Observation au Mexique

Une remarquable méprise

L'étude de l'équipe ADV (Analyse des Documents Visuels) de l'Ufocom

 


Prologue

Le 12 mai 2004. Siège de l'Ufocom, quelque part en Europe.

L'homme est fatigué. Il regarde sa montre brièvement. Il est 22h52.

« Je ne suis pas encore couché », se dit-il, un peu désabusé, en évaluant le travail qui lui reste à effectuer pour l'Ufocom.

Car l'Ufocom n'est composé que de bénévoles qui consacrent tout ou partie de leur temps libre à étudier le phénomène ovni. Avec l'espoir secret d'avoir la chance de participer, un jour, à l'étude décisive qui fera progresser notre connaissance du phénomène.

« Ce ne sera pas encore pour ce soir », pense notre Ufocomien. Au même moment, comme pour le contredire, le petit signal sonore caractéristique retentit : un nouveau mail vient d'arriver sur la liste interne de l'Ufocom. Bien que sa tâche en cours ne soit pas terminée, notre homme ne peut s'empêcher de jeter un coup d'oeil au message.

« CNN a diffusé ce soir dans son bulletin météo la photo de six ovnis en deux formations de trois prises par un chasseur de l'armée de l'air mexicaine. Ci-joint une photo tirée de l'émission. On la retrouvera probablement bientôt sur l'Internet. » dit, en substance, le texte du message. Une photo est jointe. On y voit effectivement 2 groupes de 3 boules claires en formation, semble-t-il, sur un fond sombre. Un gros réticule blanc barre la photo.

Ce genre de document n'impressionne guère notre ufocomien : la photo est très pauvre en détails, comme trop souvent avec les photos d'ovnis, et aucun repère permettant d'évaluer les dimensions n'est visible. N'empêche, il faudra certainement s'en préoccuper plus avant quand plus de renseignements seront disponibles...

Sur cette bonne résolution, notre homme abandonne à regret sa messagerie pour retourner à sa tâche.

 


Avertissement

Les informations que nous fournissons ici ont été vérifiées et sont aussi exactes que possible. Si, malgré tout, des erreurs s'y étaient glissées, nous prions notre aimable lectorat de bien vouloir ne pas nous en tenir rigueur et éventuellement nous en avertir par un petit mail. Nous corrigerons le texte dans les meilleurs délais.

 

L'observation de Campêche

Il semble que l'information ait filtré dans la presse mexicaine et mondiale à partir du 9 mai, date de diffusion d'une émission de télévision où se serait produit l'ufologue mexicain Jaime Maussan.

Les faits

L'observation commence le 5 mars 2004 dans l'après-midi. Un avion de l'armée de l'air mexicaine est en vol dans la région de Campêche, au sud ouest du Mexique. Il s'agit d'un vol de routine dans le cadre d'une mission de lutte contre les narcotrafiquants.





L'avion, un bimoteur Fairchild Merlin C26A, est équipé pour remplir sa mission à bien d'un radar et d'une caméra FLIR (Forward Looking Infra-Red), acronyme utilisé en avionique pour désigner une caméra IR (infrarouge) embarquée.

L'équipage était en patrouille dans l'espace aérien de la région de Campêche, cap au nord-ouest et à une altitude de 10.500 pieds (ou 11.500 ?) quand, à 16h42, le radariste signale l'écho d'un trafic inconnu. Parallèlement, un puis plusieurs objets sont détectés par la FLIR sans qu'on sache exactement s'il y a corrélation entre les indications du radar et de la FLIR. L'observation se poursuivra un bon moment après que le commandant ait viré à l'est-nord-est.

Il est important de remarquer que, pendant tout l'incident, les objets resteront invisibles à l'oeil nu pour l'équipage.

Le témoignage devient ensuite confus quand les aviateurs déclarent avoir eu l'impression que les objets avaient rejoint l'avion et l'encerclaient, alors même qu'il n'y avait toujours aucun contact visuel. De rapides manoeuvres et grandes vitesses des cibles auraient également été rapportées. Enfin, les cibles infrarouges disparaissent vers 17h26, semble-t-il.

La vidéo disponible

Quoiqu'une cassette DV de l'enregistrement de la FLIR ait été authentifiée par l'armée Mexicaine et remise à des ufologues mexicains, seules quelque 3 minutes d'une émission de télévision est disponible sur l'Internet (sous forme de fichier MPEG).

Il faut saluer, au passage, cette heureuse initiative des autorités mexicaines.

Nous vous laissons regarder cette vidéo à loisir. Elle est disponible ici :


Vidéo du Mexique

Malgré son aspect fragmentaire, l'étude de cette vidéo ne manque pas d'intérêt. On remarque d'emblée le décalage patent entre le contenu du film et les témoignages des pilotes. Car l'on ne voit à l'image que des « objets » très espacés (donc probablement très éloignés les uns des autres, compte tenu de la focale de l'objectif) qui semblent suivent une trajectoire linéaire, quasi horizontale et à vitesse constante.

Découpage des séquences de la vidéo

On distingue 20 séquences dans cette vidéo de 3min09s de la télévision mexicaine. Les chiffres sont assez facilement lisibles sur la vidéo, mais nous ne sommes pas à l'abri d'une erreur de transcription. Néanmoins, les données ainsi récoltées semblent cohérentes comme nous le verrons plus loin.

N° séq.

Image séquence

Durée séq.

Données avion

Données FLIR

Commentaire

1

Séquence 01

00:00
00:06

Heure :
Position :

17:03:40
18°26,47'N
90°46,51"W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-134,0°
+1°
MED


2

Séquence 02

00:06
00:09

Heure :
Position :

17:27:25
18°37,02'N
89°24,34'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-175,2°
+1°
NWX2


3

Séquence 03

00:10
00:12

Heure :
Position :

16:42:55
18°04,56'N
90°57,64'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-6,0°
-18°
MED


4

Séquence 04

00:12
00:17

Heure :
Position :

13:16:23
16°22',04'N
31°18,34'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

177,6°
-32°
NWX2


5

Séquence 05

00:17
00:19

Heure :
Position :

16:43:00
18°04,80'N
90°57,60'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-6,5°
-13°
NRW


6

Séquence 06

00:20
00:26





Images reportage

7

Séquence 07

00:27
00:30

Heure :
Position :

16:52:47
18°22,73'N
91°22,23'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-134,8°
-2°
MED


8

Séquence 08

00:30
00:45

Heure :
Position :

16:53:04
18°22,73'N
91°21'45"W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-136,3°
+3°
NRW


9

Séquence 09

00:45
00:55





Interview

10

Séquence 10

00:55
01:01





Images reportage

11

Séquence 11

01:01
01:08

Heure :
Position :

17:03:42
18°26,52'N
90°46,27'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-134,2°
+2°
MED


12

Séquence 12

01:08
01:20

Heure :
Position :

17:03:52
18°26,60'N
90°45,63'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-133,2°
+3°
NRW


13

Séquence 13

01:20
01:25

Heure :
Position :

17:06:25
18°27,96'N
90°37,24'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-138,7°
+2°
NWX2


14

Séquence 14

01:25
02:13

Heure :
Position :

17:06:48
18°28,16'N
90°35,64'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-139,1°
+2°
NWX2


15

Séquence 15

02:13
02:18





Interview

16

Séquence 16

02:18
02:39

Heure :
Position :

17:15:19
18°32,04'N
90°04,43"W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-91,5°
-2°
NWX2

Azimut -91,5 ou -31,5

17

Séquence 17

02:39
02:42





Interview

18

Séquence 18

02:43
02:46

Heure :
Position :

16:56:12
18°22,97'N
91°11,81'W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-132,2°
+2°
NWX2


19

Séquence 19

02:46
02:59





Interview

20

Séquence 20

02:59
03:09

Heure :
Position :

16:56:20
18°22,97'"N
91°11,52"W

Azimut :
Élévation :
Focale :

-131,8°
+2°
NWX2




Nous avons, à chaque fois, noté la durée de la séquence de la vidéo et, pour un moment donné de la séquence considérée, relevé tous les paramètres de vol.

Les images de reportage et les interviews ne sont pas prises en compte dans la présente analyse. De même que les images de la FLIR qui sont en dehors du moment de l'observation, c'est à dire, en gros, entre 16h45 et 17h30.

Les indications en haut de l'écran sont tronquées. C'est fâcheux car on devrait y lire les valeurs de focales utilisées. Heureusement, nous avons pu reconstituer les indications de focale : en effet, à chaque focale correspond une forme de réticule différent facilement reconnaissable...

Le radar

Il semble qu'il y ait une ambiguïté au sujet du radar utilisé. Ce détail anodin peut présenter une certaine importance comme nous l'allons voir...

Les ufologues mexicains ont précisé que le modèle du radar était, je cite, un « AN/PS 143 BRAVO VICTOR 3 ». Or, une telle référence de radar n'existe pas, sauf erreur. En cherchant un peu, on trouve une référence approchante : le radar de surveillance maritime « Telephonics AN/APS-143B(V)3 ». S'il s'agit bien de ce radar, nous avons un problème avec un détail des témoignages rapportés. Car il se trouve que ce radar n'utilise pas la technologie « doppler » qui, grâce à la mesure du décalage fréquentiel entre les tops émis et les tops reçus, permet d'indiquer la vitesse d'une cible radar. En l'absence de radar doppler, comment des informations de vitesse et d'accélération ont-elles pu être fournies ?

La FLIR

Il semble établi, aux vues des témoignages et des diverses données disponibles que la caméra FLIR soit une Star SAFIRE II de chez Flir System.

La description technique de cette caméra est disponible ici :


Documentation commerciale de la Star Safire de Flir System

(www.flir.com)

Nous retiendrons particulièrement 2 caractéristiques importantes :

La réponse spectrale du capteur et sa résolution

Le capteur de la FLIR est un 320x240 pixels en technologie InSb (antimoniure d'indium). Il est doté d'une réponse spectrale de 3 à 5 µm. La lumière visible couvrant les longueurs d'onde de 0,4 µm (violet) à 0,7 µm (rouge), le capteur de la FLIR fonctionne donc bien dans d'infrarouge.

Nous noterons la faible résolution de cette caméra (76.800 pixels seulement).

Les focales de l'objectif

La distance focale de l'objectif (ou des objectifs) n'est pas mentionnée dans la documentation commerciale mais on y trouve les différents champs de vision, ce qui n'est pas plus mal car cela pourra nous fournir de précieuses indications angulaires lors de l'analyse de la vidéo. En particulier, les 3 focales suivantes sont utilisées au cours de la séquence (avec l'usage d'un zoom électronique de grossissement 2) :

Focale

Acronyme

Champ total

Champ d'un pixel

Narrow

NRW

0,8° x 0,6°

9" x 9"

Narrow x 2

NRX2

0,4° x 0,3°

4,5" x 4,5"

Medium

MED

3,4° x 2,6°

38" x 38"



Incrustations de la FLIR

Beaucoup de données de vol et de prise de vues sont incrustées dans l'image que fournit la FLIR.

Incrustations de la FLIR

L'azimut mentionné correspond à l'orientation de la caméra selon l'axe de l'avion. A l'azimut 0, la caméra pointe devant l'avion, à l'azimut 90° à gauche, à -90° à droite, etc.

L'élévation est l'angle que forme la visée de la caméra avec le plan de l'avion. A élévation 0° la caméra est horizontale par rapport à l'avion, à élévation négative la caméra pointe vers le sol, à élévation positive vers le ciel.

 

Première analyse de la vidéo

Toutes les informations techniques que nous venons de mentionner n'ont pas été immédiatement disponibles. Au contraire, des informations parfois contradictoires ont circulé, en même temps que la vidéo, accompagnées de transcriptions plus ou moins édulcorées des témoignages des pilotes ainsi que de commentaires plus ou moins pertinents.

Certains n'ont pas hésité à parler de comportement intelligent des objets filmés, d'énormes « vaisseaux-mères », de foudre en boule, de rentrée atmosphérique et j'en passe. Pourtant, nous disposions dès le commencement d'un élément objectif qu'il convenait d'examiner le mieux possible : la vidéo. D'autant plus que, nous l'avons dit, le document visuel ne semblait pas bien correspondre aux témoignages allégués.

Compte-tenu de cette effervescence, il revenait à l'Ufocom de réaliser une rapide étude ADV (analyse des documents visuels) malgré les maigres renseignements techniques dont nous disposions.

La brève que nous publiâmes à cette occasion fut de piètre qualité, par manque de données, mais eut au moins le mérite de poser les bonnes questions. En substance, où était donc le comportement intelligent des objets ? Pourquoi la vidéo ne montrait aucune « manoeuvre » d'aucune sorte et pourquoi les trajectoires et vitesses du groupe de cibles IR étaient homogènes ?

Nous avons conclu, à l'époque, qu'en l'absence de données supplémentaires il convenait de se montrer prudent avant d'avancer l'explication ovni (dans le sens de véhicule extra-terrestre ou autre). C'était une conclusion frappée du sceau du simple bon sens, ce qui n'empêchât pas qu'elle ne plaise pas à tout le monde...



L'analyse continue

Tout cela était bien joli, mais nous n'étions guère plus avancé sur l'origine de ces sources IR qui, elles, étaient belle et bien réelles. Néanmoins, les informations arrivaient progressivement et l'on pouvait, par recoupements et petit à petit, se faire une idée plus précise de la validité des données techniques qui nous parvenaient.

L'imagerie infrarouge

La vidéo mexicaine est intéressante dans la mesure où elle présente des images infrarouges. Mais une question se pose : que diantre voit-on dans cette gamme de longueurs d'ondes ? L'imagerie IR est remarquable en ce sens qu'elle permet de voir la température des objets car, selon la loi du corps noir (un corps noir est, par définition, un corps absorbant intégralement les radiations qu'il reçoit), tout objet émet dans l'infrarouge selon la température de sa surface.

Rayonnement d'un corps noir

On voit sur ce graphique (bande bleue) que l'oeil humain n'est capable de percevoir que le rayonnement des corps très chauds, comme le fer rouge à quelque 1000°C, le filament des lampes à incandescence vers 3000°C, la surface du soleil à 6000°C, etc. Tout objet relativement froid doit être éclairé par une source pour être visible à l'oeil, car un objet réel se comporte rarement comme un corps noir et réfléchit une partie du rayonnement qu'il reçoit.

Le spectre de la SAFIRE permet de voir des corps à température plus froide. Mais, comme avec l'oeil humain, des objets froids, comme le sommet des nuages sur la vidéo, peuvent être perçus s'ils sont éclairés par la lumière solaire.

D'autre part, il est théoriquement possible de mesurer la température d'un corps à l'aide de l'imagerie infrarouge puisque, comme on le voit sur le graphique, l'intensité du rayonnement infrarouge reçu est fonction de la température des corps. Mais cette mesure nécessite un calibrage préalable de la caméra IR, calibrage qui n'est évidemment pas effectué dans le cadre d'une mission de chasse aux narcotrafiquants. En revenant aux sources IR qui nous intéressent, très lumineuses, nous pourrons donc juste conclure qu'elles sont très chaudes sans malheureusement pouvoir fournir de valeurs de températures précises.

Des données purement angulaires

Nous l'avons déjà signalé dans de précédents articles et il ne faut pas hésiter à le répéter : les indications fournies par un document photo ou vidéo sont purement angulaires. Il est toujours difficile, en l'absence de données tierces, d'en déduire des indications dimensionnelles (ainsi que, par voie de conséquence, des informations de vitesse et d'accélération avec les vidéos).

Il ne semble pas, nous l'avons dit, que les distances mesurées avec le radar de bord aient été corrélées avec les sources IR filmées par la FLIR. En d'autres termes, rien ne prouve que le radar et la FLIR aient vu les mêmes choses.

En revanche, il est relativement aisé de sortir les informations angulaires des images. Les images tirées de la cassette DV originale proviennent de l'interpolation de l'image IR 320x240 originale. Une simple règle de 3 permet d'en déduire la taille angulaire de n'importe quel détail (pour une focale donnée).

Par exemple :


Focale Medium (champ pixel = 38"x38").



Groupe A : largeur = 10 pixels caméra, soit un angle de 6'20"

Source B : distance à A = 82 pixels caméra, soit 51'56"

Groupe C : largeur = 22 pixels caméra, soit 13'56"



Focale Narrow (champ pixel = 9"x9")



Largeur 1-2 = 38 pixels caméra, soit 5'42", ce qui est parfaitement cohérent avec la valeur plus approximative de 6'20" trouvée sur l'image ci-dessus à focale plus petite.

Hauteur a-b = 15 pixels caméra, soit 2'15"



Une hypothèse rapidement rejetée

Nous nous sommes posés la question, et d'autres avec nous, de savoir si nous avions affaire à une rentrée atmosphérique d'un satellite artificiel ou d'un météore. Cette hypothèse n'était pas particulièrement idiote car certaines caractéristiques d'une rentrée, comme la trajectoire linéaire et la valeur approximative de la vitesse angulaire, étaient présentes dans l'observation de Campêche.

Toutefois, quelques éléments chagrinants comme la trajectoire du groupe de cibles quasi horizontale, leur position ainsi que – et surtout – la durée d'observation qui est parfaitement incompatible avec un phénomène de rentrée, ne plaidaient pas du tout pour cette hypothèse...

Les cibles sont-elles fixes ou mobiles ?

Cette autre question n'est pas du tout incongrue. Certes, on voit parfaitement, sur la vidéo, les cibles se déplacer horizontalement de gauche à droite par rapport au plancher nuageux. Mais ce déplacement apparent n'est-il pas une illusion causée par un phénomène de parallaxe ?

Comment cela peut-il être ? Prenons un exemple.

Vous êtes dans votre auto et vous empruntez une petite route de campagne sympathique et parfaitement rectiligne. Il fait nuit et le ciel est clair. Chemin faisant, la lune se lève sur votre droite ; vous la distinguez parfaitement par votre fenêtre latérale, parfois masquée par un élément du paysage. Malgré votre vitesse, soutenue mais raisonnable, la lune vous paraît fixe dans le ciel. D'ailleurs, votre petit dernier installé sur le siège arrière ne manque pas de vous poser la question fatidique :

« Dis, pourquoi la lune elle nous suit ? »

La réponse à cette question n'est pas si évidente. Allez expliquer à votre progéniture que la lune est très éloignée et que le mouvement angulaire qui vous anime est infime par rapport à cette distance. Du coup le mouvement apparent de l'astre est indétectable à l'oeil. Allez-y, expliquez-lui cela...

Maintenant, vous avez laissé le volant à un autre conducteur, vous êtes assis à sa droite et vous vous amusez avec votre toute nouvelle caméra vidéo. Sur votre droite apparaît un monument magnifiquement illuminé. Vous le cadrez dans le viseur et le filmez, en prenant soin de bien le maintenir au centre du cadre, malgré le déplacement de votre véhicule qui roule toujours à allure soutenue. Quand, ensuite, vous visionnez la séquence, vous voyez le monument presque immobile au centre de l'image (faible bougé ; bravo pour la prise de vue !), puis une tache lumineuse apparaît à droite de l'image, se déplace de droite à gauche, passe derrière le monument et disparaît à gauche de l'image. Un ovni ? Vous venez de filmer votre premier ovni ? Non, bien sûr, c'est simplement la lune qui a joué à cache-cache avec vous.

En cadrant le monument, vous avez inconsciemment corrigé la position angulaire de la caméra pour compenser le déplacement de l'auto. Cette correction est importante parce que le monument est relativement proche de vous ; beaucoup trop importante pour que la lointaine lune reste dans le champ de la caméra.

Il est bien possible que cela se soit passé de la même manière avec l'opérateur de la FLIR à bord du Merlin C26A. Dans cette hypothèse, il faut que l'origine des sources IR se soit trouvée beaucoup plus loin que les nuages au premier plan.

C'était une idée intéressante mais qui ne nous renseignait guère sur la nature de ces sources...



Interlude

Ufocom, le 30 mai 2004.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les ufologues mexicains, enfin au moins l'un d'entre eux dont nous tairons le nom par charité, n'a pas du tout apprécié la petite analyse ADV que l'Ufocom a produite sur l'observation de Campêche.

Dans un message même pas directement adressé à l'Ufocom mais à un tiers qui eût la gentillesse de nous le transmettre, ce monsieur s'est permis de fustiger notre texte sous prétexte qu'il ne suivait pas à la lettre les témoignages des pilotes ainsi que les conclusions des ufologues convaincus.

« Mais cela n'avait jamais été l'ambition de ce texte ! » pense notre homme, un peu agacé.

« Analyse A.D.V. Cela veut dire Analyse des Documents Visuels, bon sang, pas analyse testimoniale. Que les mexicains pensent que cette affaire prouve la volonté de l'armée mexicaine de révéler les cas d'ovnis, c'est leur problème. Mais ils feraient mieux de s'appuyer sur des cas solides... »

Car, bien qu'aucune explication satisfaisante n'ait été trouvée à ce jour, l'analyse du bout de vidéo publiée nous avait montré que l'observation n'était certainement pas aussi exotique que certains voulaient le faire accroire.

« En l'absence d'explication rationnelle crédible, on dirait que l'humain a tendance à se tourner vers l'irrationnel... »

Notre homme ne savait pas à ce moment qu'une nouvelle explication du phénomène était en train de se diffuser sur l'Internet. Et si les sources infrarouges filmées par nos aviateurs n'étaient que la signature des torchères de plate-formes pétrolières au large du golfe de Campêche ?

Voilà une théorie inattendue qu'il convenait d'étudier... dans le cadre de l'ADV, bien sûr !

 


Les plate-formes pétrolières

Il semble que ce soit le capitaine Alejandro Franz qui ait été à l'origine de cette hypothèse. On peut trouver son analyse complète, en anglais, à cette adresse :

http://www.alcione.org/FRAUDES/FAM/REFERENCE_DATA.html

Alejandro Franz est un pilote de ligne totalisant plus de 14.500 heures de vol. Sa profession l'a amené à survoler de nombreuses fois le golfe du Mexique et il a souvent eu l'occasion de voir les plate-formes offshores de ses yeux. Selon lui, les exploitants brûlent journellement le gaz de pétrole excédentaire et c'est précisément ce qu'aurait surpris la vidéo de la FLIR.

Voyons si cette explication cadre avec les données d'observations.

Le champ pétrolier de Cantarell

Le champ pétrolifère de Cantarell, dans le golfe de Campêche, est le deuxième plus important gisement au monde après Ghawar, en Arabie Saoudite. Il a été produit plus de 1,8 millions de barils / jour en 2002, soit près de 60 % de la production mexicaine. Il semblerait que le gisement soit en fin de vie car, pour certains puits, la production naturelle est devenue insuffisante. Ceci a conduit l'exploitant mexicain, la Pemex (Petróleos Mexicanos), à mettre en oeuvre un important programme de récupération assistée par injection d'azote. Néanmoins, les réserves sont encore estimées à 3,7 Gt d’huile et 1780 Gm3 de gaz, ce qui laisse de la marge aux autorités mexicaines (source : http://www.industrie.gouv.fr/energie/petrole/textes/se_explo.htm ).

Plate-forme mexicaine de Campêche

Le champ de Cantarell se décompose en 5 zones offshores principales nommées Akal, Nohoch, Chac, Kutz et le plus récent Sihil. Nous n'avons pas trouvé l'intégralité des positions géographiques des différentes plate-formes de Cantarell et nous invitons nos aimables lecteurs à nous communiquer les valeurs manquantes, si cela leur est possible. Néanmoins, nous disposons déjà d'un nombre suffisant de positions pour poursuivre l'analyse...

Nom puits

Latitude N

Longitude W

ABKATUM 1A

19°

12'

57"

92°

10'

12"

ABKATUM 5

19°

16'

26"

92°

9'

18"

AKAL C

19°

23'

59"

92°

2'

20"

AKAL J

19°

25'

43"

92°

4'

31"

IXTOC I

19°

24'

53"

92°

12'

31"

KU 22

19°

31'

13"

92°

11'

16"

KU 407

19°

35'

13"

92°

12'

2"

NEPTUNO

19°

26'

2"

92°

2'

0"

NOHOCH A

19°

22'

8"

92°

0'

14"

XOCHITL

19°

17'

0"

92°

0'

0"



Les lumières qui sont émises par les torchères des puits du golfe de Campêche sont-elles les sources IR filmées lors de l'observation qui nous occupe ? Pour répondre à cette question, il va falloir en soulever quelques autres...

Les questions que posent l'hypothèse des puits de Cantarell

Pourquoi les torchères ?

L'exploitation d'un puits de pétrole fournit souvent 2 composantes en des proportions diverses : l'huile, c'est à dire le pétrole brut, et du gaz. Il faut savoir que la question des torchères offshores est très délicate. En fait, il y a des torchères sur toutes les installations qui exploitent le pétrole brut et non sur celles qui produisent le gaz. En effet, les torchères servent à brûler tout le gaz qui remonte par les forages et, le gaz se vendant moins cher que le pétrole, il n'est pas économiquement intéressant pour un pétrolier de ramener ce gaz à terre si l'installation est trop éloignée de la côte, ce qui est le cas à Cantarell.

Donc, on brûle le gaz excédentaire. Il n'est pas question dans ce texte de dénoncer ce gaspillage, bien que les exploitants polluent l'atmosphère et gaspillent nos ressources naturelles non renouvelables de manière jugée par certains éhontée.

Il faut aussi savoir que quand un exploitant pompe d'un côté, il doit toujours réinjecter de l'eau d'un autre côté.


La loi internationale devrait changer, et les torchères seront interdites à l'avenir. Les pétroliers devront s'arranger pour revendre ou réinjecter le gaz dans le sol. Nous n'avons pas d'informations sur la législation en vigueur au Mexique mais il semble que les torchères n'y soient pas interdites. Le Capitaine Franz nous a rapporté qu'elles brûlaient tous les jours dans le golfe de Campêche.

De fait, les pétroliers ne communiquent pas trop sur ce sujet. Essayez, par exemple, de trouver des photos d'exploitations pétrolières qui montrent les torchères allumées. On en trouve malgré tout quelques unes sur l'Internet.


Puits dans le golfe de Campêche




La station AKAL J, de nuit



Les lumières des torchères peuvent-elles être les sources IR vues sur la vidéo ?

Pour réponde à cette question essentielle Nous avons collationné pour vous les données fournies par la FLIR et incrusté dans la vidéo.

Ces données permettent de reconstituer le trajet de l'avion, cap et vitesse, et de reproduire sur une carte les positions respectives de l'appareil à un moment donné ainsi que l'emplacement des plate-formes pétrolières dont la position nous est connue. De plus, les positions azimutales de la FLIR permettent de savoir où regarde la caméra à un moment donné.

La carte originale sur laquelle nous nous sommes basés a été trouvée à cette adresse : http://209.15.138.224/inmomex/estado_de_campeche1.htm.

Nous avons corrigé l'anamorphose de la carte et réglé l'échelle afin qu'un pixel corresponde à 15" en latitude et longitude. Normalement, un degré de longitude correspond à une longueur égale à un degré de latitude uniquement au niveau de l'équateur (les cercles géodésiques de longitudes qui remontent aux pôles sont de plus en plus petits). Rappelons que l'unité de longueur des navigateurs, le mile nautique (ou simplement « nautique » pour ne pas confondre avec les miles anglo-saxon ;-), vaut une minute de la circonférence terrestre, soit 40000 km / (360 ° x 60 ') = 1,852 km.

La précision de notre tracé est d'environ ± 1 pixel, soit 30 " (926 m).




Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cette carte, et les calculs de positions et de caps associés que nous ne reproduisons pas ici pour ne pas alourdir le texte, fournissent de nombreux renseignements.

Cap de l'avion

L'avion a suivi 2 caps :

De la séquence 3 à la séquence 7, selon la numérotation des séquences énoncée plus haut (qui n'est pas chronologique, rappelons-le) : cap moyen « au 307 » (angle par rapport au nord de 307°), c'est à dire au nord-ouest, et vitesse moyenne de 239 km/h ou 129 noeuds (1 noeud = 1 nautique / h).

De la séquence 8 à la séquence 2 : cap moyen au 82, c'est à dire à l'est-nord-est, et vitesse moyenne de 356 km/h ou 192 noeuds.

Le cap 82 est important car il sera suivi apparemment rigoureusement, pendant tout le temps de l'observation. Cette valeur de cap (82,67° exactement) alliée aux valeurs azimutales de la FLIR nous permettent de savoir dans quelle direction la caméra filme, à un instant donné. Les valeurs azimutales correspondent à l'orientation de la caméra selon le grand axe de l'avion : azimut 0° = la direction où se dirige l'appareil, azimut 180° pour la direction arrière, et ainsi de suite...

Zones filmées

Nous avons analysé 4 séquences caractéristiques que nous allons passer en revue, par ordre chronologique. Vous remarquerez sur la carte que le champs de vision est symbolisé par un triangle de largeur variant selon la focale d'objectif utilisé : plus le pinceau est fin, plus le grossissement est important.


Séquence 8



Séquences 8. C'est une séquence atypique en ce sens où elle ne montre qu'une lumière peu lumineuse. On voit que la caméra est alors dirigée l'ouest de la ville de Ciudad del Carmen. Cette image n'est pas spectaculaire bien que faisant partie de l'observation proprement dite. L'élévation de la caméra de +3° pourrait montrer que nous ayons affaire à un « trafic » en provenance d'un aérodrome proche. Mais les séquences suivantes vont nous montrer qu'il faut se méfier des indications d'élévations fournies...



Séquence 18

Séquence 20



Séquences 18 (et aussi 20, non représentée sur la carte). Les 2 séquences nous montrent une lumière unique mais plus intense que précédemment. Les données azimutales semblent montrer que le puits ABKATUM 1A est dans le champs de visée. Mais nous discernons un problème avec les données d'élévations et d'azimuts fournies par la FLIR.

En effet, nous sommes sûrs que, dans le cas des séquences 18 et 20, soit 8 secondes de temps, la caméra suit un objet fixe par rapport au sol puisque les valeurs azimutales indiquent que l'opérateur a compensé le déplacement de l'avion en tournant légèrement la caméra (azimut -132,2 pour la séquence 18 ; azimut -131,8 pour la séquence 20, soit une variation de 0,4° alors que le calcul théorique demande une variation de 0,3°).

L'ennui, et il ne faut pas trop se fier à la carte avec sa résolution limitée, c'est que les valeurs absolues d'azimuts ne correspondent pas à la position réelle de la station ABKATUM 1A. Au moment de la séquence 18, la FLIR regarde le cap 310,5 alors que la station se trouve au cap 312. L'erreur de 1,5° n'est pas négligeable : la station se trouve alors à 142 km de l'avion et l'erreur serait de 3,7 km. Il se peut que les valeurs azimutales soient affectées d'une erreur, fixe ou variable, que les données incrustées ne soient pas rafraîchies en temps réel sur l'écran de la FLIR ou, tout simplement, que l'avion n'ait pas suivi rigoureusement son cap moyen... Il faut retenir de cela que les données que nous traitons sont approximatives mais néanmoins significatives : Si nous ne sommes pas absolument sûrs que les séquences 18-20 montrent la station ABKATUM 1A, nous sommes certains qu'elles ne montrent pas, par exemple la plate-forme IXTOC 1, voire même ABKATUM 5, trop éloignées.

Les données en élévation sont encore plus douteuses. Tout au long des séquences 18 et 20, l'élévation varie de +2° à +4° alors que la source reste stable à l'écran à -0,1° près. La répétabilité de la mesure d'élévation laisse à désirer. D'autre part, si nous avons effectivement affaire à la station ABKATUM 1A et compte-tenu de l'altitude de l'avion, l'angle de visée en élévation réel est de -1,4° environ. Soit une erreur d'affichage comprise entre 3,4° et 4,4°. La justesse de la mesure ne paraît pas terrible non plus...





Séquence 1

Séquence 13



Séquences 1 et 13. Nous sommes en plein milieu de l'observation. Nous voyons tour à tour les 2 grosses sources jumelles et le chapelet de sources secondaires sur la gauche. Il est là aussi intéressant de noter que la séquence 13 se déroule 3 minutes après les séquences 1 et que les valeurs en azimut de la caméra indiquent que l'opérateur a compensé le déplacement de l'avion. Entre 17h03 et 17h06, l'avion s'est déplacé d'environ 17 km et la caméra vise toujours le champs pétrolifère... Cela confirme une fois de plus que les sources sont fixes. On voit facilement sur la carte que les champs de visées 1 et 13 se recoupent dans une zone où se trouvent quasi alignées plusieurs plate-formes : KU22, AKAL J, AKAL C et NOHOCH A. En revanche, les plate-formes XOCHITL et NEPTUNO ne semblent pas se trouver dans le champ.

Les données angulaires fournies par la caméra, sujet que nous avons évoqué au début de ce texte, sont beaucoup plus fiables car uniquement sujettes aux erreurs optiques, parfaitement négligeables.



Hypothèse de travail, nous allons considérer que les 2 grosses sources correspondent à la station AKAL C, ce qui, compte-tenu des incertitudes de mesures d'azimut est très possible. Au moment de la séquence 12, la station se trouve à 189 km de l'avion. Les 2 sources sont espacées de 5'42", soit 313 m. Les « reflets » sous les sources sont distances de 2'15", soit 124 m. Ces valeurs sont tout à fait compatibles avec les dimensions d'une plate-forme pétrolière. Les reflets peuvent effectivement être le reflet de la flamme des torchères sur la surface de la mer (ci-dessus la photo d'une plate forme qui ne se trouve pas dans le golfe de Campêche).




Séquence 16



Séquence 16. Là encore, l'image est différente et montre une grosse tache lumineuse étendue. Des commentateurs ont suggéré que cette séquence correspondait aux lumières de la ville de Campêche. C'est probablement inexact pour 2 raisons. D'une part la ville est beaucoup trop étendue pour être vue dans son entier avec la focale d'objectif utilisée (NWX2, soit 0,4° de champ horizontal). D'autre part, l'azimut de la caméra nous indique que le champs visé se trouverait à l'ouest de Campêche.

Il est probable que nous ayons là l'image d'une bourgade peu étendue, peut être beaucoup plus proche que Campêche (par rapport à la position de l'avion) ou dans sa banlieue, compte-tenu de l'élévation (pour autant que l'on puisse s'y fier).

Problème de l'élévation

Les informations d'élévation sont-elles fausses ou bien faisons-nous fausse route avec cette explication des puits de Cantarell ? Nous avons maintenant suffisamment avancé pour privilégier la première affirmation.

Nous avons affaire à de « gros » décalages angulaires. La FLIR indique une élévation entre +1° et +3° pour l'observation de Cantarell (si c'est elle). Or, à 10.000 pieds, un avion voit un objet à 180 km au sol avec une élévation de -1,4°. Nous avons entre 2,4° et 4,4° d'écart ! C'est une valeur importante que l'on ne peut expliquer par une raison optique (0,4° de champ en NWX2), un mirage ou autre...

Il semble bien toutefois, et aussi étonnant que cela paraisse, que le calage de l'élévation soit défectueux. Nous avons montré au cours de l'analyse des séquences 18 et 20 que la valeur de l'élévation était douteuse. On peut aussi remarquer avec la séquence 1, qui est une des rares prises à grand-angulaire, que la photo donne l'impression d'une prise de vue « en plongée », c'est à dire de haut en bas, puisque l'on voit les nuages (des cumulus ?) du premier plan plus bas que ceux en second plan, alors que ce genre de nuages croise à altitude à peu-près constante. La prise de vue est en plongée, pourtant l'élévation mentionnée est de +2°. Cette valeur est manifestement incorrecte. Si l'on admet que l'élévation est affectée d'une erreur de calage de -4°, dans cet azimut, la valeur réelle en élévation, pour la séquence 1, serait de -2° environ ce qui est compatible avec l'image... et avec l'explication du champ pétrolifère !

Visibilité à l'oeil nu

L'absence de « contact visuel » pendant l'observation est un détail qui a fait couler beaucoup d'encre. Les pilotes d'avions sont des hommes jouissant d'une très bonne vue et l'on peut donc se demander pourquoi ils n'ont pas reconnu les plate-formes en tant que telles. D'aucuns ont avancé que les sources émettaient principalement dans l'infrarouge, invisible pour un oeil humain aussi performant soit-il. Mais, dans ce cas, il eût fallu abandonner l'hypothèse des torchères qui, les photos le montrent s'il en était besoin, émettent largement dans le visible.

On admet généralement que le pouvoir séparateur de l'oeil humain est d'une minute d'arc. C'est à dire que l'oeil ne peut distinguer des détails angulaires plus petits. Quelle est donc la taille angulaire d'une flamme de torchère ? En posant que la flamme a une longueur de 2 m et qu'elle est distante de 189 km (séquence 12), sa taille angulaire apparente est de 2,18" pour l'observateur, soit environ 30 fois moins que le pouvoir séparateur de l'oeil.

On objectera, avec raison, que le pouvoir séparateur de l'oeil, aussi médiocre soit-il, n'empêche pas de distinguer les étoiles la nuit. En effet, une étoile voisine comme Alpha du Centaure, qui est distante de 4,3 année-lumières (4.1013 km !!!), nous présente un diamètre apparent (vraiment infime) de 0,007" que l'on distingue fort bien. La lumière de l'étoile forme, sur la rétine de l'oeil, une tache proportionnellement beaucoup plus petite que la taille d'un cône ou d'un bâtonnet, les cellules photocaptrices de la rétine, mais qui est tout de même perçue grâce à l'obscurité ambiante. De jour, comme chacun le sait, ce phénomène ne fonctionne plus.

En conséquence, l'observation ayant eu lieu de jour, il est tout à fait naturel que les pilotes n'aient pas remarqué les torchères, de même qu'ils étaient dans l'impossibilité de distinguer la moindre étoile...

Rotondité de la Terre

Les puits de Cantarell sont-ils visibles ou pourraient-ils être masqués par la ligne d'horizon ? Un petit schéma permet de se rendre compte du problème.


Sur le schéma, où la terre n'est pas à l'échelle bien entendu, la longueur d est la distance limite, pour une altitude h, au delà de laquelle tout objet sera masqué par l'horizon. La mesure r correspond au rayon terrestre soit 6370 km.

C'est un problème géométrique simple si on néglige les effets de la réfraction atmosphérique (vous souvenez-vous de Pythagore ?). Pour h = 10500 pieds (ou 3200 m), il vient d = 202 km.

Aux altitudes et distances considérées, les plate-formes de Cantarell sont parfaitement visibles



Conclusion

Reste-t-il le moindre doute après avoir mené cette étude ? Il nous semble que non. En l'absence d'élément nouveau fort improbable, cette étude est close : les aviateurs mexicains se sont mépris et ont pris les torchères de Cantarell pour des ovnis.

Comment une telle chose a pu se produire ? Il ne nous appartient pas d'en discuter. On peut éventuellement conjecturer que les ufologues mexicains qui ont publiés cette observation se sont un peu trop vite laissés emporter par leur envie de voir un événement extarordinaire là où il n'y avait pas matière. Surtout qu'il n'était finalement pas si simple d'analyser la vidéo pour en tirer des informations objectives intéressantes. Reconnaissons aussi que si Alejandro Franz n'avait pas attiré notre attention sur l'exploitation pétrolifère du golfe de Campêche, nous n'aurions sans doute jamais trouvé l'explication au vu de la seule vidéo. Remercions-le au passage.

Au demeurant, cette explication n'emporte toujours pas une pleine adhésion chez les ufologues, semble-t-il. Certains ont tendance à trop prendre au pied de la lettre les témoignages allégués de l'équipage, bien qu'on puisse comprendre la méprise de ces derniers. D'autres, a contrario, se fient sans doute trop strictement aux données de vol, en particulier la fameuse « élévation », et rejette l'explication des plate-formes plutôt que de mettre en cause la validité – ou plutôt l'interprétation – de certaines données.

Il nous reste à espérer que ce texte, et le travail de recherche sous jacent qu'il représente, vous aura permis de vous forger votre propre opinion sur le sujet. Alors, nous aurons rempli notre tâche...




Epilogue

Le 25 juin 2004, quelque part en Europe.

Notre homme sauvegarde et ferme son document HTML. Il pousse un long soupir : c'est terminé pour lui. Bien sûr, le « papier » n'est pas encore publié. Il faut encore le soumettre aux membres de l'Ufocom qui, éventuellement, amenderont l'article. Ce mode de fonctionnement n'est certes pas aussi performant qu'au sein d'une revue scientifique, mais cela marche assez bien ici : la qualité des lecteurs de l'Ufocom en sont le garant.

Et pour lui, sous réserve d'un rebondissement de dernière minute, il n'y a plus guère de doute. Nous avons eu affaire à une remarquable méprise.

Quoiqu'il fasse se méfier de toute généralisation hâtive, ce cas de Campêche est quelque peu révélateur du crédit que l'on peut accorder à un témoignage isolé d'ovni. Car à la lumière des seuls témoignages des pilotes, des professionnels chevronnés, on tenait là une observation d'ovnis solide. Or, l'analyse de la vidéo – élément objectif – nous a démontré que tel n'était pas le cas.

Faut-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain et rejeter en bloc tout témoignage d'ovni ? (Tentation facile à laquelle un « débunker » [de to debunk, tourner en ridicule, discréditer] cédera facilement.) Bien sûr que non, dans la mesure où nombre d'affaires d'ovnis sont solides, bien que noyés dans un bruit de fond d'observations douteuses.

Tout de même, c'est un peu démoralisant de jouer au débunker en démontant cette affaire douteuse de Campêche. Démoralisant mais nécessaire car il faut réduire ce fameux bruit de fond parfois trop complaisamment amplifié par des ufologues emportés par leur passion...

Dehors, une araignée est en train de tisser sa toile, sur un arbre, en face. Simplement préoccupée d'assurer sa subsistance, elle se moque bien de tous ces problèmes, à l'instar de beaucoup de nos concitoyens, sans doute.

– Tu viens ? fait une voix féminine dans la pièce attenante.

– J'ai terminé ; j'arrive, répond l'homme.

Est-ce que cela vaut le coup de consommer autant de son temps de loisir à essayer de percer les mystères d'un phénomène aussi évanescent ? Se demande-t-il en refermant l'écran de son ordinateur portable. C'est une question qu'il s'est posé souvent et que, sans doute, tout ufologue sérieux se pose un jour ou l'autre. La réponse à ses yeux est évidente et invariable : oui, cent fois oui ! Comment ne pas s'intéresser à ces manifestations qui défient l'entendement ?

L'homme regarde par la fenêtre : il fait encore jour malgré l'heure avancée. L'observation de Campêche n'aura pas permis d'avancée significative dans la compréhension des ovnis, se dit-il. Mais, à la réflexion, de savoir cela permet d'évacuer le cas, de l'archiver et de se concentrer sur d'autres affaires qui se révéleront, qui sait, beaucoup plus fructueuses.

« Finalement, ça n'est pas si mal ! » Sur cette pensée positive, l'homme quitte sa pièce de travail et s'en va rejoindre sa compagne...

 

Alain DH & Alain H
UFOCOM
Equipe ADV
Version 1. Juillet 2004


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