Oui ou non, la France abandonne-t-elle les ovnis?

 
 
 
 

Quand on a créé le Gepan, raconte Hubert Curien, alors président du CNES, "l'opinion publique s'intéressait aux atterrissages imprévus. Il était donc nécessaire que l'organisme public de recherche sur l'espace regarde ce qu'il en était vraiment. Nous avions un devoir d'expertise scientifique", ajoute l'ancien ministre de la Recherche.
• Jean-Pierre Muller (AFP - vendredi 25 juin 2004, 10h49)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TOULOUSE (AFP) - Le CNES, qui avait ouvert en 1977 un service quasi-unique au monde chargé de collecter, de façon officielle, les informations sur les ovnis, s'interroge aujourd'hui sur le bien-fondé d'une telle activité. D'abord dénommé GEPAN (Groupe d'étude des phénomènes aérospatiaux non-identifiés), puis rebaptisé SEPRA en 1983, ce service a employé jusqu'à sept personnes à temps plein, avant d'être réduit à la portion congrue.

"Le Service d'Expertise des Phénomènes Rares Aérospatiaux (SEPRA) n'existe plus en tant que tel depuis la nouvelle organisation du Centre national d'études spatiales au 1er janvier 2004, mais l'activité se poursuit", affirme le directeur de la communication du CNES, Arnaud Benedetti, en réponse à un article de la revue Ciel et Espace qui, début juin, accusait le CNES d'"enterrer les ovnis" (voir l'article de François Parmentier)

Ancien directeur du Sepra, devenu aujourd'hui simple "chargé de mission", Jean-Jacques Velasco confirme mener une activité identique à celle de décembre 2003 et rester l'expert ès PAN du CNES.

Pourtant, le monde scientifique reste très frileux sur ce sujet. Et même si le CNES affirme le contraire, le SEPRA a toujours été "un sujet de gêne" pour l'agence spatiale, considère François Louange, qui en 2001 a réalisé un audit du SEPRA. Un malaise accentué en avril par la publication d'un ouvrage, "Ovnis, l'évidence", où Jean-Jacques Velasco tente de démontrer que des extra-terrestres surveillent nos installations nucléaires.

Selon M. Louange, dès la commande de l'audit en 2000, le directeur général du CNES, Gérard Brachet, constatait "que ce service ne tournait pas rond, qu'il ne s'entendait pas avec les relations publiques et qu'il y avait des pressions de partout pour le supprimer".

M. Benedetti reconnaît que si, "pour le moment, les missions et les moyens de M. Velasco ne sont pas modifiés", il existe "une réflexion sur le positionnement de cette activité", qui doit être "plus encadrée et plus performante".

La direction assure pourtant qu'elle "ne va pas renier son passé". "On peut imaginer que le recueil de données sur la partie spatiale reste au CNES, explique Arnaud Benedetti, tandis que la partie interprétation pourrait être confiée à une structure ad hoc", intégrant d'autres partenaires tels l'Armée de l'Air, l'aviation civile, Météo France ou encore la gendarmerie, qui tous collaborent déjà avec le CNES à l'étude des PAN. Un comité de pilotage scientifique pourrait également être mis en place au sein de cette structure.

Ces propositions vont dans le sens du rapport Louange. Après avoir sondé une trentaine de personnalités, "j'avais reçu des réponses visant à maintenir ce service, soit pour des raisons scientifiques, soit de peur qu'en l'absence d'un tel service, on ouvre la porte aux sectes et à l'irrationnel", souligne l'auteur de l'audit.

Aujourd'hui, "rien n'a encore été acté", assure le CNES, mais, remarque Hubert Curien, même si "la grande époque d'excitation sur les ovnis est plutôt dépassée", "une capacité de veille reste utile".

 

Hubert Curien est décédé le 6 février 2005. C'était un grand scientifique mais aussi un grand homme qui laisse un souvenir inaltérable à ceux qui l'ont connu. SB


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