Du nouveau sur Wilbert Smith

par François Parmentier

 


 

Wilbert Smith

Image extraite du cédérom de Grant Cameron

 

 

En 1982, la divulgation, par Arthur Bray, d’un mémorandum top secret du Ministère des Transports canadien du 21 novembre 1950 secoue les milieux ufologiques. Son auteur, l’ingénieur radio Wilbert Smith, rapporte des informations qu’il a obtenues auprès de responsables américains à propos des ovnis, lors d’un séjour à Washington:

a – Ce sujet est le plus haut classifié par le gouvernement américain, à un degré encore plus élevé que celui de la bombe H ;

b – Les soucoupes volantes existent ;

c – Leur modus operandi est inconnu mais un effort important est actuellement fourni par un petit groupe dirigé par le docteur Vannevar Bush ;

dToute l’affaire est considérée par les autorités américaines comme étant d’une importance considérable

 

Lorsque le document est rendu public, le nom de Wilbert Smith est déjà bien connu des ufologues. On sait qu’il a dirigé pendant 4 ans un programme officiel du gouvernement canadien en rapport avec les ovnis, le Projet Magnet, mais on ignore quelle a été sa portée réelle ainsi que ses dessous. Smith n’avait jamais dissimulé son intérêt pour la question des soucoupes volantes, communiquait volontiers avec les ufologues, dont le Major Donald Keyhoe, et était même membre de groupes ufologiques. Cependant, il n’avait jamais révélé l’existence de ce mémo.

Ce fut donc une énorme surprise. Il devint rapidement un des documents les plus importants de l’histoire de l’ufologie mais aussi un des plus controversés. On s’interroge bientôt sur la crédibilité de sa principale source d’informations, le Dr Robert Sarbacher ; le livre de Franck Scully auquel il fait référence, Behind the Flying Saucers, est déconsidéré deux ans après sa parution. Le débat s’engage puis reste en suspens, dans l’attente de nouveaux éléments. Dans son encyclopédie, Jérôme Clark écrit : A ce stade, tout ce que l’on peut dire avec certitude est que si l’affaire Sarbacher n’est pas corroborée par des vérifications indépendantes, elle ne restera rien de plus qu’une anecdote intrigante1.

Depuis, l’affaire est comme mise en attente, presque entre parenthèses. Elle redémarre aujourd’hui grâce au travail de l’ufologue canadien Grant Cameron qui l’étudie depuis plus de 20 ans. Prolongeant le travail d’Arthur Bray et en collaboration avec d’autres ufologues tels Nick Balaskas et Errol Bruce-Knapp, il a réuni une somme considérable de documents inédits qui révolutionnent l’affaire Wilbert Smith. Proposés dans leur intégralité sur un cédérom2 et partiellement sur son site3, ces documents démontrent que l’affaire va bien au-delà du mémo top secret et posent aussi de nouvelles questions. Curieusement, ce travail est entouré d’une relative indifférence. Ainsi, les informations dont Grant Cameron fait part à la liste de diffusion Ufo Updates suscitent pas ou peu de commentaires. Les nouveaux éléments tant attendus sont arrivés, mis à la disposition de tous, mais ils ne sont pas pris en compte. Il est vrai qu’ils sont complexes, souvent déroutants, et qu’ils n’offrent pas de réponse évidente ni unique.

En fait, ils font de l’affaire Wilbert Smith un cas typiquement ufologique, touchant à plusieurs aspects essentiels de la question des ovnis : les recherches secrètes, l’enjeu stratégique et technologique, le poids des Etats-Unis, les stratégies de secret et de désinformation, les contacts psychiques…

C’est à travers ces caractéristiques que sont présentés ici les archives de Wilbert Smith et le travail de Grant Cameron.

 

Historique

Comme le souligne Grant Cameron, si le dossier Wilbert Smith a pu être réouvert, c’est d’abord grâce au désir et à la prudence de Smith lui-même. Sachant qu’il allait bientôt mourir (il est mort en 1962, à l’âge de 52 ans, d’un cancer des intestins et non d’une tumeur cérébrale comme l’a affirmé Philip Klass), il avait pris soin de dissimuler ses archives.

Sans cette précaution, peut-être que son " legs testamentaire " serait resté inconnu car, selon sa veuve, Murl Smith, les Canadiens, les Américains et les Soviétiques ont cherché à récupérer les archives après sa mort.

En 1977, Arthur Bray découvre l’existence du mémorandum dans un lot de documents déclassifiés qu’il vient d’obtenir en application du FOIA. Un an plus tard, il contacte la veuve et le fils de Smith qui l’autorisent à consulter les archives, puis les lui donnent dans des circonstances non élucidées. Le fait que Bray était un ancien pilote militaire disposant d’une habilitation au secret a sans doute joué en sa faveur. Il ne révèle d’ailleurs pas l’existence du mémo top secret lorsqu’il en prend connaissance , mais, ne parvenant pas à localiser Sarbacher, il contacte William Steinman et Stanton Friedman. Ceux-ci le trouvent et se voient confirmer le contenu du mémo. Par la suite, Arthur Bray prendra la précaution de déposer toutes les archives de Wilbert Smith à l’Université d’Ottawa, où elles sont enregistrées et mises à la disposition du public4.

Grâce à elles, le fameux mémorandum n’apparaît plus comme un document orphelin. Elles révèlent en premier lieu que la démarche de Smith n’était pas isolée ni marginale, comme on a cherché à le faire croire.

Smith s’intéresse aux soucoupes volantes depuis la fin des années 1940, mais à titre privé. Au sein du Ministère des Transports, qu’il intègre en 1939, il deviendra responsable, dans le futur département des communications, du développement de la radio, de l’attribution des fréquences aux radios et aux agences de renseignement. Ses responsabilités sont importantes et touchent à la sécurité nationale. Il dirige ainsi " Radio Ottawa ", un centre d’interception des communications soviétiques.

La question de la propagation des ondes radio l’amène à s’intéresser, entre autres, au géomagnétisme. Il étudie la possibilité de le convertir en source d’énergie et soupçonne les ovnis de l’utiliser comme mode de propulsion. En 1949, il conduit une expérience en laboratoire au cours de laquelle 50 milliwatts sont extraits du champ magnétique terrestre 5. Smith entrevoit la découverte d’une nouvelle technologie et fait le lien avec les soucoupes volantes, dont Franck Scully écrit qu’elles utilisent des principes inconnus du magnétisme.

C’est alors que le gouvernement canadien s’inquiète des ovnis qui traversent son ciel. Il décide de s’occuper du problème et active ses services. Un mémorandum secret d’avril 1950 du Ministère de la Défense, et depuis déclassifié, révèle que le Ministre de la Défense a demandé au CRDB (Chairman of the Defense Research Board, le Dr Solandt) de s’assurer la coopération des Services afin de rapporter les observations ou prétendues observations de soucoupes volantes passant au-dessus du Canada […] qu’un nombre important de cas (d’ovnis) a été rapporté dans différentes parties du Canada et qu’il a été suggéré que les membres des services de renseignement et de la police reçoivent des instructions pour enquêter sur ces incidents et les rapporter au Département de la Défense 6.

C’est donc en pleine effervescence que Smith se rend à Washington, en septembre, avec son supérieur, John Baldwin. Là-bas, il cherche des informations au sujet des ovnis, rencontrant d’abord Keyhoe, puis recueillant des informations auprès de Sarbacher. Agit-il de sa propre initiative ? C’est peu probable car sa venue est préparée, notamment par Arnault Wright, l’officier de liaison entre le Defense Research Board canadien (DRB) et le Research and Development Board (R&DB) des Etats-Unis, en poste à l’ambassade. Le lieutenant colonel Bremner de la Navy canadienne et officier de liaison avec l’US Navy, joue lui aussi un rôle important. Il sert d’intermédiaire avec Sarbacher, lequel habite dans l’avenue de l’ambassade.

La correspondance entre Wright et Smith fait apparaître que l’officier a très probablement reçu des instructions pour aider Smith. Il est très entreprenant, lui propose de rencontrer des responsables américains et, comme on le verra plus loin, Smith doit parfois le freiner. Dans un premier temps, et après l’interview de Sarbacher, il l’encourage à rencontrer au plus vite le Dr Omon Solandt, directeur du DRB canadien. La rencontre a lieu dès le 20 novembre, à Ottawa. Solandt approuve les recherches de Smith sur le géomagnétisme comme possible source d’énergie et lui offre le soutien du DRB 7. Il faut ici souligner ici que Solandt et Bush se rencontrent régulièrement dans le cadre de la collaboration entre leurs services respectifs, et qu’il sont amis. En soutenant Smith, Solandt cautionne donc implicitement l’information de Sarbacher désignant Bush comme le chef du petit groupe américain travaillant sur le mode de propulsion des ovnis.

Dès le lendemain, Smith rédige le fameux mémorandum top secret. Pour essayer de minimiser l’importance de ce document, certains ont avancé qu’il n’aurait jamais dû être classé top secret et que Smith avait agi à la légère. Grant Cameron balaie facilement ces arguments en faisant remarquer, entre autres, que si cela avait été une erreur, il ne serait pas resté classé à ce niveau jusqu’en 1969, date à laquelle il a été accidentellement déclassifié au niveau " confidentiel " et accompagné d’une note précisant qu’il ne devra jamais être communiqué au public.

On a également suggéré que les informations données par Sarbacher étaient fantaisistes. Robert I. Sarbacher était consultant du R&DB et n’a jamais prétendu jouer un rôle important ni avoir une bonne connaissance de la question des ovnis. Au contraire, il a dit et répété qu’il n’avait pas pris part à leur étude, bien qu’il ait été invité à le faire. Cette modestie rend d’autant plus crédibles les informations qu’il donne et qu’il confirmera plus tard à de nombreux enquêteurs (William Steinman, Stanton Friedman, Barry Greenwood, Bruce Macabee).

Il ne trahit pas un secret mais transmet des informations classifiées à une personne habilitée à les recevoir (Bremner et/ou Smith) dans le cadre des accords américano-canadiens. En invitant Smith à s’adresser au Département américain de la Défense pour obtenir plus d’informations et l’habilitation correspondante, Sarbacher prouve qu’il respecte les règles de sécurité. Du reste, ces informations resteront secrètes et l’étanchéité de leur transmission ne sera pas rompue.

La communication d’informations apparemment très sensibles à un pays étranger peut surprendre. Mais le Canada n’est pas une nation étrangère, c’est le voisin et l’allié le plus précieux des Etats-Unis, l’autre moitié de l’Amérique du Nord. Le pays reçoit régulièrement des informations critiques de la part des Etats-Unis via l’ambassade. Le 6 juillet 1951, celui qui sert d’intermédiaire entre Smith et Sarbacher, le lieutenant colonel Bremner, transmet l’information reçue des Américains selon laquelle le prototype d’avion à propulsion nucléaire (projet NEPA), très secret, sera terminé d’ici un an 8.

Les informations données par Sarbacher ne relèvent donc pas d’une erreur ou d’un accident mais, au contraire, s’intègrent parfaitement dans le cadre des relations entre Etats-Unis et Canada. A l’époque, la politique américaine de communication sur les ovnis est encore relativement souple, ce qui ne sera plus le cas à partir de 1952 et de l’entrée en lice de la CIA.

Smith adresse son mémorandum au Sous-Ministre C.P. Edwards. Il propose à la fin de créer un programme de recherches qu’approuve Edwards en demandant à être tenu informé 9. Le programme Magnet est né.

Classé secret, il est dirigé jusqu’à sa fin, en août 1954, par Smith au sein du Ministère des Transports. Le 10 août 1954, après que le programme ait été éventé auprès de la presse, le Contrôleur des Télécommunications adresse un communiqué dans lequel il reconnaît que le ministère est engagé depuis 3 ans et demi dans un programme d’étude des ovnis. Cet aveu embarrassé est accompagné de l’acte de décès du projet Magnet justifié par l’impossibilité d’arriver à une conclusion définitive 10.

Fin de l’histoire officielle du programme Magnet. Smith s’intéresse désormais aux ovnis à titre privé et en dehors de ses heures de travail au sein du ministère. Privé de moyens en matériel et de ressources financières, Smith se serait alors tourné vers une approche métaphysique de la question des ovnis. Il aurait glissé du domaine scientifique vers le monde des Adamski, Williamson, Van Tassel et autres contactés prétendant être en relation avec les " frères de l’espace ". Grant Cameron démontre que cette vision est fausse, réductrice et surtout commode, que le parcours de Smith n’est pas celui que l’on croit et qu’il s’intègre dans la véritable histoire des ovnis au Canada

 

Le Canada et les OVNI : Secrets et embarras

L’ensemble des archives de Smith et des documents déclassifiés par les autorités canadiennes permet de se faire une idée de la politique canadienne sur la question des ovnis. Celle-ci est nécessairement particulière car influencée par le grand frère américain. Entre l’inféodation américaine et la curiosité de l’opinion publique, immature et toujours prompte à s’emballer, quel intérêt le Canada a-t-il pu porter à la question des OVNI ?

Selon Grant Cameron, les autorités canadiennes ont toujours eu un problème de communication et de positionnement sur cette question. Comme un symbole, Errol Bruce-Knapp relève que le projet Magnet approuvé par Edwards traite uniquement de recherches sur le géomagnétisme et ne fait aucune allusion aux ovnis alors que le rapport Magnet, remis 4 ans plus tard, traite exclusivement des ovnis sans mentionner de recherches en géomagnétisme 11. Le rapport Magnet conclut que les ovnis sont probablement extraterrestres 12  et que la prochaine étape de cette étude devrait consister en un effort substantiel pour acquérir autant que possible cette technologie, laquelle pourrait être sans aucun doute d’un grand intérêt pour nous 13.

Le projet était-il une couverture ? Ou bien le ministère a-t-il accepté de se voir remettre un rapport ne répondant pas à la commande initiale ? Il savait pourtant où Smith allait puisque celui-ci avait remis, en 1952, un rapport intermédiaire annonçant les futures conclusions.

Pourquoi interrompre les recherches si le rapport final, préconisant d’essayer d’acquérir la technologie des ovnis, n’est pas rejeté ? En fait, c’est le tohu-bohu médiatique et non le rapport Magnet qui amène les autorités canadiennes à réviser leur position, jusqu’alors relativement ouverte.

Au printemps 1953, Smith obtient le feu vert pour créer une base de détection d’ovni à Shirley Bay, près d’Ottawa. L’ouverture de elle-ci aurait même été officiellement annoncée par le Ministre des Transports, Lionel Chevrier 14. 24 heures sur 24, des appareils de détection sophistiqués scrutent le ciel. Le 8 août 1954, une anomalie est détectée. Smith se précipite dehors mais le ciel est encombré de nuages et il ne voit rien. Dès le lendemain, la presse relate l’incident qui menace de prendre une amplitude médiatique. Dans l’embarras et la précipitation, le ministère de tutelle prend position et clôt le programme Magnet.

 

Le Ministre des Transports Lionel Chevrier et le Dr Solandt caricaturés dans l’édition du journal Toronto Globed Mail du 16 novembre 1953.

Image extraite du cédérom de Grant Cameron

 

Débute alors une politique de dénégations et de minimisations. En juillet 1955, à la Chambre des Communes, le Ministre des Transports affirme, dans sa réponse à un parlementaire, que Smith avait été autorisé à travailler seul et à mi-temps sur le projet Magnet, avec du matériel déstocké ou obsolète, et que son travail n’avait apporté aucune information utile 15.

Après sa mort, en 1962, le Ministre Laurent Dupuis réduit le programme Magnet à un petit projet portant uniquement sur le géomagnétisme 16. Deux ans plus tard, Arthur Bray reçoit une lettre du ministère lui affirmant que à aucun moment, le ministère n’a mené de recherches dans le domaine des ovnis 17.

Aujourd’hui encore les autorités canadiennes cherchent à faire passer le projet Magnet pour la marotte d’un original solitaire. Mais Grant Cameron a trouvé dans les archives de nombreux éléments prouvant le contraire.

Dans une lettre classée secrète adressée au troisième secrétaire de l’ambassade du Canada, Gordon Cox, Wilbert Smith écrit : Nous avons trois ingénieurs travaillant à plein temps sur le programme [Magnet] avec deux techniciens…18. Ces ingénieurs et ces techniciens provenaient-ils, eux aussi, des surplus du ministère ?

Si la création de la base de Shirley’s Bay était une regrettable initiative, pourquoi ouvrir l’année même de sa fermeture et de l’interruption du programme Magnet une base d’atterrissage pour les ovnis ? Son existence est révélée seulement en 1967 par le ministre de la Défense de l’époque, Paul Helleyer 19. Une base du Defense Research Board située à Suffield, dans l’Alberta, est dédiée aux ovnis et conçue comme un peu comme un asile. Ainsi, l’espace aérien entourant la base est interdit dans un périmètre de 1000 miles carrés à tout avion, civil et militaire, afin de protéger les éventuels candidats à l’atterrissage de toute tentative d’interception.

Si aucun ovni ne s’y est montré, cette initiative prouve que des responsables avaient envisagé l’éventualité d’un contact. Et Grant Cameron de se demander comment ils comptaient " attirer " les ovnis en un point précis perdu dans l’immensité du territoire canadien ? En 1978, le Ministère de la Défense a nié l’existence du projet Lure mais Paul Helleyer n’a pas démenti ses propos. Tout juste a-t-il cherché à plaisanter en écrivant à Arthur Bray que cela avait été "offert" comme terrain d’atterrissage à quiconque aurait eu un ovni à faire atterrir 20.

 

La travail de Grant Cameron permet donc de comprendre que le programme Magnet n’était pas une initiative isolée, marginale ou individuelle mais qu’il faisait partie d’une véritable prise en charge de la question. Cependant, son importance réelle reste à déterminer. Plusieurs incohérences et indices laissent deviner une partie immergée et invisible.

La création d’un second projet d’étude sur les ovnis, en 1952, alors que Magnet est en cours paraît ainsi anachronique. Baptisé d’abord Theta puis Second Storey, ce programme est lancé par le Dr Solandt et le DRB. Mais pourquoi lancer un projet parallèle ? Et comment situer Second Storey par rapport à Magnet ? Son président, Peter Millman, a fourni des éléments de réponse. Dans une lettre au Docteur Condon, il explique que l’un des objectifs était de faire comprendre au gouvernement que la situation d’alors ne justifiait pas d’engager de grandes études sur ces phénomènes 21.

Millman s’est montré encore plus explicite envers Grant Cameron en précisant que le mémorandum rédigé par Smith après sa visite à Washington surestimait la question des ovnis 22. On comprend ainsi pourquoi le rapport Magnet est par la suite intégré, certains diront noyé, dans Second Storey. En 1968, le rapport est réédité et précédé d’une note de Millman précisant que les conclusions de ce rapport sont entièrement celles de Mr Smith, et qu’elles ne représentent pas une position officielle du Département des Transports ou du Comité Second Storey 23

L’affaire semble donc être entendue. Le Comité Second Storey fut la véritable étude officielle du Canada sur les ovnis. Grâce à sa structure interministérielle et à son collège regroupant de nombreuses compétences, il a " corrigé " les erreurs du Projet Magnet qui étaient en fait celles d’un homme travaillant seul. Mais cette position officielle ne résiste pas à l’analyse. En effet, si Second Storey devait vraiment procéder à une évaluation objective de la question des ovnis, alors pourquoi l’avoir classé seulement " confidentiel " et non pas " secret " comme le Programme Magnet ? En effet, cette classification l’a empêché d’avoir accès aux informations classées top secret. Millman a confirmé à Grant Cameron qu’il n’avait jamais vu le mémorandum top secret de Smith du 21 novembre 1950 avant que celui-ci soit déclassifié, bien des années plus tard 24. Pourtant, Smith a participé, et fut d’ailleurs le seul, à toutes les réunions du comité. Plus étrange encore, les travaux du comité ignorent totalement le rapport intermédiaire Magnet que Smith vient de remettre à son ministère et qui, selon sa veuve, serait resté trois mois sur le bureau du premier ministre Paul St Laurent. Comment expliquer aussi que Millman n’était pas au courant du Projet Lure, lancé il est vrai quelques mois après la fin du Comité Second Storney, si ce n’est par le fait que celui-ci était classé top secret ? 25

D’où cette question. Second Storey fut-il une couverture pour Magnet ? Sa classification " confidentiel " lui assurait une bonne visibilité et l’empêchait d’accéder à des informations critiques. On relève aussi, et surtout, que principale mission était de déterminer si oui ou non les ovnis étaient une menace pour la sécurité nationale 26.

Cette question a un air de " déjà vu ". Aux Etats-Unis, elle fait partie du " cahier des charges " imposées par l’Air Force aux différentes commissions mises en place par ses soins et à laquelle le rapport Condon répondra par la négative. Cette réponse habile permet de disqualifier le problème des ovnis sans nier la réalité de ceux-ci. Mais ce n’est qu’un slogan de communication destiné aux opinions publiques car ni la Commission Condon ni le Comité Second Storey n’ont accès aux informations critiques permettant de répondre à la question.

Pour Grant Cameron, Magnet fut le véritable programme officiel de recherches sur les ovnis. Pour autant, il ne tombe pas dans le piège consistant à surestimer son importance et à y voir un programme gigantesque et occulte. Les archives laissent clairement apparaître les difficultés rencontrées par Wilbert Smith pour mener ses recherches. Parallèlement aux interrogations sur l’ampleur réelle du programme Magnet, se pose la question de savoir à quelles informations Smith a eu accès. La réponse paraît être liée au degré de collaboration entre le Canada et les Etats-Unis sur la question des ovnis. Les archives proposées par Grant Cameron apportent des éléments de réponse.

 

Les relations Canada – USA

Liés par de nombreux traités et accords, coopérant étroitement dans le domaine de la détection et de la défense aériennes via le NORAD, les Etats-Unis et le Canada traitent ensemble les violations de l’espace aérien nord-américain. Les procédures CIRVIS/MERINT signées par les deux pays en 1966 désignent explicitement les " objets volants non identifiés " comme faisant partie de la coopération 27.

A l’époque du programme Magnet, en pleine guerre froide, l’espace canadien est stratégiquement très important pour les Etats-Unis car c’est une zone tampon avec l’ennemi soviétique. Une attaque lancée depuis l’URSS doit passer au-dessus du Canada. La surveillance est donc intense et parfois perturbée par des ovnis. Selon la revue Soviet Military Review, à l’automne 1960, tous les bombardiers de la base aérienne de Travis aux Etats-Unis ont été placés en alerte rouge pour attaquer l’Union Soviétique après que des " cibles " volant au dessus du pôle nord vers le territoire américain aient été détectées.28 .

 

Mais la collaboration au sujet des ovnis dépasse les problèmes de sécurité et concerne aussi très probablement l’enjeu stratégique. Si aucun texte disponible ne la mentionne explicitement, on en trouve l’illustration dans la démarche d’Arnault Wright, l’officier de liaison canadien en poste à l’ambassade à Washington. On l’a vu, celui-ci aide activement Wilbert Smith à obtenir des informations américaines sur les ovnis. En décembre 1952, il lui propose même de rencontrer des scientifiques américains travaillant sur la propulsion des ovnis 29. Arnault Wright aurait-il été, lui aussi, un électron libre pour faire une telle proposition ? ! Impossible car il agit au titre d’officier de liaison entre le DRB canadien et le R&DB américain. Si Wright propose à Smith de rencontrer certains de ses homologues américains, c’est qu’il y est autorisé. L’accréditation du R&DB précise que Mr Wright aura accès aux informations classifiées dans tous les domaines de la collaboration américano-canadienne 30. S’il avait commis une erreur ou une imprudence, le R&DB n’aurait pas confirmé son accréditation approuvée également par les corps d’armée des Etats-Unis 31.

Les informations recueillies par Smith à Washington et résumées dans son mémorandum top secret s’inscrivent donc dans le cadre de la collaboration américano-canadienne. Mais cette coopération est aussi conforme aux nouveaux rapports de force issus de la deuxième guerre mondiale. Les Etats-Unis ont des accords de coopération avec de nombreux pays alliés mais agissent en tant que puissance dominante. La nature des rapports très étroits avec l’Angleterre s’est ainsi inversée après la guerre. Envers le Canada, l’hégémonie américaine s’est renforcée. Grant Cameron a glissé sur son site une page humoristique illustrant cette réalité. Elle fait référence à la récupération par les Américains d’un avion espion U2 tombé dans la région de Manitoba, sur le territoire canadien, en 1959 32. Quand les militaires canadiens arrivèrent sur place, ils furent sévèrement refoulés par des soldats américains arrivés avant eux.

La question des ovnis étant susceptible de contenir des avancées technologiques majeures et les Etats-Unis étant en quête de suprématie technologique, la collaboration Canada – USA est logiquement modelée par l’hégémonie américaine. On collabore mais sans perdre de vue l’intérêt national, en cherchant à en obtenir plus ce que l’on donne. Quand les Canadiens s’intéressent au géomagnétisme et s’apprêtent à mener des recherches, le président du R&DB, Vannevar Bush, écrit dans un mémorandum : L’échange d’informations techniques [avec le Canada] devrait être sans restrictions pour nous permettre d’obtenir les informations canadiennes nécessaires afin de compléter les études sur le champ magnétique terrestre 33.

Le programme Magnet intéresse les Américains. Dans son mémo du 21 novembre 1950, Smith rapporte l’intérêt des Américains qui lui font savoir qu’ils aimeraient bien avoir une réunion avec les responsables canadiens si le Canada se lance dans des recherches..

Mais les Canadiens ne perdent pas non plus de vue leur intérêt. Quand Wright propose à Smith d’échanger ses informations avec les scientifiques américains, Smith décline la proposition en précisant qu’il serait prématuré de discuter de ces sujets avec des étrangers avant que cela ait été autorisé par nos propres gens 34.

Aussi, quand l’US Navy lance en 1951 un programme baptisé lui aussi Magnet pour établir la cartographie magnétique du monde, on se demande s’il s’agit d’un programme complémentaire ou concurrent. Selon le NICAP, le programme américain était lié, lui aussi, aux ovnis. Les avions utilisés étaient équipés d’appareils pouvant détecter les anomalies magnétiques naturelles ou artificielles, comme celles susceptibles d’être provoquées par les ovnis 35.

Un des épisodes très intéressants révélés par Grant Cameron concerne l’envoi à Vannevar Bush d’un projet d’article de Keyhoe révisé par Smith. Le Major Keyhoe, qui a compris qu’il était plus facile d’obtenir des informations auprès des responsables canadiens qu’auprès de ses propres compatriotes, veut écrire un article pour le magazine True au sujet du programme Magnet. Il a rencontré précédemment Wilbert Smith et lui soumet le projet d’article. Smith révise l’article en expliquant à Keyhoe que cela pourrait causer un embarras considérable au gouvernement canadien car celui-ci pourrait être obligé de prendre rapidement position après la publication de l’article, ce qu’il ne peut pas faire pour le moment 36. Parallèlement, il soumet l’article révisé au Dr Solandt ainsi qu’au DRB, ce qui est normal. Plus étonnant est le fait qu’il l’adresse au R&DB des Etats-Unis pour autorisation. Dans son mémorandum du 24 novembre 1950 adressé au Dr Solandt, il se prononce pour la publication de l’article révisé si elle est autorisée par le Research and Development Board des Etats-Unis 37. On savait les liens étroits entre les deux organismes, on découvre à présent qu’ils semblent être hiérarchisés. Pourquoi la publication d’un article portant sur un programme canadien doit-elle être autorisée par les Américains ?

Encore plus étrange, Grant Cameron révèle que l’article a aussi été soumis pour autorisation au Dr Vannevar Bush, via Arnault Wright 38. Cette demande d’autorisation est d’autant plus intrigante que le Dr Bush n’exerçait à l’époque aucune responsabilité gouvernementale. Il avait en effet quitté le R&DB en octobre 1948, après que Truman ait bloqué son projet de création du National Science Foundation, et ne faisait pas encore partie du Board of National Estimates. A quel titre le Dr Bush a-t-il donc été consulté ? Au nom de quelle autorité pouvait-il autoriser la publication de l’article de Keyhoe ? Grant Cameron renvoie le lecteur au mémorandum top secret du 21 novembre 1950 désignant le docteur Bush comme le directeur du petit groupe travaillant sur le modus operandi des soucoupes volantes. L’ombre de l’hypothétique MJ 12 plane sur cette question. Si on ignore quelle fut la réponse de Bush, on relève que l’article ne fut finalement pas publié. Keyhoe l’utilisera seulement quelques années plus tard dans son livre Flying Saucers from Outer Space (1954).

L’apparente domination américaine dans la coopération entre les deux pays est aussi perceptible dans l’attitude des diplomates canadiens en poste à l’ambassade. Gordon E. Cox écrit à Smith que la position officielle est toujours que personne à l’ambassade ne sait quoi que ce soit sur le sujet [des OVNI] et qu’il est, avec l’ambassadeur, particulièrement intéressé par toute indication sur une possible déclaration officielle du gouvernement américain 39. Le Canada attendait-il que les Etats-Unis prennent position pour s’aligner dessus ?

Il semble pourtant que le Canada ait cherché à obtenir des réponses par lui-même, du moins au début. Le Programme Magnet est en effet lancé contre l’avis des Américains. Ceux-ci ont rendu publiques les conclusions négatives du Projet Saucer et les ont confirmées à un officier de renseignements canadien dépêché auprès de l’US Air Force 40. Pourtant, le programme Magnet est lancé et classé secret.

Deux ans plus tard, le Canada semble se ranger derrière la position publique des Etats-Unis et épouse la dialectique américaine basée sur l’absence de menace en termes de sécurité nationale. C’est l’époque de Second Storey dont la première réunion , en avril 1952, est marquée par la présence d’un représentant de l’US Air Force.

 

Jusqu’où s’étend le contrôle américain ? Les documents examinés avant ceux relatifs à l’article de Keyhoe paraissent inscrire la question des ovnis dans le schéma habituel des relations entre Etats alliés. La collaboration entre Etats-Unis et Canada, même dominée par les Américains, semble être conforme à ce qui existe dans d’autres domaines comme l’armement et la recherche scientifique : on collabore, on échange des informations dans le cadre d’accords et par le biais des protocoles traditionnels, mais on ne perd pas de vue son intérêt et on cherche à obtenir plus que ce que l’on donne.

L’épisode de l’article de Keyhoe ouvre une autre perspective, celle d’une gestion transcendant les modes de fonctionnement habituels des Etats. Les ovnis ne seraient plus traités avec les moyens normaux, mais avec des outils et des structures hors norme. Il n’y aurait pas de collaboration, au sens classique du terme, entre les Etats américain et canadien, telle celle que le pacte secret CANUSA a créé en matière d’espionnage, mais une sorte d’alliance invisible et inavouable, connue de seulement quelques-uns, ignorant les frontières et dépassant la poursuite de l’intérêt national.

Dans un tel système, Wilbert Smith n’aurait pas agi pour son seul pays mais travaillé pour une instance plus large et aurait eu accès à leurs informations. C’est la thèse défendue par Grant Cameron. Il cite de nombreux éléments à l’appui de celle-ci. Parmi eux figure le témoignage de son fils, Jim, qui révèle que des véhicules militaires venaient régulièrement à leur domicile pour livrer des paquets en provenance des Etats-Unis contenant des fragments d’ovni. Wilbert Smith devait les analyser puis les retourner. Jim dit aussi en avoir eu quelques uns entre les mains, ce qui rappelle le témoignage de Jesse Marcel Junior à Roswell. Mais là s’arrête la comparaison car il semble très improbable que les Américains aient pu faire circuler de vrais fragments d’ovni hors des Etats-Unis et, qui plus est, les déposer dans une simple maison particulière.

Selon Smith, il existe au Pentagone une pièce où sont stockés tous les fragments d’ovni. Or, on imagine mal ses responsables prendre le risque de faire sortir ces pièces, et surtout de les faire voyager à l’étranger, pour analyse. Il leur semblerait sans doute plus logique et plus sûr de faire venir l’expert sur place.

Toujours selon son fils, Wilbert Smith aurait été conduit en 1952 dans une base de l’USAF, proche de Washington, où on lui aurait montré les restes d’une soucoupe volante ainsi que les cadavres de ses occupants. Pour Grant Cameron, cela confirme que Smith avait un degré d’habilitation très élevé.

Il n’y a apparemment pas de raison de douter de la sincérité de Jim Smith. Et ce d’autant plus que Wilbert Smith lui-même a fait des révélations dans ce sens. Il a notamment écrit qu’il avait eu en mains des pièces d’ovni 41 et qu’il les avait retournées à un groupe aux Etats-Unis se situant bien au-dessus de l’USAF 42.

 

Du secret à la désinformation ?

Que penser de ces révélations stupéfiantes ? Elles ne peuvent être imputées à une quelconque fantaisie car Wilbert Smith était un homme honnête, intègre, modeste, rigoureux et sans problème d’ego. Alors faut-il croire que l’hypothétique système hors norme évoqué plus haut fonctionnerait de manière irrationnelle et que ses responsables seraient affranchis des règles élémentaires de sécurité ?

Entre ces deux alternatives se situe l’hypothèse de la désinformation. Wilbert Smith aurait bien reçu des paquets des Etats-Unis mais contenant de faux fragments d’ovni. Cette hypothèse est vigoureusement rejetée par Grant Cameron. Il réfute l’idée facile selon laquelle Smith aurait été naïf et imprudent, au point de faire l’objet de manœuvres d’intoxication. Il souligne, avec raison, que Smith n’avait révélé à personne l’existence du mémo top secret. On a vu également qu’il avait prudemment réécrit le projet d’article de Keyhoe. Mais Smith étant un homme d’ouverture et de dialogue, on peut imaginer que ses échanges soutenus avec les ufologues et plusieurs contactés célèbres, soupçonnés eux-mêmes d’être des agents communistes, aient alarmé ou inquiété certains responsables. N’oublions pas que Smith avait obtenu des informations très critiques à Washington et qu’ils pouvaient craindre qu’elles soient divulguées. Et ce d’autant plus que Smith était honnête au point de paraître parfois imprudent. Ainsi, dans une lettre adressée au groupe américain Civilian Saucer Investigation, en décembre 1952, il écrit qu’il ne peut communiquer des informations au sujet du Programme Magnet car celui-ci est classé secret, confirmant par là même implicitement l’existence de Magnet et son niveau de classification. Il révèle également qu’il existe un autre programme du gouvernement canadien auquel il participe aussi (Second Storey) et, ajoute plus loin, qu’il a vu, quelques jours plus tôt, une soucoupe volante. A la fin, il propose aimablement d’aider le groupe dans la limite de ses possibilités 43.

Cela faisait beaucoup d’informations données à un groupe ufologique californien cherchant à briser le cover up à la manière de Don Quichote, selon l’expression de Ruppelt. Cela faisait-il trop ? On relève que le Civilian Saucer Investigation est explicitement désigné comme une cible à neutraliser par la Commission Robertson mise en place par la CIA en 1953 44. D’ici à penser que Smith ait pu, lui aussi, être considéré comme une cible à décrédibiliser en raison des informations qu’il possédait et de ses apparentes imprudences, il n’y a qu’un pas qui a peut-être été franchi lorsqu’il a rejoint les rangs du Ottawa Flying Saucer Club en 1956, puis ceux du NICAP en 1957, sur l’invitation de Keyhoe.

On lui aurait alors communiqué de fausses informations en comptant sur son " indiscrétion " pour le décrédibiliser et dans l’espoir qu’elles atteignent d’autres cibles. C’est le sentiment de Palmiro Campagna, ingénieur aéronautique du Département National de la Défense du Canada. Il se demande même si le Canada n’aurait pas participé activement à sa désinformation. Smith n’aurait pas respecté les consignes de silence et de discrétion imposées par Solandt et celui-ci en aurait pris acte, avec son ami Vannevar Bush. Palmiro Campagne fait remarquer que le Canada a collaboré très étroitement au programme MKULTRA de la CIA. Des expériences de contrôle mental par administration de drogues ont été réalisées sur des patients de l’hôpital psychiatrique Allan de Montréal. Or, fait remarquer Palmiro Campagna, Solandt et le DRB étaient parties prenantes de ce programme. Solandt participa en juin 1951 à la première réunion secrète réunissant à Montréal deux agents de la CIA et Sir Henri Tizard du DRB britannique. D’où l’interrogation de Palmiro Campagna qui se demande si Smith n’aurait pas été ciblé comme le sera plus tard Benewitz 45. Cette hypothèse mérite d’être examinée car certaines informations divulguées par Smith sont sujettes à caution.

Ainsi, il écrit et répète que chaque nation de cette planète 46 et tous les gouvernements ont été officiellement informés de l’existence des vaisseaux spatiaux et de leurs occupants 47.

Cette information avait déjà été servie quelques mois plus tôt au docteur brésilien Olavo Fontes par deux officiers de la Marine brésilienne disant les tenir eux-mêmes de leurs homologues américains.

Or, cette information n’est guère crédible. Si toutes les grandes puissances de la planète avaient été informées de cette réalité, elles se seraient logiquement donné les moyens de prendre en charge le problème. La menace potentielle, la quête du gain technologique, le risque de voir un pays s’emparer d’atouts stratégiques, le désir d’en savoir plus auraient dû conduire à des mesures et à des programmes conséquents ou, tout au moins, auraient interdit à tous les gouvernements de négliger la question des ovnis. Or, il suffit de regarder la situation française, par exemple, pour se rendre compte que ce n’est pas le cas.

Et comment imaginer que les Etats-Unis auraient pu partager ces informations avec les pays communistes en pleine guerre froide ?

En fait, la propagation d’une telle idée incite surtout à croire que les Etats-Unis partageraient leurs éventuelles preuves et recherches avec toutes les nations. Cela permet de desserrer l’étau des soupçons et des accusations portant sur leur apparente politique de monopole.

De la même manière, Smith fait part d’une information qui semble dédouaner l’USAF dans le collimateur des ufologues et de l’opinion publique. Il écrit et dit qu’il existe de nombreux fragments d’ovni mais que l’USAF n’en détient aucun 48. Or, s’il existe de très nombreux fragments d’ovnis, comme le dit Smith, il paraît improbable que l’institution la plus impliquée face aux ovnis n’en ait pas récupéré, à commencer par ceux, probables, de Roswell. Mais il est vrai qu’à l’époque, l’affaire de Roswell était encore enterrée.

Si ces révélations de Wilbert Smith sont déconcertantes, celles concernant ses contacts avec les extraterrestres le sont plus encore.

 

Smith le Contacté

La courte histoire de l’ufologie moderne est dominée par l’apparition de modèles et de schémas qui se succèdent en gommant les précédents. Wilbert Smith et ses recherches n’échappent pas à un des modèles dominant des années 50, celui, très controversé, des contactés, c’est à dire des personnes prétendant être en contact psychique et/ou physique avec les " grands frères de l’espace " venus sauver les hommes et la Terre de leur folie atomique.

L’intérêt et l’implication de Smith dans ce phénomène sont connus depuis longtemps mais laissés de côté car considérés comme très déroutants et fragiles. On veut croire que le scientifique aurait viré sur le tard au contacté. Or, Grant Cameron fait remarquer que le mémorandum du 21 novembre contient non pas 4 mais 5 points et que l’on omet systématiquement de mentionner le dernier :

J’ai été par ailleurs informé que les autorités des Etats-Unis étudient plusieurs pistes susceptibles de faire le lien entre soucoupes volantes et phénomène mental.

Pour Grant Cameron, c’est la preuve que la composante psychique est constitutive du phénomène ovni, de sa prise en charge par les autorités et des recherches menées par Smith. De fait, l’intérêt de Wilbert Smith pour les contactés est ancien et non pas consécutif à la fin de Magnet. Il s’intéresse particulièrement aux récits et aux informations reçus. Cela peut paraître peu orthodoxe pour un scientifique mais Grant Cameron explique la démarche de Smith. Les épaves d’ovni et les corps de leurs occupants seraient des preuves muettes et inutiles car elles n’apporteraient aucune réponse ni indice sur les origine et les motivations des extraterrestres. Cette idée a aussi été avancée par le Dr Eric Walker, secrétaire général du R&DB de 1950 à 1952. Il aurait donc été logique de chercher des réponses par d’autres voies.

Une rencontre décisive va faire passer Wilbert Smith du rôle d’observateur à celui d’acteur. En juillet 1954, il est invité par l’Amiral à la retraite de l’US Navy Herbert B. Knowles à venir dans le Maine faire la connaissance de sa voisine, Frances Swan. Cette médium, très religieuse, dit être en contact avec des extraterrestres de l’Association Universelle des Planètes, dont Affa d’Uranus et Ponnar de Pluton. Par le bras de Madame Swan et l’écriture automatique, Smith pose des questions et obtient des réponses qui l’impressionnent. C’est le début d’une relation qui durera jusqu’à sa mort avec Affa et les " gens d’en haut " dont Frances Swan sera l’intermédiaire principale, mais pas unique 49. Sur leurs indications et leurs conseils, Smith expérimentera en laboratoire les principes d’une nouvelle science, qu’il essayera de déchiffrer et de décrire dans son livre posthume The New Science 50. Celle-ci paraît abstraite car, selon Smith, l’utilisation de notre langage par les extraterrestres se heurte à des obstacles sémantiques du fait de leur habitude à communiquer télépathiquement 51.

On ne se prononcera pas sur ces expériences. On y retrouve ce mélange caractéristique de sincérité évidente et de haut degré d’étrangeté. Smith y croit et s’oppose à Keyhoe et au NICAP sur leur attitude de rejet envers les contactés. Il écrit ainsi qu’il a passé trop d’heures à discuter avec les gens d’ailleurs pour pouvoir douter de leur réalité et de ce qu’ils disent52. Smith dit avoir vérifié le contenu scientifique des messages qu’il reçoit, mais on retrouve dans certains l’aspect trompeur et apocalyptique bien connu. Passe encore que les " frères de l’espace " disent vouloir sauver la Terre dont les lignes de force géomagnétiques (le centre d’intérêt de Smith) menacent de se casser sous l’effet des explosions atomiques. Mais quand Affa annonce à Smith que la Terre va vraiment connaître sa fin vers 1956 comme cela est annoncé dans la Bible et que, comme il est écrit, beaucoup seront perdus et beaucoup seront sauvés 53, on est réduit à supposer que les informations scientifiques seraient exactes quand les autres seraient trompeuses.

Grant Cameron est bien conscient de ce problème mais considère qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Même si 95% des informations reçues par Frances Swan sont fausses, dit-il, celles véridiques sont suffisamment importantes pour avoir attiré l’attention du gouvernement. Il cite un épisode qui n’est pas inconnu mais qui est susceptible de prendre une nouvelle dimension grâce aux documents qu’il a réunis, celui des deux satellites artificiels de 1954.

Le 23 août 1954, le journal Aviation and Space Technology révèle que les radars de l’Air Force ont détecté, à l’automne 1953, deux satellites et que le professeur Lincoln LaPaz, engagé pour les étudier, les considère comme naturels 54. La nouvelle est ensuite reprise par le New York Times et fait le tour des médias. Certains se demandent s’il s’agit de fusées et craignent qu’elles soient communistes 55, tandis que d’autres défendent l’idée de petits astéroïdes capturés par l’attraction terrestre 56. De son côté, Keyhoe reçoit des informations qui le conduisent à déclarer que ce sont des objets artificiels. Il détaille ces informations dans son livre The Flying Saucer Conspiracy paru en 1955. Il y apparaît que l’astronome Clyde Tombaugh, celui qui avait découvert Pluton en 1930 et observé un ovni en 1947, est lui aussi impliqué dans l’étude de ces petites lunes comme on les appelait alors. Larges de 16 km, leurs altitudes sont estimées à 640 et 960 km 57.

Sachant aujourd’hui que ce n’étaient pas de nouveaux satellites, et que le spoutnik n’avait pas encore été lancé, la question se pose de savoir si les radars avaient réellement détecté deux objets ou si c’était une erreur. La réponse est partiellement apportée par Grant Cameron qui a trouvé dans les archives de l’administration Eisenhower un mémorandum top secret de la réunion tenue par le Conseil National de Sécurité le 27 mai 1955. Lors de cette réunion, sur l’invitation du Président, Donald Quarles, [le responsable de la recherche et du développement], entreprit de décrire avec précision le satellite terrestre. Le président fit remarquer que, bien que ce satellite terrestre soit plutôt une affaire mineure, nous pourrions en percer le mystère en envoyant un satellite de reconnaissance 58. Aucune objection n’ayant été émise par les membres du Conseil, il est décidé à la fin de la réunion d’essayer de lancer un satellite. Les Américains seront devancés par les Soviétiques mais ce document pourrait éclairer d’un jour nouveau l’histoire de la conquête spatiale.

Pour Grant Cameron, il existe un rapport étroit entre cet épisode et les communications de Frances Swan qui aurait conduit les autorités à s’intéresser à la médium. Sa thèse est la suivante : Frances Swan contacte l’Amiral Knowles en mai 1954. Celui-ci, impressionné par les informations d’Affa, écrit au contre amiral C.F. Espe, chef du Bureau du Renseignement de la Navy (ONI), et aussi à la Maison Blanche. Il joint à sa lettre différentes informations données par Affa. Parmi celles-ci se trouverait la présence de deux vaisseaux spatiaux en orbite terrestre, ceux d’Affa et de Ponnar. Or, selon Grant Cameron, la nouvelle des deux satellites mystère était encore secrète, d’où la surprise puis l’intérêt des autorités pour Frances Swan. Comment pouvait-elle savoir que deux objets inconnus gravitaient autour de la Terre ?

 

L’affaire du mémo de la CIA

Il est difficile de savoir jusqu’à quel point le cas de Swan intéressa réellement les autorités. A partir de ce moment, l’histoire devient très embrouillée. Suite à sa lettre à C.F. Espe, deux officiers de l’ONI viennent interroger Frances Swan. Leurs conclusions négatives conduisent Espe à répondre à Knowles que l’ONI arrête là son enquête. L’affaire continue cependant car elle intéresse un autre officier de l’ONI, John Huston, qui se rend sur place puis entre en contact avec le FBI. Deux mémorandums déclassifiés du bureau fédéral font la synthèse des informations 59. Le FBI, comme l’ONI, décide de ne pas donner suite et transmet les informations au Bureau des Enquêtes Spéciales de l’Air Force (AFOSI). Le phénomène des contactés a été, on le sait, logiquement pris en charge par les agences de sécurité américaines. Les documents déclassifiés du FBI font ainsi apparaître que Adamski et les autres contactés ont été étroitement surveillés. Il n’est donc, a priori, pas étonnant de trouver deux mémorandums traitant du cas de Frances Swan. Celui-ci n’a apparemment pas résisté à l’évaluation mais il va séduire Wilbert Smith qui, à la même époque, se rend chez la médium à l’invitation de Knowles.

Cinq ans plus tard, un officier de liaison entre l’ONI et le Centre de Renseignement Photographique de la CIA, Julius Larsen, découvre l’affaire et s’y intéresse. Il se rend le 5 juillet 1959 chez la médium, et, chose insolite pour un officier de l’ONI, s’essaye même à l’écriture automatique malgré les mises en garde de Frances Swan qui le décrira plus tard comme trop enthousiaste et naïf. Il reçoit un message signé Affa mais Frances Swan lui répond qu’il ne s’agit pas de " son Affa ". Cela n’est pas sans rappeler ce que certains médiums disent à propos des communications qu’ils prétendent avoir avec des morts et qui seraient " parasitées " par des esprits trompeurs se faisant passer pour d’autres morts.

De très étrange, l’affaire devient dès lors équivoque. Elle surgit d’abord sous la plume de l’homme de médias et producteur Robert Emenegger dans son livre Ufo’s Past Present and Future publié en 1974. L’auteur reproduit le contenu d’un document présenté comme étant de la CIA, rédigé le 9 juillet 1959, et qui relate la suite des événements. Emenegger a ôté les noms mais le travail de Grant Cameron permet d’identifier les protagonistes :

De retour à Washington, Larsen rend compte, de son voyage, le 6 juillet 1959, à Arthur C. Lundahl, le directeur du National Photographic Interpretation Center. Lundahl est un homme clé de l’appareil de renseignement américain. C’est lui détectera les rampes de lancement de missiles à Cuba en 1962 et qui en informera Kennedy. Si Larsen va le trouver, c’est qu’il le sait très intéressé par la question des ovnis. Larsen raconte son expérience à Lundahl et à son assistant, le lieutenant commandant Robert Neasham. Les deux hommes invitent alors Larsen à entrer en transe devant eux. La communication est établie avec Affa à qui Lundahl et Neasham posent des questions. Ils demandent entre autres à voir un vaisseau spatial ou une soucoupe volante. Affa leur répond d’aller à la fenêtre et ils aperçoivent alors une soucoupe volante.

Trois jours plus tard, le 9 juillet, une réunion est organisée dans le même bâtiment. Neuf personnes y participent, celles de l’expérience du 6 juillet, cinq agents de la CIA et le Major Robert Friend de l’Air Technical Intelligence Center (ATIC). Ce dernier a été invité car il est le chef du programme Blue Book. Après avoir discuté pendant deux heures de diverses questions liées aux ovnis, Lundhal informe Friend du cas de Frances Swan, des enquêtes qui ont été faites puis de l’expérience tentée trois jours plus tôt. Friend demande alors à Larsen d’entrer en contact avec Affa devant lui mais Affa fait savoir que ce n’est pas le bon moment.

Emenegger complète l’histoire par des informations que le Major Friend lui a données : De retour à Wright- Patterson, Friend fait son rapport à son supérieur, le général Dougher, qui lui répond de ne pas aller plus loin puisque la CIA est déjà sur l’affaire.

L’histoire officielle s’arrête là. Plus tard, Lundahl niera plus tard avoir vu quoi que ce soit par la fenêtre lors de l’expérience du 6 juillet 60. Pour Grant Cameron, Lundhal a menti et l’histoire s’est poursuivie. Frances Swan serait restée en contact avec les services de renseignement de la Navy pendant trente ans et aurait respecté des consignes de silence. Grant Cameron attache une grande importance à cette affaire car il pense que les contacts psychiques et les récits de contactés sont une composante incontournable de l’histoire du phénomène ovni que l’on a évacuée un peu trop vite des mémoires. Parce que l’ancien modèle ne correspondait plus au nouveau, on a fait table rase des caractéristiques du phénomène ovni des années 50 qui étaient alors dominées par les contacts psychiques et les " frères de l’espace ". L’affaire Swan marque d’ailleurs un tournant. A ce moment, les grands blonds de type nordique venus sauver la planète s’effacent devant les Gris kidnappeurs. L’enlèvement présumé de Betty et Barney Hill en 1961 symbolise ce changement. Or, étrange coïncidence, les Hill habitent à moins de 5 km de chez Frances Swan. Cependant, cette dernière refusera toujours de rencontrer Betty Hill car elle pensait que les Gris étaient diaboliques et qu’il fallait éviter tout contact avec eux. Selon elle, Larsen aurait été harcelé psychiquement par eux. Smith évoqua aussi évoque un groupe [d’extraterrestres] venu pour l’exploitation 61.

 

Grant Cameron pense que l’histoire du contact psychique entre la CIA et Affa jette un pont avec le cinquième point oublié du mémorandum de Wilbert Smith. Mais cette affaire présente aussi des zones d’ombre qui méritent d’être explorées.

La crédibilité de cette affaire repose largement sur le fameux mémo de la CIA. Or, celui-ci se révèle aujourd’hui être fragile. Si Emenegger écrit qu’il a le compte rendu de l’incident, c’est qu’il ne possède pas de document officiel mais un texte manuscrit, censé être la copie de l’authentique mémo, ce qu’il omet de préciser. Il s’agit en fait de notes de la main de Hynek lui-même prises dans des circonstances qui méritent d’être précisées tant elles sont rocambolesques. De passage à l’ATIC, en juillet 1959, Hynek aurait vu l’authentique mémo rédigé par Lundahl sur le bureau de Friend et, comprenant son importance, décidé de le recopier à la main pendant que le Major était en réunion dans une pièce voisine. Si cette histoire est vraie, plusieurs constats s’imposent : on circulait dans l’ATIC comme dans une auberge espagnole, Friend n’était pas soigneux et laissait traîner des documents sensibles sur son bureau, Hynek avait le goût du risque et, surtout, écrivait vite, très vite, car il faut bien 15 minutes pour rédiger normalement ce document.

Hynek a confié ses notes à Jacques Vallée en 1965, lequel les a remises à Emenegger en 1973-74. Si ce dernier ne craint pas d’affirmer qu’il s’agit du véritable compte rendu 62, c’est qu’il a obtenu des confirmations qui compensent l’absence du document originel. Le Major Friend authentifie le document et Lundahl reconnaît être bien l’auteur du mémo originel tout en refusant de le faire devant une caméra. Mais pourquoi avoir laissé entendre qu’il s’agissait de l’authentique mémo de la CIA ?

Et pourquoi Jacques Vallée lui-même laisse-t-il planer le doute dans son livre " Le Collège Invisible " paru pourtant après celui d’Emenegger ? Pour protéger Hynek qui aurait commis une indélicatesse envers Friend ? Mais si Friend avait confirmé le document, c’est donc qu’il l’avait vu et qu’il était au courant. Vallée change les noms mais ne dit rien sur la source de ses informations. C’est pourtant lui qui a transmis récemment les notes de Hynek à Grant Cameron, lequel les a placées sur son site 63.

La genèse de cette affaire, déjà très complexe, a donc été troublée par les présentations ambiguës des principaux protagonistes. Sur le fond, on retrouve ce haut d’étrangeté qui frise parfois l’absurde. Ainsi, parmi les quatre questions posées à Affa par Lundahl et Neasham se trouve celle-ci :  Les Catholiques sont-ils le peuple élu ? . Autre incohérence, l’expérience a lieu dans le bureau d’experts en renseignement mais elle est improvisée et conduite sans aucun enregistrement ni prise de note.

Pour essayer d’y voir plus clair, il faut aussi replacer la divulgation de cette affaire dans le contexte de l’époque où Emenegger est conduit à s’intéresser à la question des ovnis. En 1973, lui et Alan Sandler sont invités sur la base aérienne de Norton pour discuter d’un projet de documentaire sur les possibles applications civiles de programmes de recherche militaires (images holographiques en trois dimensions, traitement des cancers par laser…). C’est alors qu’on leur propose un film d’atterrissage d’ovni qui se serait produit en 1971 sur la base d’Holloman (Nouveau-Mexique) avec débarquement d’extraterrestres. Emenegger et Sandler sont sceptiques sur la question des ovnis mais ils se retrouvent bientôt à discuter puis à négocier la diffusion du film avec différents responsables dont le colonel William Coleman, chef des relations publiques de l’USAF. Emenegger a l’impression de se retrouver dans une pièce de Kafka. La question des ovnis leur est servie sur un plateau, alors qu’ils n’ont rien demandé ; le général George Weinbrenner leur révèle spontanément que les meilleurs scientifiques travaillent sur les moyens de contrôler le climat en leur exhibant un livre sur les ovnis dédicacé par Hynek ; et les deux producteurs sont autorisés à circuler librement dans le Pentagone sans même signer le registre de sécurité…

Finalement, ils ne disposeront pas du film promis, dont le major Friend dira par la suite qu’il s’agissait d’un film de formation de l’USAF, mais leur documentaire est diffusé et accompagné de la parution du livre. Cet épisode est déterminant car il relance durablement l’intérêt du public pour la question des ovnis alors que l’USAF avait enfin réussi à s’en débarrasser, depuis 1969, et que l’opinion publique semblait s’en détourner. Les raisons qui ont poussé certains à relancer la question des ovnis sont sujettes à différentes interprétations allant de la levée des secrets et de l’acclimatation progressive de l’opinion publique (c’est l’opinion de Grant Cameron qui pense que le faux est mélangé au vrai pour éviter tout emballement) jusqu’à la désinformation et aux opérations psychologiques.

C’est dans ce contexte, et au même moment, que Jacques Vallée et Allen Hynek décident de révéler à Emenegger l’expérience du 6 juillet 1959 et lui remettent les notes d’Hynek. Les deux affaires, celle du film d’Holloman et du contact psychique entre responsables du renseignement américain et Affa, sont donc " servies " en même temps à Emenegger et Sandler. Elles semblent être d’autant plus liées que le colonel Coleman et le Major Friend interviennent dans les deux.

 

 

En tout état de cause, l’histoire de Wilbert Smith dépasse largement cette affaire, et on aurait tort d’évaluer la crédibilité de l’une par rapport à l’autre. Les informations spectaculaires sont sans doute celles qui captent le plus l’attention mais elles ne sont pas nécessairement les plus intéressantes. L’immense travail réalisé par Grant Cameron a déjà permis de consolider de nombreux aspects jusqu’alors controversés. Le dépouillement et l’étude approfondie de ces archives devraient permettre, à terme, d’y voir encore plus clair.

 

 

Remerciements à Grant Cameron, Palmiro Campagna, Robert Emenegger, Ole Jansen.

François Parmentier
janvier 2004


 

1Jerome Clark, The UFO Encyclopedia, 2° édition, p. 816.
2
http://www.presidentialufo.com/flyer.htm
3http://www.presidentialufo.com/smith.htm
4http://www.uottawa.ca/library/archives.html
5Mémorandum top secret du 21 novembre 1950.
6Reproduit dans le livre Palmiro Campagna, The UFO Files, The Canadian Connection Exposed, Stoddart,   Toronto, 1997, pp. 163 – 164. Egalement disponible sur son site : http://www.storm.ca/~maxcam
7Mémorandum top secret du 21 novembre 1950.
8Campagna, p. 32.
9Note manuscrite datée du 2 décembre 1950 de C.P. Edwards en bas du mémorandum : OK, go ahead with it and keep me informed.
10Communiqué du Contrôleur des Télécommunications du 10 août 1954.
11
http://www.virtuallystrange.net/ufo/mufonontario/archive/wbsmith.htm
12Wilbert Smith, Project Magnet Report, p. 11.
13Ibid, p. 12.
14John Ross, Canada Hunts for Saucers, Fate Magazine, 1954 : http://presidentialufo.com/flying_saucer_observatory.htm
15Question posée par Mr Nesbitt lors des débats du 21 juillet 1955.
16Arthur Bray, The UFO Connection, Jupiter Publishing, Ottawa, 1970, p. 60
17Lettre à Arthur Bray, ibid p. 61.
18Lettre classée secret du 3 janvier 1951.
19Victor Mackie, Top-Secret project Strikes Out. Government Bid to Attract UFOs to Landing Site Scores Zero, Ottawa Journal, 20 juillet 1967.
20
Lettre à Arthur Bray du 22 février 1978.
21Lettre de Peter Millman du 10 mai 1968 au docteur Condon.
22Lettre de Peter Millman du 2 octobre 1987 à Grant Cameron.
23Peter Millman, Note on Project Magnet Report, Conseil National de Recherches du Canada, 9 mai 1968.
24Lettre de Peter Millman du 2 octobre 1987 à Grant Cameron 
25Ibid
26Ibid
27Jeffrey T. Richelson, The U.S. Intelligence Community, 4° édition, Westview Press, Boulder, Colorado,1999, pp. 296 – 298.
28Alexandre Kuzovkin, Alexandre Semyonov, UFOs and Security, Soviet Military Review ; n° 6, juin 1989, pp. 38 – 39.
29Lettre de Wilbert Smith à Arnault Wright du 15 janvier 1952.
30Document déclassifié par le NARA : Proposed Procedure for Bringing Mr Wright into the RDB, 1952 ( ?)
31Mémorandum de Charles J. Tanenbaum (R&DB) au président du Comité de Contrôle des Informations de la Défense Nationale du 9 février 1953 ; Lettre du R&DB au docteur Solandt, 1953 ( ?)
32Damn Americans : http://www.presidentialufo.com/damn_americans.htm
33Mémorandum de Vannevar Bush au colonel Wood du 11 août 1948.
34Lettre de Wilbert Smith à Arnault Wright du 15 janvier 1952.
35
http://www.presidentialufo.com/us_project_magnet.htm
36Lettre de Wilbert Smith à Donald Keyhoe du 24 novembre 1950 : http://www.presidentialufo.com/keyhoe_redraft.htm
37Mémorandum de Smith au Dr Solandt du 24 novembre 1950.
38Lettre de Smith à Gordon Cox, 3° secrétaire de l’ambassade, du 3 janvier 1951 ; réponse de Gordon Cox du 6 janvier 1951.
39Lettre de Gordon E. Cox du 6 janvier 1951 à WB Smith.
40Campagna, pp. 50 – 53.
41Lettre du 5 août 1959.
42Interview de novembre 1961 avec Popowitch et C.W. Fitch citée par Franck Edwards dans
Ufo Serious Business
43lettre de Wilbert Smith du 27 décembre 1952 au Civilian Saucer Investigation.
44Pp. 22 – 23 du rapport original.
45Campagna, pp. 140 - 145.
46Lettre à Caswell du 23 février 1959.
47Lettre à Georges Popowitch du 29 novembre 1958.
48Lettre à Georges Popowitch du 29 novembre 1958 ; lettre à C.W. Fitch, non datée ; interview de novembre 1961 avec Popowitch et C.W. Fitch citée par Franck Edwards dans
Ufo Serious Business
49Murl Smith a écrit que son mari et elle s’étaient essayés à la télépathie.
50Wilbert B. Smith, The New Science, Keith Press, Ottawa, 1978 : http://www.rexresearch.com/smith/newsci~1.htm
51Lettre à Harry Gesner du 7 février 1955.
52Lettre à Keyhoe du 4 octobre 1958.
53Communication du 28 juillet 1954 ; transcription de Madame Knowles.
54Aviation and Space Technology, Satellite Scare, 23 août 1954, p.12.
55Popular Mechanics, Have we sent a rocket into space ? mai 1955.
56Wayne Proell, The two new terrestrial moons and american astronautical policy, The Journal of Space Flight, Chicago, octobre 1954, n°9, vol 6, pp. 1 – 5.
57Ibid.
58Mémorandum top secret du Conseil National de Sécurité, Subject : Discussion at the 205th Meeting of the National Security Coucil, Thursday, May 26, 1955 ; déclassifié le 31 janvier 1996, Eisenhower Papers 1953 – 1961, Ann Whitman file, Bibliothèque Eisenhower, Abilene, Kansas.
59Mémorandums des 2 et 9 août 1954 adressés au directeur John Edgar Hoover.
60Jay Gourley, The Day the Navy Established Contact, Second Look Magazine, mai 1979.
61Lettre à Harry Gesner du 26 décembre 1954.
62Robert Emenegger, UFO’s Past, Present and Future, Ballantine Books, New Tork, 1974, p. 58.
63
http://www.presidentialufo.com/cia_memo.htm

 


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