Interview de Yves Sillard

sur Radio France International

le 29 septembre 2005


Suite à une interview en juin 2004 de Hubert Curien, (ancien ministre de la recherche, disparu en février 2005), on pouvait se poser la question si la France allait abandonner les ovnis. La disparition du SEPRA, remplacé par un comité de pilotage présidé par Yves Sillard, devrait apporter la réponse.


 

Vincent Roux: Notre 2ème dossier ce soir: en France, on les appelle des Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés, mais ils sont plus connus sous le nom d'OVNI. Ils peuvent fasciner ou faire sourire, mais ils intéressent aussi les scientifiques. Le CNES, l'agence spatiale française, a ainsi décidé de relancer ses activités d'observation et d'analyse de ces phénomènes. Un comité de pilotage a été créé pour remettre en marche ce secteur et notre invité ce soir est le président de ce comité de pilotage: Yves Sillard, bonsoir...

Yves Sillard: Bonsoir.

Vincent Roux: Yves Sillard, votre parcours est impressionnant: vous avez travaillé sur le programme Concorde, vous avez été ensuite l'un des pères d'Ariane, vous avez dirigé le CNES, puis été Délégué Général de l'Armement. Autant dire, Yves Sillard, que si on vous a demandé de diriger ce comité sur l'observation des OVNI, c'est que l'on veut aborder la question très sérieusement.

Yves Sillard: C'est un sujet qu'il faut aborder avec rigueur, sérieux, et sans avoir d'idées préconçues ni avoir peur de son ombre. C'est un sujet très intéressant d'ailleurs.

Vincent Roux: Et c'est un regard scientifique qu'il faut porter sur la question?

Yves Sillard: Un regard rigoureux et scientifique.

Vincent Roux: Alors, en l'occurrence, il s'agit de réactiver une structure qui a existé, le GEPAN, le Groupement d'Etude des Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés. Pourquoi le GEPAN, qui avait été créé en 1977, a ensuite été un peu mis en sommeil?

Yves Sillard: les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés sont un problème très sérieux, qui met en jeu de multiples témoins, dignes de foi, qui s'interrogent sur la nature des observations qu'ils ont pu faire et qui attendent, à juste titre, des réponses aux questions qu'ils se posent.

Je reviens à votre question. Pour moi, il est du rôle du CNES d'essayer de répondre à ces attentes même si, dans certains cas, la réponse n'est pas facile à formuler. Et j'avais créé le GEPAN, dont vous venez de parler, dans ce but en 1977, quand j'étais directeur général du CNES, et ce GEPAN a parfaitement fonctionné. Malheureusement, ce sujet qui nécessite, comme on vient de le dire, d'être abordé avec une rigueur scientifique totale fait, très souvent, l'objet de réactions passionnées, "pour", "contre", etc. et de campagnes invraisemblables de désinformation qui sont très souvent  destinées à déstabiliser, même à ridiculiser, ceux qui traitent le sujet sérieusement. alors, dans les dernières années - on peut dire depuis une quinzaine d'années - le CNES a un peu cédé à ces campagnes de désinformation; et un audit qui a été fait dans les années 2001-2002, qui a impliqué l'audition de nombreuses personnalités, a recommandé de redonner au GEPAN des moyens normaux de fonctionnement - sans lui donner des moyens fantastiques bien entendu - et de faire superviser et orienter ses activités par un comité de pilotage associant tous les organismes qui sont concernés par l'étude de ce phénomène. Et volià, ces recommandations ont été suivies par Yannick d'Escantha, qui est l'actuel président du CNES, d'où la première réunion du comité de pilotage.

Vincent Roux: ...Que vous avez présidée.

Yves Sillard: Voilà.

Vincent Roux: Avec qui allez-vous travailler sur ces questions?

Yves Sillard: Le comité est très clairement constitué. Il associe un certain nombre de personnes du CNES et des représentants des principaux organismes qui, en France, sont concernés par cela. Ces organismes sont la Gendarmerie Nationale, la Police Nationale, la Sécurité Civile, l'Armée de l'Air, l'Aviation Civile, la Météorologie Nationale. Et en plus de ces organismes, nous avons quelques scientifiques, quatre scientifiques dans un premier temps, qui sont des spécialistes ayant des activités dans des domaines qui, de près ou de loin, peuvent intéresser le sujet. Par exemple, la propulsion, l'électromagnétisme, l'astrophysique et aussi les sciences de l'homme.

Vincent Roux: Que des gens sérieux, donc. Alors, malgré les aléas du GEPAN, cela fait une trentaine d'années que le CNES accumule des informations, des rapports, des observations, des choses qu'on n'a pas su expliquer?

Yves Sillard: Oui. Le CNES a d'abord mis au point une méthodologie très rigoureuse pour recueillir des témoignages et analyser ces témoignages de façon à créer une base de données qui existe aujourd'hui et qui est tout à fait remarquable. Et en France, entre 1951 et aujourd'hui - parce que le GEPAN constitué en 1977 est remonté un peu en amont - il y a plusieurs milliers de cas qui ont été enregistrés. Tous ces cas et tous ces témoignages ont fait l'objet d'un classement extrêmement rigoureux comme je vous le disais et le CNES a classé tous ces phénomènes de ces 50 dernières années en 4 catégories: une première catégorie que l'on appelle les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés de catégorie A, les PAN A, qui sont des choses parfaitement identifiées; les PAN B qui sont des choses presque sûrement parfaitement identifiées, ensuite une troisième catégorie, les PAN C, qui sont ceux qui ne sont pas exploitables parce que les données ne sont pas utilisables par manque d'information, de clarté des témoignages, etc. et, enfin dernier cas, les PAN D, qui eux sont parfaitement documentés, avec des témoins dont on a pu vérifier la qualité, mais qui sont explicables par des phénomènes connus aujourd'hui.

Vincent Roux: Et ils représentent quelle proportion à peu près?

Yves Sillard: A peu près 15% du total. Et si on enlève les cas qui ne sont pas utilisables, parce qu'ils ne sont pas intéressants, on peut dire qu'ils se répartiraient à peu près de la même façon entre cas inexplicables et cas explicables. On peut dire de façon simple qu'il y a 75 à 76 % de cas identifiés - bien identifiés, on sait ce que c'est - et puis 25 % de cas non identifiés, qui sont explicables par les phénomènes connus actuellement.

Vincent Roux: Alors, justement, l'observation de ces phénomènes aérospatiaux c'est, intellectuellement, scientifiquement, stimulant j'imagine? Cela bouscule un peu?

Yves Sillard: c"est stimulant et cela doit être stimulant car vous savez qu'un certain nombre de scientifiques refusent, en disant "c'est impossible", donc ça n'existe pas". Ce qui ne nous paraît pas très scientifique. Par contre, quand on se donne la peine de réfléchir, de regarder avec sérieux et en toute objectivité, tous ces cas, dont certains sont non seulement des cas avec des observations visuelles de témoins sérieux mais également, pour certains, avec des échos radar enregistrés par des avions, par des radars de bord et des radar au sol et, dans un certain nombre de cas, avec des atterrissages et de détérioration de la végétation, on voit que tout cela est extrêmement sérieux et soulève des questions. Et aujourd'hui, évidemment, on ne peut faire face à tout cela, n'émettre que des hypothèses et rien que des hypothèses.

Vincent Roux: Et est-ce que cela peut aider, est-ce que cela peut avoir des applications scientifiques, est-ce que cela peut pousser justement la recherche dans certains domaines?

Yves Sillard: Certainement, car on est naturellement amené à chercher des explications. Un certain nombre de ces cas donne bien le sentiment qu'il s'agit de mobiles ayant des évolutions très supérieures, si je puis dire, aux mobiles aériens et spatiaux que nous savons envoyer actuellement et puis, d'ailleurs, ils ont des effets assez curieux sur les communications, les instruments de bord etc... Tout cela appelle des explications et un certain nombre de recherches peuvent être faites pour essayer d'expliquer comment ce genre de phénomènes peut se produire.

Vincent Roux: Dernière question, Yves Sillard: les américains ont un peu "inventé" ce phénomène OVNI... Aujourd'hui, est-ce qu'ils poursuivent encore leurs recherches? On en parle beaucoup moins.

Yves Sillard: Officiellement, les Américains ont abandonné toute recherche sur les OVNI après le dépôt d'un rapport, qui rappelle le rapport Condon, en 1969. Si j'ai encore une minute, je peux dire simplement que ce rapport faisait curieusement apparaître dans son corps que 30% des phénomènes observés étaient complètement inexplicables mais concluait en disant que la poursuite de l'étude ne présentait pas d'intérêt. Il y avait une anomalie profonde entre les conclusions et le reste. En réalité, je pense que es Américains pratiquent sur le sujet - auquel ils consacrent, j'en suis persuadé, des efforts d'investigation très supérieurs à ceux de tout autre pays - une politique délibérée et savamment orchestrée de désinformation. C'est la désinformation totale. Alors, dans quel but? Est-ce que c'est une crainte de voir la suprématie remise en jeu si un jour on se trouvait face à une civilisation extérieure beaucoup plus avancée? Est-ce que c'est par souci de garder pour eux un acquis potentiel de technologie ou une toute autre explication, on n'en sait rien.

Vincent Roux: Yves Sillard, merci. Merci de ces explications, merci d'avoir été avec nous sur RFI, bonne soirée.

En complément de cet interview, un article sur Yves Sillard paru dans le journal Sud-Ouest, le jeudi 13 octobre 2005


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