Débat sur les ovnis au journal de France Inter

A l’occasion des rencontres ufologiques de Châlons-en-Champagne, le journaliste Yves Decaens a invité Jean-Pierre Pharabod et Gildas Bourdais au journal de 13 heures du lundi 17 octobre 2005. Voici un résumé de ce débat d’environ douze minutes, vu par Gildas Bourdais.


Yves Decaens (YD pour la suite) présente les deux invités, Bourdais, "qui croit aux ovnis ", et Pharabod, " sceptique ", ingénieur de recherche au CNRS, auteur du livre AVIS (Objets Volants Identifiés). Il ouvre le débat par cette question : les scientifiques croient de plus en plus que la vie existe ailleurs dans l’univers, et qu’il existe peut-être d’autres civilisations, mais de là à croire à la réalité des ovnis, c’est une autre affaire. Gildas Bourdais (GB pour la suite), vous pensez que oui, mais je crois que votre opinion a évolué ?

GB - Effectivement, et je peux citer un tournant important à mes yeux, le livre de l’astronome Allan Hynek, paru en 1972. Hynek avait été le conseiller scientifique du service d’enquêtes de l’armée de l’Air américaine pendant vingt ans, pour trouver des " explications " aux observations. En 1969, ce service avait été fermé à la suite des conclusions négatives du " Rapport Condon ". Or, Hynek a contredit cette opinion dans son livre de 1972, affirmant la réalité des ovnis. J’ai alors pensé qu’il se passait vraiment quelque chose.

YD - Vous êtes spécialiste de Roswell, mais l’affaire a été expliquée ?

GB - Eh bien non, pas du tout ! Je résume en quelques mots le dossier : le communiqué de presse et le démenti au ballon météo de 1947, les enquêtes et les témoins trente ans plus tard, puis en 1994 les nouvelles explications de l’armée de l’Air, le train de ballons top secret " Mogul ", mais ce sont toujours des ballons, et la commission d’enquête du Congrès (le GAO) ne l’a pas acceptée, contrairement à ce que certains ont dit.

YD - Ca ne prouve pas que c’était un ovni.

GB - Bien sûr, nous n’en sommes pas encore là !

YD se tourne vers Pharabod : vous, vous pensez que c’était une expérience américaine ?

Pharabod (Ph pour la suite) – J’ai encore des doutes, mais il y a un nouveau livre, de l’Anglais Nick Redfern, qui explique que c’était une expérience secrète avec des prisonniers japonais. Il semble qu’il y avait des cadavres (regard surpris de Yves Decaens). C’est drôle, j’avais déjà proposé cette explication dans les années 80, mais on n’y avait pas fait attention.

YD - Pour vous, on peut expliquer presque tous les ovnis ?

Ph – Je ne suis pas totalement sceptique. Les scientifiques, avec les découvertes d’exoplanètes notamment, pensent de plus en plus que la vie intelligente sur d’autre planètes est une possibilité, et l’on peut donc imaginer qu’il y ait des visites d’extraterrestres.

YD – Nous savons cela, mais que pensez-vous des ovnis !

Ph – Il y a peut-être quelques cas, mais il n’y a aucune preuve.

GB – Je ne suis pas d’accord. Il y a beaucoup d’études et de documents qui démontrent sans aucun doute leur réalité. Avant d’en parler, je voudrais dire encore un mot sur Roswell. J’ai étudié à fond le livre de Nick Redfern - c’était le sujet de ma conférence à Châlons, et la semaine précédente en Italie - et je peux affirmer que cette histoire de prisonniers japonais handicapés de tient pas debout.

YD - Bon, arrêtons sur Roswell.

GB – Je reviens à mon histoire du rapport Condon et des ovnis aux Etats-Unis. Il se trouve que, trois mois avant la parution de ce rapport début 1969, il y avait eu une observation d’ovni très importante sur la base de missiles nucléaires de Minot, qui faisait suite à d’autres. Pendant deux heures, un grand ovni était resté en vol stationnaire tout près de sol, au dessus d’un silo de missiles. Une équipe d’enquêteurs très compétents – Jan Aldrich et ses collègues, que vous connaissez (Pharabod ne répond pas) ont retrouvé le dossier militaire, avec seize témoins, et ils en ont trouvé d’autres. Or la commission Condon concluait trois mois plus tard : " Non, non, il n’y a rien , il n’y a pas de menace pour notre sécurité ! ". Nous avons là une démonstration de la politique de secret et de désinformation sur les ovnis aux Etats-Unis.

YD se tourne de nouveau vers Pharabod, et lui demande son avis.

Ph – Oui, il y a des cas à étudier, mais je crois qu’il n’y en a pas plus d’une dizaine en tout.

GB – je ne suis pas d’accord. Il y en a des centaines, et même des milliers ! C’est un phénomène mondial, qui continue. Par exemple en Chine, au Brésil. L’armée de l’Air brésilienne a commencé à ouvrir ses dossiers aux ufologues, et il y a des dossiers impressionnants. Mais je voudrais aussi signaler la réactivation en cours du service d’étude des ovnis au CNES, sous la présidence d’Yves Sillard, un homme qui a fait une carrière prestigieuse. Il a été notamment directeur du CNES, où il a créé en 1977 le premier service d’étude des ovnis, le GEPAN, et il a été aussi Délégué Général à l’Armement. Or il s’est exprimé récemment et a évoqué, justement, le problème du secret et de la désinformation aux Etats-Unis. D’autres l’ont déjà dit avant lui, par exemple le COMETA avec son rapport paru en 1999. Je suis tout à fait en accord avec leurs analyses.

Ph - Oui, j’espère que Sillard va bien s’en occuper. Il y a quelques cas qui méritent des enquêtes plus approfondies.

YD – Pourquoi cette politique du secret ?

GB – La question du secret est centrale. Il faut comprendre que, s’il y a bien des extraterrestres qui nous visitent, et peut-être depuis longtemps, la révélation de cette situation va provoquer un choc culturel colossal. Au risque de surprendre certains, j’en suis venu à comprendre que la politique du secret a été nécessaire, pour amortir ce choc.

YD – Vous pensez que nous ne sommes pas prêts ?

GB – Oui, je le pense en effet.

YD – Finalement, quelle est votre opinion, aujourd’hui ?

GB – Il y a sans doute plusieurs civilisations qui nous connaissent et nous visitent, c’est une histoire très compliquée et sans doute très ancienne, mais on peut être d’un autre avis.

Ph – Je crois que ces visiteurs sont des " boat people ", qui ont été obligés de quitter leur monde d’origine, devenu inhabitable.

GB - je trouve votre point de vue très optimiste !

YD – Messieurs, je vous remercie.


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