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Sciences et Santé / ARTICLE
 
RECHERCHE Un rapport interne du Cnes recommande, contre toute attente, d'étudier plus sérieusement ces phénomènes célestes étranges

En 1966, un enfant américain de 13 ans, en se promenant avec son chien, avait pris ce cliché. Le rapport de Peter Sturrock ne considère plus comme autrefois, que les ovnis ne sont que des canulars.
(Photo Bettmann/Corbis.)
 
Ovnis : l'Etat doit y consacrer plus de moyens
Ovnis : objets volants non identifiés. Depuis cinquante ans, le dossier ovnis sent le soufre, rejeté d'un côté par une partie de la science officielle comme sujet fantaisiste ; exploité de l'autre, par des personnes convaincues que tout ovni est forcément une soucoupe volante pilotée par des extraterrestres. Entre ces deux approches extrêmes, peut-il exister une approche scientifique du phénomène, sans a priori? C'est ce que le mécène américain Laurance Rockefeller a voulu savoir, en confiant au physicien britannique Peter Sturrock l'organisation en 1997, du seul colloque scientifique à ce jour consacré aux ovnis. La synthèse de cette réunion, « La science face à l'énigme des ovnis », paraît aujourd'hui en France, aux Presses du Châtelet. Alors que le « rapport Sturrock » conclut que le phénomène ovni est un sujet digne d'études scientifiques, en France se pose la question de la pérennité d'un service public unique au monde chargé de recueillir les témoignages, le Sepra. Le Figaro a eu accès à un récent rapport d'audit consacré au Sepra, pour l'heure tombé dans les oubliettes.

Fabrice Nodé-Langlois
[20 novembre 2002]

L'État doit-il s'occuper des ovnis ? L'argent du contribuable doit-il servir à faire la lumière sur les observations de phénomènes aérospatiaux inexpliqués ? Les amateurs d'histoires de soucoupes volantes le savent, mais pas forcément le grand public : depuis 1977, un service de l'État coordonne les recherches sur cette question délicate. C'était une première mondiale. Baptisé Gepan (Groupe d'étude des phénomènes aérospatiaux non identifiés) à l'origine, il a été renommé Sepra en 1988 pour Service d'expertise des phénomènes de rentrées atmosphériques puis Service d'expertise des phénomènes rares aérospatiaux en 2000. Il dépend du Cnes, l'agence spatiale française.

Le Sepra recueille les témoignages sur des ovnis (ou PAN pour phénomènes aérospatiaux non identifiés) transmis par la gendarmerie nationale, l'aviation civile ou militaire. Il mène des enquêtes élémentaires, et le cas échéant des analyses plus poussées. Après une période faste où une équipe soutenue par un comité scientifique a pu démarrer une base de données, les effectifs du Sepra ont progressivement fondu. Aujourd'hui, il est réduit à une seule personne : Jean-Jacques Velasco, qui y oeuvre depuis le début.

Face à des pressions internes au Cnes pour supprimer le Sepra, son directeur général, Gérard Brachet, a commandé en 2001 un audit à François Louange, PDG de l'entreprise Fleximage, spécialisée dans l'imagerie satellite. Le rapport a été remis en interne début 2002. François Louange a interrogé une trentaine de personnalités, scientifiques (parmi lesquelles Gérard Mégie, le président du CNRS, ou René Pellat, le haut-commissaire à l'énergie atomique), militaires de haut rang, députés et journalistes.

Pratiquement toutes ces personnalités estiment qu'il faut poursuivre l'activité du Sepra, ne serait-ce que parce qu'il existe une demande du public à ce sujet. Il vaut mieux assurer une activité modeste sur le thème des ovnis, dit par exemple René Pellat, plutôt que de laisser se développer toutes sortes de rumeurs. Et il existe un intérêt scientifique réel, souligne entre autres Gérard Mégie, parce que de nombreux phénomènes atmosphériques restent mal compris.

François Louange recommande une augmentation des moyens du Sepra (un budget modeste de 140 000 € par an avec trois permanents) pour poursuivre ses enquêtes et pour communiquer, ce qu'il ne fait pas actuellement.

Remis au directeur général Gérard Brachet, le rapport Louange est aujourd'hui tombé aux oubliettes. Gérard Brachet a quitté le Cnes en septembre, et le président du Cnes, Alain Bensoussan, ne cache pas son hostilité envers la poursuite des activités du Sepra. Les ovnis ne figurent de toute évidence pas au rang des priorités du Cnes, qui traverse actuellement des turbulences (1). Toutefois, le rapport Louange a été transmis au CNRS, à l'Académie des sciences, la gendarmerie ou encore à l'aviation civile. Les dirigeants de ces organismes pour la plupart seraient favorables à participer à un comité scientifique du futur Sepra.

En attendant, Jean-Jaques Velasco tente de poursuivre son travail. Il doit prochainement rencontrer à Paris son homologue péruvien (le Pérou vient de se doter d'un service type Sepra). Faute de moyens, le Français devra sans doute payer de sa poche le billet pour venir dans la capitale depuis son bureau de Toulouse.

(1) Nos éditions du 26 octobre 2002




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Le rapport Sturrock enfin publié en France
Une première : neuf savants examinent le dossier


Cyrille Vanlerberghe
[20 novembre 2002]

Face à un sujet aussi controversé que les ovnis (objets volants non identifiés) les scientifiques évitent en général de s'exprimer en public, de peur de passer pour des soucoupistes fumeux croyant aux petits hommes verts. Cela n'a pas effrayé l'astrophysicien britannique Peter Sturrock, qui osé aborder le sujet dans un livre rigoureux : La Science face à l'énigme des ovnis (1), dont la sortie aux États-Unis a fait l'objet de beaucoup de commentaires. « C'est la première démarche scientifique rigoureuse menée à ce niveau depuis des années sur le domaine des ovnis, commente Pierre Lagrange, sociologue des sciences. Sa démarche scientifique sur le sujet est saine. »

Avec une grande prudence, Peter Sturrock su éviter le piège qui consiste à associer systématiquement des événements pour le moment inexplicables – les objets volants non identifiés – avec des vaisseaux extraterrestres.

Ce chercheur à la réputation sans tache est un spécialiste de la physique des plasmas et de l'étude du Soleil à l'université de Stanford en Californie. Contrairement à la majorité des scientifiques de par le monde, il estime que le phénomène des ovnis mérite une analyse scientifique, avec des critères de qualité au niveau de l'ensemble des recherches dites classiques.

Grâce aux financements d'un mécène fasciné par les ovnis, Laurance S. Rockefeller, Peter Sturrock a rassemblé un panel de neuf scientifiques de renom, en général étrangers au sujet, pour évaluer les travaux les plus solides de sept enquêteurs spécialisés. Les cas d'ovnis avaient été choisis pour illustrer divers effets qui peuvent être étudiés par des méthodes scientifiques classiques : perturbations d'instruments de navigation dans des avions, échos radars étranges, effets sur la végétation et sur le sol, analyse photographique fine des objets observés ou encore débris métalliques tombés au sol.

Après une semaine de conférence et de confrontation en 1997, les scientifiques se sont de nouveau réunis pendant deux journées pour rendre leur avis sur les enquêtes qui leur avaient été présentées. Avec une certaine modestie, les scientifiques n'ont pas prétendu élucider les cas étranges, comme la rencontre entre un hélicoptère et un disque lumineux au-dessus de l'Ohio en 1973 observée simultanément par des témoins au sol et en vol. Ils estiment manquer d'éléments matériels, de preuves physiques à analyser.

Parmi leurs conclusions, les neuf chercheurs estiment qu'il est souhaitable que la recherche en ce domaine reçoive des aides officielles. Ils remarquent également que le Gepan/Sepra du Cnes (lire ci-dessus) fournit depuis 1977 un bon modèle d'organisation pour recueillir et analyser des observations d'ovnis. Jean-Jacque Vélasco, actuellement en charge du Sepra, faisait justement partie des sept enquêteurs sélectionnés par Peter Sturrock.

Une des conclusions réjouit particulièrement Peter Sturrock, l'organisateur de ces rencontres : « Chaque fois qu'il y a des observations inexpliquées, il y a la possibilité que les scientifiques apprennent en les étudiant quelque chose de nouveau. » Un rapport universitaire paru aux États-Unis en 1968 avait affirmé le contraire, ce qui avait par la suite mis un point d'arrêt aux travaux d'études menés sur les ovnis par le gouvernement américain. Ce rapport dirigé par Edward Condon sert depuis cette époque d'argument unique pour les scientifiques voulant balayer le sujet du dos de la main, et affirmer que les ovnis ne sont que canulars, hallucinations collectives ou des phénomènes atmosphériques bien connus. Par une analyse fine des mille pages du rapport de 1968, Peter Sturrock prouve au contraire que les conclusions d'alors, qui n'ont été rédigées que par Edward Condon, contredisent les comptes rendus des études menées par les universitaires qu'il dirigeait !

« Malheureusement, les propositions concrètes du livre de Peter Sturrock n'ont débouché sur rien aux États-Unis, regrette Jean-Jacques Vélasco. La Nasa, qui dispose pourtant de nombreux laboratoires scientifiques, refuse toujours d'entendre parler du sujet des ovnis. »

Il semble peu probable que la publication en français de l'ouvrage de Peter Sturrock fasse évoluer l'avis des scientifiques sur le sujet des ovnis en France. Les idées de Peter Sturrock sont notamment mal servies par une édition française dont la traduction est trop souvent approximative, et parfois amputée de paragraphes entiers par rapport à l'édition américaine originale.

(1) Peter Sturrock La Science face à l'énigme des ovnis, Presse du Châtelet.




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