La catastrophe de la Toungouska de 1908 garde toujours ses mystères

par Vilem BISCHOF (dépêche AFP)
Transmis par Raymond de l'équipe "Sciences"

(photo de la Toungouska prise en 1953 : les effets de l'explosion sont toujours visibles à cette date)

PARIS, 28 juin (AFP) - Le 30 juin 1908, une boule de feu éclatante traverse le ciel au-dessus de la taïga sibérienne, puis, des témoins voient au sol des flammes et un nuage de fumée. L'onde de choc provoquée par le phénomène est entendue dans un rayon de plus de mille kilomètres.

De quoi s'agissait-il ? Quatre-vingt-dix ans après, les scientifiques continuent à s'interroger.

L'étude du site, auquel on a donné le nom de la Toungouska, rivière qui traverse cette région de Sibérie centrale, au nord de Krasnoïarsk, a révélé l'extraordinaire étendue des dégâts causés par cet objet céleste, restes d'une comète pour les uns, astéroïde pour les autres. Son souffle a abattu les arbres dans un rayon de trente à quarante kilomètres et ceux qui poussaient à moins de dix kilomètres du lieu de l'explosion ont été plus ou moins brûlés.

Au cours des jours précédant l'événement, le ciel nocturne était devenu de plus en plus clair, avec des illuminations donnant des teintes très variées aux nuages en haute altitude. Le phénomène culmina avec l'apparition d'un gigantesque flash éblouissant observé dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, mais le phénomène mit plusieurs semaines à s'amenuiser, avant de disparaître complètement.

Vingt-quatre heures après la catastrophe, le ciel nocturne restait clair au point de permettre, par endroit, de lire un journal à minuit sans la moindre lumière artificielle, ont raconté des témoins. Des tempêtes magnétiques intenses de plusieurs heures se sont produites, semblables à celles qu'on a pu enregistrer, une cinquantaine d'années plus tard, lors des essais nucléaires aériens !

Mutations génétiques

Parmi les nombreuses hypothèses avancées, celle de la chute d'un fragment de comète violemment pulvérisé au contact avec l'atmosphère terrestre et transformé en un nuage de matières plus ou moins denses. Aux yeux de certains scientifiques, l'absence de cratère et les traces très dispersées de magnétites et de silicates trouvées dans le sol en constituent la preuve. La chute d'une grosse météorite se serait, en effet, traduite précisément par la creusement d'un cratère.

D'autres voient derrière la catastrophe de la Toungouska plutôt un astéroïde pierreux, détruit à 5 ou 10 km d'altitude. A l'inverse d'un noyau cométaire friable, pulvérisé très haut dans l'atmosphère, cette autre hypothèse imagine un objet de consistance solide, qui aurait pénétré très profondément dans l'atmosphère, avant de s'y briser en un grand nombre de minuscules fragments solides. La chaleur dégagée par le frottement de l'objet céleste avec l'air, à l'origine de la boule de feu, aurait suffi à faire fondre et disperser la totalité des débris.

Une récente réunion du comité des météorites de l'Académie russe des sciences (RAN) a donné lieu à la présentation de nombreuses communications portant notamment sur ses conséquences écologiques à long terme, difficiles, voire impossibles - du moins jusqu'à ce jour - à expliquer.

La catastrophe a provoqué une accélération de la croissance des arbres, des mutations ont touché d'autres végétaux, surtout les herbes, mais aussi des animaux et même des hommes. Chez les descendants de témoins de la catastrophe de la Toungouska, on a ainsi diagnostiqué des cas d'inversion du facteur rhésus. Cette susbtance, contenue dans le sang des macaques rhésus et de certains humains, est capable de provoquer, en cas d'incompatibilité entre les donneurs ou dans un couple, des accidents de transfusion ou des avortements.

La Toungouska garde donc encore bien des secrets. Déclaré "parc protégé", le véritable laboratoire naturel qu'est la zone touchée est aujourd'hui ouvert aux scientifiques étrangers, qui pourront essayer de contribuer à élucider cette "énigme du siècle".


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