastiques. A noter que d’autres hypothèses peuvent rendre compte du processus d’extinction massif des espèces à cette époque, tel un regain fort de l’activité volcanique, ayant entraîné des émissions massives de gaz soufrés et un appauvrissement redoutable de l’air et des océans en oxygène. A noter aussi que les deux hypothèse ne sont pas exclusives l’une de l’autre.   

Il est donc légitime de s’intéresser aux risques de percussions de la terre par des géocroiseurs. Deux astéroïdes, entre autres, retiennent l’attention. Le premier est (99942) Apophis. Découvert en juin 2004, d’une taille de 400 m, les premières séries de calcul faisaient état d’une forte probabilité d'une collision le vendredi 13 (si, si !) avril 2029, le plaçant au niveau 4 de l’échelle de Turin. Des calculs plus récents suggèrent maintenant un risque inférieur à 1/10 000 autours de 2035 et 2036, le plaçant au niveau 1 de l’échelle de Turin. Son impact dégagerait une puissance équivalente à 2 000 fois celle de la bombe d’Hiroshima.

 

 

 

Vue d’artiste des éruptions volcaniques peut-être responsables d’une extinction massive voilà 65 millions d’années

 

L’autre géocroiseur d’intérêt est 2004 VD17, découvert en Novembre 2004. Il présente un risque inférieur à 1 pour 1000 de percuter la Terre dans moins de 100 ans. Son impact libérerait environ une énergie équivalente à 10 000 mégatonnes de TNT, soit l'équivalent de l'explosion simultanée de toutes les armes nucléaires de la planète.

Un expert de la NASA, David Morrison, dit à son sujet « Le risque d'un impact au cours du prochain siècle est plus élevé que pour tout autre astéroïde connu ». 2004 VD17, jusqu'ici classé "vert" dans l'échelle de Turin, a été reclassée "jaune". Dans le cas de  2004 VD17, un « near miss » reste beaucoup plus probable qu’une collision. A noter que cela n’est pas toujours le cas, et des objets célestes de toutes tailles tombent régulièrement sur notre planète. Citons la pluie de météorites sur Chicago en mars 2003, tombée également en Californie, le météore de Seattle en 2004, ou plus loin dans le temps, le météore à l’origine de Meteor Crater, à Winslow, Arizona. Large de plus d’un kilomètre et profond de 200 mètres, ce cratère a été formé voila 50 000 ans par la chute d’un objet de 30 à 50 mètres de diamètre environ, lors de son arrivée au sol.

Globalement, les risques sont donc faibles mais non nuls. On estime les probabilités comme suit :

 

 

Diamètre à l’impact (m)

Énergie
(Mtonne TNT)

Intervalle
(années)

Conséquences

 

< 50

< 10

1

Désintégration atmosphérique

75

10 – 100

1 000

Formation d’un cratère de type Meteor Crater – Évènement de la Toungouska

150

100 – 1 000

5 000

Destruction d’une surface équivalente à une grande ville (New York, Londres)

350

1000 - 10,000

15 000

Destruction d’une surface équivalente à un petit pays ou état (ex. Danemark, Connecticut) – Tsunamis modérés en cas de chute dans l’océan

700

10 000 –

100 000

65 000

Destruction d’une surface équivalente à un petit pays ou état moyen (ex. Royaume-Uni, Virginie) – Tsunamis importants en cas de chute dans l’océan

1500

100 000 –

 1 000 000

250 000

Destruction d’une surface équivalente à un grand pays ou état (ex. France, Californie) – Tsunamis gigantesque, production de poussières avec un effet climatique global)

 

Vus les risques encourus en cas d’impact majeur, on peut légitimement se demander si des moyens de « destruction massive » ne pourrait être employés.  Pour cela, encore faudrait-il que l’astéroïde soit détecté a temps, donc bien avant l’impact, ce qui n’est pas toujours le cas. Ainsi, l’objet 2003 SQ222, un bloc de rocher d'environ 10 mètres de diamètre a récemment frôlé la terre à une distance de 80 000 km environ, soit 4 à 5 fois moins que la distance Terre-Lune. Pourtant, cet objet n’a été détecté par l'observatoire Lowell (Arizona) que le lendemain alors qu’il s'éloignait de notre planète. Des programmes de détection automatique existent pourtant, tels le Lincoln Near Earth Asteroid Research du MIT, le Spacewatch du Lunar and Planetary Institute of Arizona ou le Near Earth Asteroid Tracking du Jet Propulsion Laboratory de Pasadena.

 

Parmi les moyens de destruction, certains sont conventionnels, et d’autres moins. Parmi ces dernières, l’installation d’un « moteur » qui dévirait le géocroiseur de son orbite a été envisagé.  Deux techniques propres ont été proposées, l’une consisterait à extraire l’eau de l’astéroïde et à la vaporiser à un endroit précis de façon à provoquer une poussée ad hoc, la seconde consistant à réchauffer le corps céleste pour provoquer une vaporisation naturelle des matériaux qui le constituent. Ce réchauffage pourrait être effectué de plusieurs façons, la plus originale en modifiant l’albédo de l’objet.

 

 

Meteor Crater, Arizona. Un objet céleste analogue à celui responsable de la formation de ce cratère tombe en moyenne une fois par millénaire.

(source : National Geographics) 

On pourrait aussi envisager le tir de charges nucléaires à proximité du corps céleste, l’onde de choc particulaire permettant éventuellement de provoquer l’éclatement der l’objet. Il y a là un risque majeur, celui de produire des fragments - certes plus petits - mais fortement irradiés, et qui pourraient quand même retomber sur terre. Les énergies à mettre en œuvre sont gigantesques et tout l’arsenal nucléaire terrestre n’y suffirait pas, selon plusieurs spécialistes.

Une version plus « high-tech » de la chasse au géocroiseurs implique des tirs laser, soit à partir de satellites, soit à partir du sol. Compte tenu des puissances à mettre en œuvre, l’hypothèse sol (en haute altitude) pourrait être privilégiée en dépit de la dispersion du faisceau dans l’atmosphère. Des informations circulent sur internet et dans certaines revues sur l’existence de tels appareillages. A UFOCOM, Alain H. s’intéresse à ces questions. Il a récemment signalé la publication d’articles d’origine russe en rapport avec ces travaux. Signalons aussi un tir laser de très forte puissance récent, par plusieurs équipes européennes. Un "flash" de 30 terawatts, équivalent à la puissance de 500 milliards d'ampoules électriques, d’une durée d’une pico-seconde, a été obtenu à partir du laser Megajoule Alisé, implanté à Bordeaux. Bien que capable de se propager jusqu'à la stratosphère, à plus de 20 kilomètres d'altitude, ce laser reste encore d’une puissance trop faible pour le moment pour les utilisations dirigées contre des géocroiseurs. En revanche, d’autres applications ciblant éventuellement des objets volants identifiés sont possibles comme en atteste le fait que la direction du CEA qui gère cette application est la direction des applications militaires.

Quoi qu’il en soit, et si on se réfère au tableau des probabilités donné plus haut, il reste statistiquement encore pas mal de temps avant la prochaine extinction massive pour nous permettre de nous occuper des « véritables OVNIs » !

Références :

http://www.bdl.fr/fr/ephemerides/astronomie/Promenade/pages5/598.html
http://neo.jpl.nasa.gov/orbits/
http://www.futura-sciences.com/news-esa-etudie-missions-proteger-notre-planete-menaces-cosmos_1871.php
http://www.futura-sciences.com/news-asteroide-frole-terre-ignorance-totale_2540.php
http://seds.lpl.arizona.edu/nineplanets/nineplanets/meteorites.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/%2899942%29_Apophis
http://fr.wikipedia.org/wiki/(2004)_VD17
http://filebox.vt.edu/users/dmclean/fileboxmigration/artsci/geology/mclean/Dinosaur_Volcano_Extinction/pages/studentv.html
http://www.astrosurf.org/lombry/impact-extinction2.htm
http://www.notre-planete.info/actualites/actu_506.php
http://system.solaire.free.fr/asteroide-tableau.htm
http://www.astrosurf.com/macombes/partie%20NEO.html
http://www.esa.int/gsp/NEO/other/NEOMAP_report_June23_wCover.pdf
http://www-lmj.cea.fr/html/rubrique121.html


Retour au menu "Sciences"


Retour au menu