OVNI du Muy (suite et fin)

Où l'on voit que, parfois, il est des claques qui se perdent...

Par

Par Alain DH de l'équipe ADV (Analyse des Documents Visuels) de l'UFOCOM

 


Bref rappel des faits

L'affaire avait été révélée au public, et à l'Ufocom en passant, grâce à un article paru dans le Nice Matin du 20 janvier 2000, signé par le journaliste Patrick Lorenzini.

L'article du journal faisait suite à une communication d'un photographe tenant commerce au Muy, M. Carigiet, lequel avait envoyé au journal deux diapositives représentant une photo Polaroïd sur laquelle on distinguait clairement un ovni bleu.



Image originale

Reproduction de la photo originale

La photo aurait été prise par un homme d'un certain âge, résidant dans un camping du Muy (Var), à l'aide d'un appareil Polaroïd, le soir du 27 octobre 1999 (comme l'on voit inscrit sur la photo, de la main même du photographe). A notre connaissance, l'homme n'a jamais révélé son identité, nous l'appellerons M. X. Après en avoir parlé à ses voisins, M. X. transmit son cliché à M. Carigiet qui se chargea d'en faire des copies afin de les vendre aux personnes intéressées (pour une somme modique) et qui avertit Nice Matin.

Il semble que l'article ait provoqué un certain émoi dans la région. De nombreux témoins se signalèrent, à des enquêteurs privés comme à la gendarmerie nationale, pour indiquer qu'ils avaient vus, eux aussi, l'ovni ou un ovni similaire.



L'étude de l'Ufocom

Le cliché méritait toute l'attention de l'Ufocom pour plusieurs raisons. D'une part, deux membres de l'Ufocom eurent l'occasion de rencontrer M. Carigiet, dont la bonne foi ne semblait pas faire de doute, et d'avoir en main la photo Polaroïd originale. D'autre part, Simone, notre coordinatrice de charme et de choc, put se procurer une copie d'excellente qualité, ce qui permettait de travailler utilement sur la photo. Enfin, bien que l'auteur de la prise de vue ne soit pas joignable, plusieurs témoignages confortaient le cliché.

Nous avions affaire à un cas d'ovnis intéressant. Intéressant par le fait qu'un élément objectif et analysable (la photo) venait étayer plusieurs témoignages indépendants et assez concordants.

L'Ufocom, comme à son habitude, prit le temps nécessaire pour réaliser l'étude la plus complète possible sur ce cas. Vous pouvez en prendre connaissance à cette adresse :

http://www.ufocom.org/pages/v_fr/m_invest/LeMuy/Le_Muy.htm

Cette étude comprenait 2 volets : une investigation poussée sur les lieux réalisée par Simone et une analyse de la photo effectuée par l'équipe ADV.

Il résultait de l'enquête que la majorité des témoignages avaient été initiés par M. Carigiet mais que, par ailleurs, d'autres témoins faisaient état de phénomènes bizarres dans toute la région.

L'analyse ADV, quant à elle, après avoir mis en garde le lecteur sur les incertitudes des analyses de photos, concluait à la probable absence de trucage et, à défaut d'indications supplémentaires, penchait pour la réalité de l'ovni.



Et ce fut tout jusqu'à l'été 2004. L'eau eut tout le loisir de couler sous les ponts...


Une curieuse séquence

En juillet 2004, Roch Saüquere, ami de l'Ufocom et rédacteur en chef de la revue « Top Secret » (www.topsecret.fr ), excellente au demeurant, nous communiqua un bien curieux extrait de film que vous pouvez visionner ici (attention, le fichier est « lourd ») :

« This Island Earth » (les survivants de l'infini) produit par Universal-International

Séquence du film





Vous pouvez voir, ci-contre, quelques images de cette séquence.



Bel engin spatial, n'est-ce pas ? Il vous rappelle quelque chose ? A nous aussi !



Nous vous laissons imaginer la stupeur qui a été la nôtre quand nous avons visionné cette séquence, car malheureusement aucun membre de l'Ufocom ne connaissait ce vieux film de science-fiction. Mais pourquoi diable l'ovni du Muy apparaissait-il en « Guest Star » d'une production hollywoodienne ?

Ou plutôt, en changeant de point de vue, était-ce la nef intersidérale de This Island Earth qui avait été shootée par notre mystérieux (et facétieux) photographe ?



Une rapide étude devait permettre de trancher ce douloureux dilemme !




Rapide analyse de la séquence tirée de « This Island Earth »

Forme de l'objet

On croit discerner une certaine identité morphologique entre l'objet de la photo du Muy et la nef du film. Qu'en est-il exactement ?

Prenons un still judicieusement choisi dans la séquence du film.

Réduisons la photo du Muy afin de la mettre approximativement à la même échelle.

Enlevons l'objet de la photo.

Et après une petite correction angulaire, collons l'astronef du film à la place de l'ovni. Le tour est joué !





Compte-tenu des imprécisions diverses, les formes sont remarquablement semblables.

Cependant, peut-être n'êtes vous pas encore complètement convaincus que l'astronef et le soi-disant ovni ne font qu'un ? C'est votre droit, et il est vrai qu'il faut se méfier des conclusions hâtives dans ce genre d'affaire. Alors essayons autre chose :

Les « étoiles » dans le film

On remarque sur le film de « fausses étoiles » qui se déplacent à l'écran, au mépris des lois de la physique, en donnant un très bel effet artistique de trajet hyperluminique dans l'espace.

C'est assez difficile à mettre en évidence car ces étoiles sont dotées d'une luminosité insuffisante pour impressionner le film Polaroïd, mais en inversant et renforçant l'image on découvre... les mêmes étoiles que sur le film !



Maintenant, le doute n'est vraiment plus permis. Il faut rappeler qu'un appareil Polaroïd, qui est équipé d'un film d'une sensibilité de 640 ISO, n'est absolument pas conçu pour photographier les étoiles (à cette sensibilité, il faudrait pratiquer une pause de plus de 3 min pour commencer à distinguer les étoiles de 1ere magnitude sur l'émulsion).

Et quand bien même ? Quelle est la probabilité pour que le ciel étoilé du Var ait présenté ce jour là exactement la même constellation que celle complètement fantaisiste du film ?

Couleur de l'objet

Nous nous étions étonné, lors de notre étude de 2000, de l'aspect monochromatique de la photo du Muy. Une mesure nous avait même fourni la valeur de 473 nm (à 10% près), ce qui correspond à un beau bleu, nous pouvons le constater de visu sur le cliché. D'où vient cette couleur ? Ne connaissant pas les circonstances exactes de la prise de vue (et pour cause), nous ne pouvons que nous livrer à des conjectures hasardeuses. Hasardeuses ? Voire !

Le cliché monochromatique fait penser que la photo a été pris devant un téléviseur noir et blanc. Nous ne saurons sans doute jamais quels étaient la marque et le modèle du téléviseur, informations qui nous aurait permis de retrouver les caractéristiques chromatiques de l'écran. Nous en resterons donc aux généralités.

La plupart du temps, un écran noir et blanc dispose d'un blanc calibré à une température de 6500K, ce qui correspond à la lumière du jour (plus rarement, on peut rencontrer des écrans calés à 9300K, c'est à dire nettement plus bleu). Or, à une température de blanc correspond une dominante colorée, selon de diagramme ci-dessous (loi du corps noir) :



Le graphique indique le « lambda max » en nanomètres (nm) selon la température de couleur en degrés Kelvin (K).



A la température de 6500K, on voit que le lambda max, c'est à dire la dominante colorée, est à 450 nm, c'est à dire à peu près le même bleu que l'ovni de la photo mesuré à 473 nm.

Nous pensons tenir là l'explication de la coloration bleue de l'objet du Muy. L'écran du téléviseur noir et blanc à partir duquel a été prise cette fameuse photo avait son blanc calé à 6500K, avec une forte dominante bleutée à environ 450 nm (le spectre émissif du téléviseur ne devait pas être d'une grande pureté). C'est cette couleur qui a impressionné préférentiellement l'émulsion du film Polaroïd.


Conclusion

A l'étonnement fait place un grand fou-rire. Ah ! notre mystérieux photographe nous a bel et bien roulé dans la farine.

A ce propos, il nous paraît peu intéressant de se préoccuper de l'identité réelle du personnage, M. X, ni même de s'interroger sur ses motivations.

En revanche, il est beaucoup plus instructif d'observer quelles ont été les réactions du public. Car n'oublions pas : à la suite de cette observation bidon, de nombreux témoins se sont fait connaître pour décrire des observations similaires. Des témoins parfaitement sincères, eux, puisque certains n'ont pas hésité à prendre contact avec la gendarmerie.

Cela soulève un point crucial : ces témoins, dignes de foi, comme l'on dit, ont-ils réellement vu des ovnis ou ont-ils été, à leur insu, quelque peu suggestionné par l'observation initiale ?

Nous vous laisserons méditer sur cette question.

Pour notre part, nous en retiendrons qu'il faut se méfier des simples témoignages d'ovnis. Seules les observations – heureusement nombreuses – qui sont corroborées par des éléments objectifs, vérifiables (et vérifiés !) ne devraient être prises en considération à l'avenir.

Ce qui nous laisse quand même pas mal de travail en perspective...


Alain DH (Coord. ADV)

UFOCOM

Septembre 2004


Nota : cet article a été rédigé avec l'aimable collaboration de Roch Saüquere du magazine Top Secret.

Vous trouverez une version du présent article — ainsi que d'autres articles intéressants — dans son numéro 15

 


Retour au menu "Investigations"


Retour à l'accueil