RESULTATS PRELIMINAIRES DE LA SESSION D'ETUDE SUR LES NOUVELLES PERSPECTIVES DE LA PHYSIQUE DE PROPULSION

Marc G. Millis

Nasa - Centre de recherche de Lewis

21000 Brookpark Rd., MS 60-4, Cleveland, OH 44135

(216) 977-7535, Fax (216) 977-7545

marc.g.millis@lerc.nasa.gov

(traduit de l'article original : BREAKTHROUGH PROPULSION PHYSICS RESEARCH PROGRAM)

(traductions : Jeff et Fabien)

 

RÉSUME

En août 1997, une session de la NASA s’est tenue afin d'estimer les nouvelles perspectives naissant de la physique, qui pourraient déboucher sur des avancées décisives dans le domaine du transport spatial : des types de propulsion qui ne nécessiteraient pas de masse de combustible, pour atteindre la vitesse maximale assignée par la physique théorique, et des méthodes révolutionnaires de production d'énergie pour alimenter de tels systèmes. Parce qu'à priori ces objectifs semblaient assez éloignés de débouchés opérationnels, un effort particulier devait préalablement circonscrire des domaines de recherche crédibles techniquement, financièrement, d’un point de vue calendaire, qui pourraient nous permettre de réaliser des progrès effectifs quant à ces modes de propulsion. Des théories et expérimentations ont été envisagées concernant le couplage entre gravité et électromagnétisme, l'énergie supposée du vide quantique, le déplacement par déformation de la topologie de l’espace-temps (Warp Drive) ou via les trous de vers (wormholes) ainsi que les vitesses supra-luminiques observées par effet tunnel. Les résultats préliminaires de cet atelier sont ici présentés, ainsi que l’esprit du programme d’étude sur les nouvelles perspectives théoriques dans le domaine de la propulsion qui a présidé à cet atelier.

 

INTRODUCTION

Le but de ce programme est de préparer de façon crédible et tangible les conditions d’avancées majeures vers des techniques innovantes dans le domaine de la propulsion, même si leur maîtrise peut sembler lointaine. Un des buts majeurs de ce programme était de réunir un panel composé de physiciens reconnus dans leurs domaines respectifs, privés ou gouvernementaux, et de personnalités innovantes afin d’examiner conjointement les théories émergeantes et les phénomènes expérimentaux présentés dans la littérature scientifique qui ont conforté la faisabilité de telles avancées. Les résultats préliminaires de cet atelier sont présentés en même temps qu'un point d'avancement sur le programme. Ce programme, dirigé par le centre de recherche de Lewis, est financé sur les fonds du Programme de Transport Spatial Avancé (Avdvanced Space Transportation Plan - ASTP), conduit par le Centre de Vol Spatial de Marshall (Marshall Space Flight Center - MSFC).

 

OBJECTIFS DE L'ATELIER

Le but de cet atelier d'étude était dresser un état des lieux des domaines théoriques émergeant liés au domaine de la propulsion. Le but étant d’examiner en quoi les progrès soutenus de la science permettent de répondre aux questions fondamentales : comment propulser un engin spatial plus loin, plus vite, et plus efficacement. En particulier, ces objectifs sont :

(1) La MASSE : Découvrir de nouvelles méthodes de propulsion qui éliminent ou réduisent très sensiblement les besoins en combustible. Ceci implique la découverte de moyens radicalement différents pour générer du mouvement, à priori par la manipulation de l'inertie, de la gravité, ou par toute autre interaction entre la matière, les champs, et l'espace-temps.

 

(2) La VITESSE : Découvrir comment atteindre la plus grande célérité possible afin de réduire autant que possible les durées de transit. Ceci implique la découverte d'un moyen de ce mouvoir dans l’espace ou dans les mouvements de l’espace-temps lui-même à ou proche de la véritable vitesse limite de transit.

(3) L'ENERGIE : Découvrir des modes fondamentalement innovants de production embarquée d'énergie afin d'alimenter ces systèmes de propulsion. Ce troisième objectif a été retenu dans la mesure où les deux points précédents pourraient imposer de nouvelles contraintes en matière de source d’énergie, et car la physique de la propulsion est intimement liée à celle de l’énergétique.

Pour effectuer des progrès appréciables à court terme, l'atelier de prospective a cherché à élaborer un plan d’action graduel de recherche. Plus spécifiquement, cela implique d’identifier les domaines de recherche les plus immédiatement concernés par les objectifs du programme et le cadre théorique émergeant associé.

 

MÉTHODES POUR CET ATELIER

Cet atelier s’est articulé autour de trois approches : une séance commune d'exposés tournant autour des domaines émergeants de la physique, une présentation de posters véhiculant des idées stimulantes ou des concepts audacieux destinés à aiguillonner l’esprit des participants, et des sessions libres afin d'établir la liste des prochaines tâches de recherche. Les exposés ont été présentés le premier jour et la seconde matinée de cet atelier, y compris les remarques du représentant du congrès US Dennis Kucinich. Les sessions libres ont suivi les exposés et achevèrent le midi du troisième jour. Les résumés de ces groupes libres furent présentés en sessions plénières l'après-midi du troisième jour. Les posters étaient présents durant l'intégralité de l'atelier.

Pour conserver un minimum de maîtrise sur le groupe et s’assurer de réunir un panel constructif de physiciens, de chercheurs gouvernementaux, et de profils bouillonnants et créatifs, il fut décidé de ne procéder que par invitation. Cette assistance a été limitée à 90 participants à cause des sessions libres, où un maximum de 15 participants par groupe était le maximum désiré. Pour le survol des domaines émergeants de la physique, des physiciens reconnus furent invités, certains ayant des points de vue pessimistes mais néanmoins constructifs. Afin de d’alimenter la collaboration entre la NASA et des laboratoires d'autres ministères, quelques chercheurs d'état ont été invités. Pour stimuler la réflexion et les discussions, les posters proposés par ceux qui avaient déjà soumis à la Nasa ces éléments pour la seconde session ont été affichés. Au total, sur 84 participants, 16 provenaient du milieu universitaire, 28 de l'industrie, 11 de laboratoires gouvernementaux incluant Los Alamos, Oak Ridge, Fermi, Brookhave et de laboratoires de l'US Air Force d'Edwards et de Kirtland, 17 de la NASA incluant Lewis, Langley, Marshall, Johnson et le Jet Propulsion Laboratory et 12 étaient étudiants.

Parce que ce congrès visait à des avancées majeures en science, il a été demandé aux participants d'être des visionnaires. De toute évidence, ces avancées pourraient fort bien s’avérer être des impasses techniques ou conceptuelles, mais le progrès ne se bâtit pas dans le défaitisme. Dans le soucis de préserver cette idée de progrès, on a demandé aux participants d'entretenir, durant l'atelier, la conviction que ces percées capitales étaient véritablement réalisables. Pourtant, dans le même temps, cet atelier cherchait des axes de recherche clairs, solides et sensés. Par conséquent, il a aussi été demandé aux participants d'être crédibles - un progrès crédible vers des possibilités incroyables.

Afin de fournir une liste des suites à donner aux divers axes de recherche, les participants ont été divisés en 6 groupes libres. Chacun des 3 objectifs mentionnés précédemment ont été adressés par 2 aux 6 groupes. Un animateur conduisait chaque groupe en s’appuyant sur une approche conçue pour favoriser l’émergence d'idées créatrices et leur maturation vers des axes potentiels de recherche. Cette approche est constituée des séquences suivantes :

(1) IMAGINATION (VISION) : Il a été demandé au participants d’inférer qu'à priori, les percées théoriques nécessaires à un voyage interstellaire effectif étaient réalisables. Nous leur avons demandé de se projeter suffisamment loin dans le futur, d'imaginer que ces avancées soient opérationnelles, et nous leur avons demandé de proposer comment de telles prouesses ont été accomplies.

(2) QUESTIONS : Nous avons demandé aux participants d'identifier les inconnues critiques et les questions décisives issues de l'étape (1), et d'identifier tout effet insolite (confirmé ou non) qui pourrait crédibiliser ces objectifs.

(3) PROCHAINES ÉTAPES : Nous avons demandé aux participants de proposer les expérimentations à envisager pour la suite, les analyses théoriques, ou les développement théoriques supplémentaires qui permettraient de résoudre les questions identifiées à l'étape (2). Ceci implique de transformer les objections en objectifs de recherche.

(4) ÉVALUATION : Les idées de l'étape (3) ont été notées en utilisant une feuille de calcul contenant les critères d'évaluation cités un peu plus loin. Cette notation était plus une tentative de mise en application du processus d’évaluation qu'une véritable tentative de noter les idées de tâches. Comme prévu, aucun des groupes ne parvint à évaluer toutes les idées qu'ils ont produit. Cependant, chacun des groupes a sélectionné quelques tâches représentatives pour l'exposé de clôture de la session plénière.

Applicabilité au programme :

Maturité du programme

   (Note : les expérimentations sont considérées comme plus proches de technologies en devenir que la simple formalisation théorique)

Evaluation des axes de recherche :

* Ces critères n'ont pas été utilisés en raison de contraintes de temps.

 

EXPOSES PROPOSES

Les exposés proposés, présentés par des physiciens renommés, ont couvert de nombreux sujets pertinents de la nouvelle physique émergeante. Ces exposés visaient à présenter un tour d’horizon crédible de l’état de l’art de la physique en relevant les inconnues associées et les problèmes connexes restés sans réponse. Un court synopsis de ces exposés est proposé ci-dessous, en respectant l'ordre des présentations . Lorsqu'un travail équivalent ou apparenté ou est disponible dans la littérature ouverte (ndr : non classifiée), sa référence est proposée.

(1) Lawrence Krauss (Case Western Reserve University, Cleveland OH), Propulsion sans propergols : La manière la plus efficace de voler ? Le matériau théorique relevant des manipulations de l'espace-temps pour cette classe de propulsion est examiné. Même en intégrant les potentialités des nouveaux développements en physique, de telles options apparaissent comme irréalisables en pratique (Krauss 1995 et Pfenning 1997).

(2) Harold Puthoff (institut d'études avancées, Austin TX), Le vide peut-il être exploité dans le cadre du vol spatial ? théorie et données expérimentales : évoque les fluctuations électromagnétiques du vide quantique, ses mises en évidence expérimentales, ses applications existantes, et ses implications quant à la propulsion et l'énergétique spatiales (puthoff 1989, Cole 1993, et Haisch 1994)

(3) Raymond Chiao (Université de Californie à Berkeley, CA), et A.Y. Steinberg, Une approche par l’Optique Quantique des temps de transit par effet tunnel et célérités supraluminiques : méthodes expérimentales et résultats de mesure du temps de transit d’un photon à travers barrière de potentiel photonique où une célérité effective est estimée à 1,7 fois la vitesse de la lumière. Cependant, l'auteur conclut que l’information n'a pas voyagé plus vite que la lumière. (Chiao 1994)

(4) John G. Cramer (Université de Washington, Seattle, WA), Non localité quantique et effets supraluminiques, discute de la non localité en mécanique quantique, souvent utilisée pour spéculer sur la réalité théorique des effets supraluminiques. Des exemples et les inconnues relatives à ces aspects ont été soulignés, incluant l’interprétation transactionnelle (Cramer 86).

(5) Ronald J. Koczor, et David Noever (NASA MSFC, Huntsville, AL), Expériences sur l'interaction possible entre des disques rotatifs de céramique supra-conductrice de type II YBCO et le champ de gravitationnel local, étaient présentés un point et les résultats intermédiaires d'expérimentations réalisées au MSFC visant à étudier l’hypothèse de modifications du champs gravitationnel dans la périphérie immédiate de disques supraconducteurs en rotation dans des champs magnétiques élevés (Podkletnov 1992). Pour l’heure, seules des mesures statiques ont été effectuées et s’avèrent non probantes (modifications pour moins de 2 pour 108 de l'accélération gravitationnelle normale) (Li 1997). Le travail d'expérimentation se poursuit par des mesures opérées sur des supraconducteurs en rotation.

(6) Robert Forward (Forward Unlimited, Clinton, WA), extraction d'une énergie infinie du vide quantique par manipulations cycliques des dimensions de cavités de Casimir irrégulières ; Ce concept utilise des données sur les densités d'énergie associées aux fluctuations quantiques électromagnétiques à l'intérieur de cavités irrégulières de Casimir où une partie du champs énergétique est bi-scalaire (Ambjørn 1983 et Forward 1984).

(7) Bernard Haisch (Lockheed Paolo Alto, CA) et A. Rueda, Le champ du point zéro et le défit de la Nasa portant sur la création d’un système de propulsion spatiale, proposent que l’équivalence force-accélération de Newton (F=m*a) peut être tirée de l’application des équations de Maxwell aux fluctuations électromagnétiques du vide. La quantité de mouvement effective des fluctuations du vide pourraient constituer les bases possibles d'une méthode de propulsion. L'auteur souligne aussi que le concept de masse négative est incompatible avec cette théorie.

(8) Alfonso Rueda (Université d'Etat de Californie, Long Beach, CA) et B. Haisch, La masse inertielle comme réaction du vide à un mouvement accéléré, présentent des recherches supplémentaires des théories liant l'inertie au fluctuations du vide (Haisch 1994).

(9) Daniel C. Cole (IBM Microelectronics, Essex Junction, VT) Calculs sur les contributions du point zéro électromagnétique à la notion de masse et perspectives associées : critique des théories liant l'inertie aux fluctuations du vide, mais supporte l'idée d’un échange d'énergie dans le vide quantique (Cole 1993).

(10) Peter W. Milonni (Laboratoire National de Los Alamos, Los Alamos, NM) L'effet Casimir : Preuves et implications, passe en revue les preuves expérimentales avancées pour supporter les théories de fluctuation du vide quantique, montrant que les champs sources et que les manifestations macroscopiques des forces intermoléculaires peuvent expliquer les phénomènes observés (Milonni 1994).

(11) Hüseyin Yilmaz (Electro-optics Technology Center, Winchester, MA), La nouvelle théorie de gravitation et le cinquième test, compare les théories d'Enstein et de Yilmaz à l'aide de données sur les perturbations gravitationnelles sur Mercure de la part des autres planètes (Yilmaz 1992).

(12) Arkady Kheyfets (Département de mathématiques, Université d'Etat de Caroline du Nord, Raleigh, NC) et Warner A. Miller, Voyage interstellaire "Hyper-Rapide" via la modification de la géométrie de l'espace-temps, considère les points clés et les obstacles s’opposant aux voyages "Hyper-rapides" usant de la "Warp Bubble" d'Albucierre et du tube de Krasnikov. Ces questions incluent la structure causale ( ?), les conditions d’énergies faibles et nulles aussi bien que la violation de la protection chronologique. Il est suggéré que la gravité quantique pourrait être une voie plus productive pour avancer dans la recherche sur ces possibilités et questions (Alcubierre 1994, Krasnikov 1995, et Pfenning 1997).

(13) Frank J. Tripler, III (Université de Tulane, Nouvelle-Orléans, LA) Missile ultra relativistes et futur ultime de l'univers, présente un cas où aucune nouvelle découverte scientifique ne serait nécessaire pour traverser la galaxie en usant de missiles à annihilation d'antiprotons et d'humains virtuels (cyber) pour effectuer le voyage.

(14) George Miley (Univertité d'Illinois, Urbana, IL) Preuves possibles d'effets énergétiques anormaux des solides enrichis au H/D -- Réactions nucléaires à faible énergie -- présentent des résultats empiriques d'excès d'énergie, d'émission de radiation, et de transmutation d’éléments issus d'expériences mettant en œuvre des réseaux cristallins enrichis au Deutérium par différentes techniques.

 

 POSTERS TECHNIQUES

Toujours dans l’idée d’aiguillonner l’esprit et l’imagination des participants, de stimuler la discussion et les idées de recherche, une présentation de posters techniques fut demandée lors des sessions de travail. Différents tableaux étaient affichés durant l'atelier, et sont listés ci-dessous, par auteur par ordre alphabétique. Dans le cas où un travail apparenté ou équivalent aurait été publiquement diffusé, sa référence serait citée. Quelques affichages sont basés sur des publications à referee, alors que d'autres sont plus aventureuses et moins rigoureuses. Dans ce travail de pionnier, il peut être difficile de distinguer les idées "folles" qui évolueront en progrès notables de celles plus nombreuses mais qui sont véritablement folles (irréalisables). Bien que beaucoup d'idées proposées pour ce sujet sont probablement incorrectes, elles peuvent cependant s’avérer très utiles pour en susciter d'autres, elles plus viables, dans l’esprit des participants. C'était dans cet esprit que des idées exotiques ou non conventionnelles furent proposées par ces posters.

 

LES AXES DE RECHERCHE ADOPTES POUR LA SUITE

En s’appuyant sur les différentes interventions et présentations, posters-articles, et les idées retenues lors des sessions libres, plusieurs suites à donner aux axes de recherche ont été circonscrites et présentées ensuite. Elles sont réparties en fonction des trois objectifs affichés du programme et mettent en évidence des phénomènes et esquisses théoriques associées pour le moins insolites et fascinants, des aspects critiques, ainsi que les voies de recherche suivantes retenues, ceci pour chacun de ces objectifs. S’agissant des options de recherche dégagées, environ 80 idées de tâches ont été glanées durant les sessions libres. Elles n'ont pas encore toutes été passées en revue, mais bon nombre sont intégrées dans les discussions ci-dessous.

 

Vers l'objectif 1 - Eliminer la masse de propergol

Nous savons que la gravité, l'électromagnétisme et l'espace temps sont des phénomènes couplés. Les preuves vont la courbure de la lumière, le décalage vers le rouge de la lumière, et le ralentissement du temps dans un champ de gravitation, comme illustrés figure 1. La relativité générale est le cadre théorique le plus adapté pour la description de ce couplage (Misner 1973). Ce couplage et notre prédilection techniques dans les domaines de l'électromagnétisme, ont conduit certains à avancer qu'il pourrait désormais être possible d'utiliser ce domaine de la physique pour manipuler l'inertie, la gravité, ou l'espace-temps et par là, d'induire des forces de propulsion (Millis 1997b). Un autre phénomène intéressant est l'effet Casimir, Figure 2, où des plaques très proches sont attirées l’une vers l’autre, à priori par les fluctuations du vide quantique (Lamoreaux 1997). Une explication possible est que cette force est une manifestation de la pression radiative du réseau de photons virtuels fluctuant dans le vide quantique, pression est plus élevée à l’extérieur des plaques qu’entre ce dernières, dès lors que les modes de fluctuation dont la longueur d’onde excédant la séparation des plaques sont exclus. Cette force est inversement proportionnelle à la puissance 4ème de la distance. Bien que cet effet puisse être expliqué par diverses théories (Milonni 1994), l'idée que le vide puisse générer ces forces conduit à spéculer qu'un effet asymétrique du vide, s’il est possible, pourrait déboucher sur un mode de propulsion (Millis 1997b). Il y a de nombreuses questions irrésolues concernant ces spéculations : ces phénomènes peuvent-ils conduire à des forces de réseau contrôlables ? Ces effets peuvent-ils être induits, même théoriquement, sans violer les lois de conservation de la quantité de mouvement et de l'énergie ? (Millis 1997b).

Gravité, espace-temps et électromagnétisme

FIGURE 1. Coupler la gravité, l'espace-temps et l'électromagnétisme.

 

L'effet Casimir

FIGURE 2. L'effet Casimir.

Bien qu'on ne sache pas effectivement si un tel système de propulsion sans propergol est réalisable, plusieurs théories émergeantes nous fournissent des voies de recherches supplémentaires. Il est à noter que toutes ces théories sont trop récentes pour avoir été confirmées ou infirmées, mais leur utilité potentielle garantit la considération qu'on leurs prête. Ces théorie incluent la propulsion par masse négative (Bondi 1957), les théories qui suggèrent que l'inertie et la gravité sont affectées par les fluctuations du vide quantique (Puthoff 1989 et Haish 1994), et de nombreuses théories à propos du couplage de la matière, de l'électromagnétisme et de l'espace-temps (Dinowotz 1996, Froning 1997, Ringermacher 1994, Vargas 1991, Woordward 1992, et Yilmaz 1992). Un autre développement récent, qui n'a pas encore été confirmé ou infirmé de manière crédible, concerne l'observation de modifications anormales de poids au dessus de supraconducteurs en rotation (Podkletnov 1992).

Durant ces sessions, nous avons discuté de ces possibilités en mettant l’accent sur les vérifications expérimentales. Un poster de Forward, suggérait la recherche d'une preuve de l’existence de masse négative basée sur des données astronomiques récentes (Da Costa 1996). Les posters de Dinowitz, Froning, Ringermarcher et Woodward proposaient des expérimentations pour tester leurs théories. Plusieurs expériences ont été avancées dans le but de tester les théories liant l'inertie aux fluctuations du vide quantique, incluant des expérimentations décrites dans des publications existantes (Forward 1996). Et nous avons renouvelé notre intérêt quant à la poursuite des expérimentations autour des modifications de poids évoquées au dessus de supraconducteurs en rotation (Li 1997).

 

Vers l'objectif 2 - Parvenir à la vitesse maximale pour voyager

La relativité restreinte établit que la vitesse de la lumière constitue une barrière infranchissable pour le déplacement de matière à travers l'espace-temps. Récemment cependant, des théories utilisant le formalisme de la relativité générale ont suggéré qu’il est possible de s’affranchir de cette barrière en altérant l'espace-temps lui même. Ces dernières font appel aux trous de ver et au concept de déplacement par déformation de la trame spatio-temporelle (Warp Drive). Un trou de ver est un raccourci créé au travers de l'espace-temps (Morris 1988 et Visser 1995), comme illustré figure 1, où une région de l'espace temps est courbée pour créer une chemin plus court entre 2 point. Le Warp Drive opère par expansion et contraction de l'espace-temps pour propulser une région de l'espace-temps plus rapidement que la vitesse de la lumière (Alcubierre 1994). La figura 4 illustre le principe du Warp Drive d'Alcubierre, montrant les déformations de topologie à induire sur l’espace-temps, par extension et compression du tissu spatio-temporel autour de la région centrale à " propulser ".

Les trous de ver

FIGURE 3. Les trous de ver - Les raccourcis de l'espace-temps.

Courbure d'Alcubierre

FIGURE 4. Le Warp Drive d'Alcubierre.

Il a aussi été avancé que la vitesse de la lumière pourraient être franchie si la vitesse pouvait prendre des valeurs imaginaires complexes (Asaro 1996). De plus, les théories de non localité du cadre quantique pourrait suggérer des effets supraluminiques (Cramer 1986). Ces théories ne posent pas seulement de véritables défis à la physique, mais s’avèrent également étranges et fascinantes dans l’optique de voyages spatiaux futurs. Ces théories représentent-elles des effets physiques réellement possibles, ou sont elles seulement de curieux artefacts mathématiques ?

En plus de ces théories, il existe des effets expérimentaux pour le moins étranges. Des photons ont été mesurés à 1,7 fois la vitesse de la lumière en traversant une barrière de potentiel photonique (Chiao 1994). Bien que l'auteur conclue que l'information n'a pas voyagé plus vite que la lumière, les résultats sont insolites et fascinants. Au cours des sessions, plusieurs suggestions ont été faites pour conduire des expériences similaires en utilisant de la matière plutôt que des photons pour tester sans ambiguïté le taux de transfert de l'information. En plus, des expérimentations récentes sur la masse au repos d'un antineutrino électronique ont mesuré une valeur imaginaire (Stoeffl 1995). Bien que ce résultat soit attribué à des erreurs probablement expérimentales, une valeur massique imaginaire serait la signature caractéristique d'un tachyon. Les tachyons sont des particules hypothétiques plus rapides que la lumière. Dans cet atelier, il a été suggéré de se repencher sur ces aspects ainsi que d'autres données similaires pour déterminer si ces tachyons constituent une interprétation crédible. Il a été aussi noté que d'autres expériences ont été suggérées pour rechercher une preuve de l'existence des tachyons. (Chiao 1996).

La notion de déplacements "plus rapides que la lumière" suggère de nombreuses questions épineuses. Elles ont été synthétisées dans la présentation de Kheyfets. Ces questions incluent les violations de causalité, la nécessité d'énergie négative et de densités d'énergie colossales pour créer des effets supraluminiques. Des axes de recherche théoriques ont été proposés lors des sessions afin d’examiner ces aspects, y compris la description quantique de la gravité pour étudier les concepts de trous de ver et de Warp Drive.

 

Vers l'objectif 3 - Découvrir de nouveaux modes de production d'énergie

Puisque les deux premiers objectifs peuvent imposer de nouvelles contraintes énergétiques et nécessiter de nouvelles avancées dans ce domaine, et comme la physique sous-jacente aux objectifs de propulsion est intimement liée à la physique de l'énergie, il est donc aussi intéressant de découvrir des nouvelle méthodes fondamentales de création d'énergie. La prégnance dans ce cadre revient à nouveau aux fluctuations du vide quantique. Certains théorisent qu’une énergie peut être puisée sans violer les lois de la conservation de l'énergie ou  de la thermodynamique (Forward 1984, Cole 1993). Nous ne savons toujours pas si cette énergie du vide existe comme il a été prédit, quelles seront les conséquences secondaires de cette extraction d'énergie du vide quantique.

Durant l'atelier, les techniques décrites par les posters de Maclay (Serry 1995), Erickson, et Sen nous suggèrent de faire des recherches autour des concepts décrits sur les posters d'Erickson et lors de la présentation de Forward. Ces techniques mettent en œuvre des structures micro-mécaniques. Non seulement les structures micromécaniques sont d'une technologie émergeante (ndr : cf nanotechnologies), mais les dimensions de telles structures sont similaire aux dimensions requises pour les effets de Casimir. Aussi, si des équipement opérationnels devaient être réalisés, (la simplicité de...) ces méthodes (est...) sont une promesse de fabrication de masse

En des termes plus conventionnels, des idées furent avancées en session par Tipler ou d'autres pour rechercher des méthodes alternatives de production d'antimatière. De plus, le poster de Seward présentait un système innovant de stockage d'énergie via des plamas toroïdaux (Seward 1996).

 

ÉTAT DU PROGRAMME ET SUITES ENVISAGEES

Ce programme d’étude pour des percées dans le domaine de la propulsion a été établi en 1996 dans le cadre du Plan de Transport Spatial Avancé (Advanced Space Transportation Plan - ASTP) conduit par le MSFC (Millis 1997a). Un comité directeur gouvernemental rassemblant des volontaires des divers centres de la NASA, des laboratoires du département de la défense et du département de l'éducation, conduits par le centre de recherche de Lewis, a été constitué pour piloter ce programme. Ceci comprend la formalisation de critères d’offre et de sélection dans la cadre de la recherche, utilisés les sessions, et qui ont été affinés pour de futures évaluations de propositions de recherche.

La premier jalon d’importance dans ce programme a été le présent atelier de travail. Un compte-rendu public de la conférence est en train d'être mis en forme pour documenter complètement les résultats. La liste des axes de recherche établie lors de cet atelier sera utilisée pour appuyer les demandes de crédit requis pour ces recherches.

Une le financement acquis, ce programme prévoit d'utiliser la déclaration annuelle du plan de recherche de la NASA (NRA) pour solliciter et promouvoir des axes de recherche. Cette proposition de recherche sera ouverte aux académies, à l'industrie, aux laboratoires gouvernementaux, et aux centres de la NASA. La sélection se fera par un processus de vérification par des pairs et conduit par le comité directeur, en utilisant des critères de priorisation pour établir un ordre initial. Parce qu'il est trop tôt pour se focaliser sur une approche spécifique, il est prévu que des approches multiples et diversifiées soient subordonnées aux voies de recherche prioritaires du classement. Les tâches proposées devront être de courte durée (1 à 3 ans), de coût modeste (50 000 à 150 000 dollars - 42 000 à 127 000 Euros NDT), et liées à au moins un des trois objectifs du programme.

La prochaine étape du programme, avec ou sans financement, est de d’étendre la participation à l'ensemble des chercheurs du gouvernement, des universités et de l'industrie. Un site Internet a été créé en prélude à l'ouverture de cette collaboration (Erreur! Source du renvoi introuvable.). De plus, un site à accès restreint est envisagé pour les travaux en cours, des publications annotées avec plus de profondeur, et pour permettre des discussions on-line. L'accès en sera limité à un réseau de contributeurs sélectionnés par le comité directeur. Le processus pour nommer et sélectionner un membre du réseau des collaborateurs n'a pas encore été dégagé.

CONCLUSIONS

Des nouvelles théories et effets à l'échelle des laboratoires ont émergé dans les publications scientifiques qui fournissent de nouvelles approches pour des recherches visant à des avancées majeures dans le domaine de la propulsion. Durant les sessions de travail, beaucoup de ces approches ont été passées en revue, et a peu près 80 axes de recherches spécifiques ont été établis susceptibles de conduire à des progrès majeurs dans le domaine de la propulsion. Un protocole d’évaluation par des pairs a été formalisé afin de prioriser les propositions actuelles et futures.

REMERCIEMENTS

Remerciements tout particuliers aux volontaires du Lewis Research Center qui m'ont aidé à faire de cet atelier une réussite : Obasi Akan, Sheila Bailey, Michael Binder, David Chato, Dane Elliott-Lewis, Cynthia Forman, James Giomini, Jon Goldsby, Scott Graham, Al Juhasz, Geoffrey Landis, Grace Scales, Gary Scott Williamson, Natalie Woods, Ed Zampino, et spécialement à Joe Hemminger pour avoir préparé l'équipement et les volontaires de ces sessions. Des remerciements spéciaux sont également adressés aux membres volontaires du BPP Steering Group, et particulièrement Frank Mead. En addition, des remerciements sont également adressés à l'Honorable Dennis Kucinich pour ses remarques, et au staff de la NYMA Inc. pour avoir assurer gentiment la logistique de l'atelier; Dr. Richard Ziegfeld, Linda Oliver, et John Toma.

 

REFERENCES


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