Roswell et " La rumeur de Roswell "

Par Gildas Bourdais (octobre 1999)

 


L’épisode central de Roswell : Le champ de débris, le communiqué de Roswell et le démenti de Fort Worth.

Les principaux témoins et comment ils sont traités dans le livre de Pierre Lagrange, " La rumeur de Roswell ".

 

Le dossier de l’accident supposé d’un ovni dans la région de Roswell en 1947 est très complexe, avec plusieurs épisodes, des centaines de témoins, directs ou indirects, retrouvés depuis 1978, plusieurs équipes d’enquêteurs, des polémiques qui se déroulent encore aujourd’hui.

Seuls sont présentés ici les faits et témoignages importants relatifs à l’épisode central : le champ de débris, le communiqué de presse de Roswell et le démenti de Fort Worth. Les autres épisodes de l’affaire sont laissés de côté : second site de crash, avec engin et cadavres, etc. Ils seraient trop longs à analyser ici.

Nombreux sont ceux pour qui l’affaire de Roswell, c’est surtout un canular, le film de l’autopsie d’un " extraterrestre de Roswell " qui a fait un énorme scandale à travers le monde en 1995. En France, Pierre Lagrange a repris ce thème, notamment, dans son livre " La rumeur de Roswell ", en 1996.

Mais comment Lagrange a-t-il traité le dossier de Roswell proprement dit ? Nous allons le " tester " sur des témoignages importants cet l’épisode central : comment les a-t-ils présentés ?

Si j’ai fait un oubli quelconque dans ce pointage, ce qui est possible, merci de me le signaler (avec la page du livre).

 

Les témoins directs sont signalés entre parenthèses. Les déclarations sous serment, signées avec témoins, appelées " affidavits ", les enregistrement sur vidéo (ou audio) sont également signalés.

Les affidavits sont reproduits pour la plupart dans le livre de Karl Pflock " Roswell in Perspective " (1994), qui défend d’ailleurs la thèse du train de ballons " Mogul ". D’autres figurent dans le troisième livre de Kevin Randle, " Roswell UFO Crash Update " (1995). Ceux du professeur Charles Moore et du colonel Cavitt sont dans le " Roswell Report " de l’US Air Force (1995).

Les vidéos figurent dans la vidéocassette " Recollections of Roswell ") publiée par le FUFOR.

Les remarques sur le livre de Lagrange sont en italiques.

 

Mercredi 2 juillet 1947

Vers 21 h 50, M et Mme Dan Wilmot (témoins) voient un objet ovale traverser rapidement le ciel de Roswell, Nouveau-Mexique, se déplaçant vers le nord-ouest.

Cité par Lagrange dans " La Rumeur de Roswell ".

 

William Woody (témoin) et son père voient un " météore brillant ", blanc avec une queue rouge, traverser le ciel.

Non cité par Lagrange

 

Le même soir (selon plusieurs témoignages), il y a un violent orage dans la région de Corona, petite ville au nord-ouest de Roswell. Le fermier William " Mac " Brazel, au ranch Foster dans la région de Corona, à environ 120 km au nord-ouest de Roswell, entend une violente explosion, différente du tonnerre.

Non cité par Lagrange

 

Jeudi 3 juillet

Brazel découvre le matin (selon plusieurs témoignages) sur ses pâturages un large champ de débris étranges, que son troupeau de moutons refuse de traverser.

Très intrigué, Brazel en ramasse quelques-uns et va, le soir même, montrer un petit morceau à ses voisins, Floyd et Loretta Proctor (témoins, affidavit et vidéo) : on ne peut ni le couper ni le brûler. Brazel leur propose de venir voir le site avec eux, mais c’est loin, il est tard et ils déclinent l’invitation.

Ce témoignage n’est pas cité par Lagrange.

 

Le même soir, Brazel retire du champ une pièce assez large, circulaire, et la met à l’abri dans une remise (le communiqué de presse de Roswell va y faire allusion).

Non cité par Lagrange

 

Dimanche 6 juillet

Le fermier Brazel arrive à Roswell, Nouveau Mexique, avec un échantillon de débris. Il va au bureau du shérif George Wilcox pour montrer ces débris étranges.

Le shérif Wilcox, intrigué par les débris, appelle la base des bombardiers atomiques de Roswell, le seul groupe de bombardiers atomiques à l’époque : c’est l’élite de l’armée de l’air américaine.

Curieusement, plusieurs officiers arrivent très rapidement pour voir les débris, puis retournent à la base (plusieurs témoignages : notamment Phillis McGuire, fille du shérif, affidavit et vidéo).

Témoignages non cités par Lagrange

 

Le colonel William Blanchard ordonne au major (commandant) Jesse Marcel, responsable de la sécurité de la base, d’aller inspecter sans délai le champ de débris, conduit par le fermier Brazel, et de se faire accompagner.

Le major Jesse Marcel (témoin principal, plusieurs entretiens de 1978 à 1981, vidéo) part avec le capitaine Sheridan Cavitt,

responsable du contre-espionnage (CIC : Counter Intelligence Corps), guidé par le fermier Brazel, chacun dans sa voiture. Il y a au moins 20 km de route de terre cahoteuse pour arriver à sa ferme, le ranch Foster, et ils n’y arrivent que tard le soir. Ils vont passer toute la journée du lendemain sur le site.

Marcel, selon son propre témoignage, inspecte le large débris courbe entreposé dans la remise, et vérifie avec un compteur Geiger qu’il n’est pas radioactif

Détail non cité par Lagrange

 

Pendant plusieurs années, le colonel à la retraite Sheridan Cavitt, retrouvé par les enquêteurs au début des années 90, niera avoir participé à l’opération : sa femme confiera aux enquêteurs Randle et Schmitt qu’il est toujours tenu au secret. Puis il s’en souviendra subitement en 1994 lorsqu’il sera interrogé par l’Air Force (entretien et affidavit dans le Roswell Report).

Ce comportement curieux de Cavitt n’est pas cité par Lagrange.

 

Pendant qu’il était au bureau du shérif, le fermier Brazel s’est entretenu au téléphone avec Frank Joyce (témoin), journaliste et animateur de la radio KGFL, qui a justement fait un appel de routine au shérif. Sur le moment, Joyce n’a pas fait très attention à son histoire.

Non cité par Lagrange

 

Pendant ce temps, le colonel Blanchard expédie par avion à la base de Fort Worth, Texas, les échantillons de débris, sur ordre du général Clements McMullen, chef adjoint du Strategic Air Command au Pentagone. Les échantillons, acheminés sous sac en plastique scellé, sont réceptionnés par le colonel Thomas DuBose, adjoint du général Roger Ramey, Commandant de la 8ème Armée (témoignage sous serment de DuBose signé en 1991, et vidéo). Le colonel DuBose contrôle personnellement le transfert du sac à bord d’un autre avion (un B-25 ou un B-26), qui part aussitôt pour Washington. DuBose a attaché le sac au poignet du colonel Alan Clark, commandant de la base, chargé du transport.

Ainsi, l’état-major de l’Air Force au Pentagone a toute la journée du lundi pour examiner ces premiers débris, avant le communiqué de presse de la base de Roswell du mardi matin.

Ce récit très important n’est pas cité par Lagrange. A noter que le général DuBose est aussi un grand absent du Roswell Rreport de l’Air Force.

 

Lundi 7 juillet

Le major Jesse Marcel et le capitaine Cavitt passent toute la journée à inspecter le site et à remplir leurs deux véhicules de débris. Là, les témoignages divergent entre Marcel et Cavitt.

Selon Jesse Marcel, le champ de débris était très grand : 1 km de long et jusqu’à 100 m de large (en forme de cône), avec de très nombreux morceaux éparpillés. Il y a notamment beaucoup de fragments de petite taille, très légers, minces et très résistants (entretiens avec plusieurs enquêteurs, en 1978, 1979, le dernier en 1981). Selon lui, ils ont compris tout de suite que ce champ de débris était extraordinaire.

Ces débris ont été décrits, non seulement par Marcel, mais par plusieurs autres témoins qui les ont vus ou en ont eu entre les mains. Ce sont notamment :

Bill Brazel (fils de Marcel, vidéo), Loretta Proctor, Tommy Tyree, Jesse Marcel Jr (fils de Marcel : nombreux entretiens, affidavit, vidéo), Lewis Rickett (assistant de Cavitt, vidéo), Robert Shirkey (affidavit, vidéo), Robert Smith (affidavit, vidéo), le capitaine Henderson qui va être pilote de l’avion transportant des débris. Ce témoin est indirect : selon sa femme Sapho (affidavit, vidéo), ses deux filles : Mary Goode (affidavit) et Katherine Groode (vidéo), et son ami John Kromschroeder, métallurgiste qui a eu en main un morceau (affidavit). Autre témoin militaire : le major Ellis Boldra qui va tester plus tard des morceaux restés à Roswell, et vérifier leur exceptionnelle résistance.

Selon ces témoins, il y avait plusieurs sortes de débris. Ils ne les ont pas tous décrits, mais leurs témoignages se recoupent bien.

Ils décrivent ainsi :

Surtout, il avait aussi de petites poutrelles (section en I) avec des impressions en relief de caractères ressemblant à des hiéroglyphes (selon Marcel Sr et Jr).

Enfin, Bill Brazel, et d’autres témoins, se rappellent d’un sillon dans le sol, mais pas Marcel.

Ces descriptions sont quasiment absentes du livre de Lagrange. Ces témoignages sont écartés en quelques mots pages 137 et 138, et p 153 pour les " hiéroglyphes ".

Par contre, aucun des témoins fragiles, liés d’ailleurs à la partie la plus controversée, celle de la découverte supposée d’un appareil avec des cadavres, ne manque à l’appel dans le livre de Lagrange : Ragsdale, Kaufmann, Dennis, Anderson (convaincu de faux témoignage).

 

En revanche, la fille de Brazel, Bessie Brazel-Schreiber, a fait un témoignage divergent (affidavit préparé par Karl Pflock) : elle se rappelle seulement de débris de ballon et de cible radar, avec des baguettes de balsa et du papier collant décoré de fleurs stylisées (le fameux " scotch à fleurs "). Mais elle ne décrit pas un " train " de nombreux ballons accroché à un long filin en nylon (hypothèse " Mogul " formulée par Karl Pflock en avril 1994 et reprise par l’Air Force dans son Roswell Report). Selon Bessie, les débris semblaient venir d’un " grand ballon qui avait explosé ". Or ces ballons étaient du type très courant de ballon météo en néoprène.

Témoin longuement cité par Lagrange

 

Selon le professeur Charles Moore (affidavit dans le Roswell Report), qui lançait ces trains de ballons à la base de Alamogordo près de White sands, ils étaient d’un poids de 350 g et d’un diamètre de 1,20 m après gonflage. Etant gonflés à l’hélium, gaz neutre ils ne pouvaient donc exploser. Les cibles radar étaient faites de feuilles d’aluminium collées sur papier ou tissu et montées sur baguettes de balsa de 1,30 m de long, et ressemblaient à ces cerfs volants.

Selon Charles Moore, les cibles radar de ces trains de ballons, un peu plus grandes qu’à l’ordinaire, étaient si fragiles qu’on les avait renforcées avec du scotch orné de dessins de fleurs stylisées (drôle de soucoupe!). On n’a jamais retrouvé de modèle de ces dessins, qui reposent sur la mémoire de Moore, très hostile à l’hypothèse ovni. On n’a pas retrouvé non plus le moindre document mentionnant la récupération d’un train de ballons Mogul sur le ranch de Brazel.

Ce témoin est longuement cité par Lagrange, qui consacre un chapitre entier soutenant l’hypothèse du train de ballons " Mogul " : chapitre 12 " Le projet Mogul ". Ironiquement, il souligne p 151 que " …rien ne les distinguait des ballons dont l’usage tendait alors à se multiplier : des ballons en néoprène, des cibles radar et des appareillages de détection ". Mais il ne pose pas la question : comment les officiers chargés des bombardiers atomiques ont-ils pu annoncer la découverte d’une soucoupe volante ? Quant aux " hiéroglyphes " sur de petites poutrelles signalés par Marcel et son fils, Lagrange considère comme " évident " (p 154) que c’étaient les dessins de fleurs sur le papier collant.

 

Le témoignage de Bessie est mis en doute par son frère Bill et les voisins Proctor, Strickland et Sultemeier, qui affirment qu’elle n’était pas à la ferme à ce moment là !

Non cités par Lagrange

 

Le capitaine Cavitt, lui, ne se rappelle que d’une petite quantité de débris de ballon. A noter tout de suite : il ne se rappelle aucunement d’un grand train de ballons accrochés à un filin (hypothèse Mogul), et pas davantage de " scotch à fleurs " ! (entretien dans le " Roswell Report " diffusé par l’Air Force en 1995). Il s’en tient donc à peu près à la première version de l’Air Force. Interogé par le colonel Weaver sur Karl Pflock, il dit :

" je l’aime bien, c’est notre meilleur debunker ! ".

Détail non cité par Lagrange, bien entendu.

 

Pourquoi Cavitt s’est-il refusé à admettre qu’il avait trouvé un train de ballons Mogul, malgré les questions répétées du colonel Weaver ? Peut-être parce que, dans son esprit, le respect de son serment du secret n’allait pas jusqu’à mentir grossièrement.

Lagrange ne s’interroge pas là dessus.

 

Le lundi soir, les deux hommes rentrent séparément, chacun dans sa voiture, pleine de débris. Le soir, au départ de Cavitt, Marcel est resté plus longtemps pour ramasser encore d’autres débris, en remplissant complètement sa voiture.

Détail non cité par Lagrange

 

Marcel est si impressionné par les débris qu’il s’arrête chez lui et réveille sa femme et son fil à deux heures du matin. Son fils Jesse Junior, 11 ans et demi, deviendra un témoin capital sur les débris. Ils examinent les débris pendant une heure, étalés sur le sol de la cuisine, puis Marcel rapporte tout à la base (témoignages de Marcel, sa femme et son fils).

Selon Jesse Marcel Junior (voir son affidavit), son père était très excité par sa découverte, sa Buick était remplie de débris et ils ont passé longtemps à en examiner, étalés sur le sol de la cuisine.

Cité par Lagrange, qui minimise cependant en parlant d’une " caisse " de débris.

 

Mardi 8 juillet matin

Dès six heures du matin, Marcel et Cavitt font leur rapport au colonel Blanchard. Ils lui montrent les débris et lui expliquent qu’il en reste encore beaucoup sur le terrain (témoignage de Marcel : Cavitt ne se rappelle pas de cela…).

Non cité par Lagrange

 

Le colonel Blanchard avance son briefing à 7 h 30. Il ordonne au major Edwin Easley (témoin peu avant sa mort, après avoir répété qu’il était tenu au secret), prévôt de la police militaire, d’aller avec ses hommes prendre contrôle du champ de débris, conduits par Brazel.

Non cité par Lagrange

 

Blanchard a plusieurs entretiens téléphoniques avec sa hiérarchie. Il reçoit l’instruction de faire venir Marcel le jour même par avion à Fort Worth, avec une partie des débris qu’il a récoltés, pour que le général Ramey puisse les examiner.

Cité par Lagrange

 

Dans la matinée, le colonel Blanchard ordonne au lieutenant Walter Haut, chargé de la presse, d’écrire et diffuser le fameux communiqué annonçant la découverte d’un " disque volant ".

Walter Haut (nombreux entretiens, affidavit, vidéo), porte le communiqué vers midi aux deux journaux et aux deux radios de Roswell. Ce texte est diffusé par câble rapidement et va faire le tour du monde en peu de temps, provoquant un déluge d’appels téléphoniques à Roswell (les journaux, la base, et même le shérif).

Episode cité par Lagrange

 

Toujours dans la matinée, le capitaine Cavitt repart à son tour visiter le champ de débris, cette fois avec un assistant, le sergent-chef Lewis Rickett (témoignage de Rickett validé implicitement par Cavitt dans le Roswell Report de l’Air Force, affidavit, vidéo). Selon Rickett, à l’approche du terrain, ils sont contrôlés par des MP (Police militaire) déjà en poste. Ils visitent le site avec le major Easley : des soldats sont en train de collecter les débris. Rickett essaye de faire plier une mince pièce carrée d’environ 60 cm de côté et légèrement incurvée. Il n’y arrive pas, et le major se moque de lui : " Le petit malin qui essaye de faire ce que nous ne pouvons pas faire ". Rickett observe que ces débris semblent être le résultat d’une violente explosion (toujours ces ballons qui ne peuvent exploser !).

Lagrange s’emploie à récuser ce témoin très important (p 145), sans donner le contenu de son témoignage. Il cite Robert Todd, ufologue acharné à démolir Roswell, avec un argument non probant. Rickett a dit qu’il avait également assisté le physicien La Paz à enquêter sur les traces au sol dans les environs de Roswell en 1947. Or Todd a établi que Ricket avait encore travaillé avec La Paz en 1949, sur l’étude des " boules de feu vertes ". Todd en conclut qu’il a confondu les deux dates et que sa mémoire est défaillante : témoin récusé ! Il n’envisage pas une seconde que les deux épisodes pourraient être vrais.

 

Le major Easley leur dit que le site a été photographié sous tous les angles avant de commencer le ramassage, comme pour un accident d’avion. Selon Vernon Zorn (témoin), à l’époque responsable du service photo à Roswell, ces photos n’ont pas été prises et n’ont pas été développées par son service. Une équipe spéciale était venue, sans doute de Washington. Si ce témoignage est vrai, l’opération avait dû démarrer au moins la veille.

Non cité par Lagrange

 

C’est cette équipe spéciale qui aurait récupéré l’ovni et les cadavres sur un autre site : cette partie de l’histoire n’est pas analysée ici. Pour mémoire, un autre témoin, Frank Kaufmann (affidavit, vidéo), affirme avoir fait partie de cette équipe, mais sa crédibilité est mise en question, certains détails de son témoignage paraissant peu vraisemblables.

Lagrange s’étend longuement sur la fragilité de ce témoin.

 

A la fin de la visite, Cavitt dit à son assistant Rickett de tout oublier et de ne jamais parler de cette visite.

En 1994, le colonel Cavitt, interrogé par le Colonel Weaver (Roswell Report), ne niera pas cet incident. Il expliquera qu’il avait peut-être dit cela à Rickett car il n’était pas fier d’avoir perdu sa journée à inspecter des débris de ballon.

Episode non cité par Lagrange

 

Un voisin du Ranch de Brazel, Budd Payne (témoin, affidavit), ayant eu vent du crash, traverse en voiture les deux miles et demi qui le séparent du terrain pour venir voir, mais il est arrêté par des gardes armés qui lui font faire demi-tour.

Non cité par Lagrange

 

Mardi 8 après midi

Dans l’après-midi, le fermier Brazel est ramené à Roswell par la police militaire. Selon certains témoignages, il aurait fait plusieurs déplacements avec les militaires, dont un survol des lieux en avion le matin.

Non cité par Lagrange

 

Selon le directeur de la station de radio KGFL, George " Jud " Roberts (affidavit, vidéo), le propriétaire de la station Walt Whitmore emmène Brazel chez lui le soir et enregistre un entretien qu’il compte diffuser le lendemain. Brazel passe la nuit chez Whitmore (témoignage également de son fils).

L’entretien ne sera jamais diffusé, après un appel téléphonique de Washington le lendemain le lui déconseillant fortement : il risque de perdre sa licence en trois jours ! Brazel sera alors repris en main par les militaires et passera la journée du 9 à la base, jusqu’à son fameux entretien avec la presse le soir.

Cet épisode important est absent du livre de Lagrange.

 

En début d’après-midi, le major Marcel part au quartier général de Fort Worth avec quatre autres officiers, dont le Lt-Colonel Payne Jennings, commandant adjoint de la base, à bord d’un bombardier B-29. Selon l’ingénieur de vol Robert Porter qui était à bord (affidavit validé par le Roswell Report de l’Air Force, vidéo), ils portent avec eux de petits paquets, de dimension comparable à des cartons à chaussures (sauf un paquet plus grand, triangulaire, d’environ 1 m de côté), soigneusement emballés. Ces paquets semblent trop petits pour avoir contenu les débris photographiés à Fort Worth. Selon Porter, qui a eu l’un de ces paquet entre les mains, il était si léger qu’il semblait vide.

Le capitaine Henderson, pilote du B-29, dit à l’équipage qu’ils transportent des débris de soucoupe volante. A l’arrivée, ils doivent attendre l’arrivée de gardes armés pour pouvoir aller se restaurer. Au retour le soir même, on leur dit que c’étaient des débris de ballon.

Ce témoignage important, publié même par l’Air Force (sauf pour les noms des officiers et l’allusion à une soucoupe volante) est absent du livre de Lagrange.

 

A Roswell, le lieutenant Robert Shirkey (affidavit, vidéo) assiste en début d’après midi, à côté du colonel Blanchard, au départ d’une équipe transportant des pièces non emballées. Ce témoignage ne cadre pas bien avec celui de Porter : peut-être s’agit-il d’un autre vol ? La question reste ouverte encore aujourd’hui. Shirkey sera muté peu de temps après sur une autre base, sans doute, pense-t-il, parce qu’il en a trop vu.

Témoignage non cité par Lagrange

 

Le colonel Blanchard part en congé subitement dans l’après midi, après avoir été injoignable par les journalistes. Selon certains témoins, il serait parti visiter le site des débris.

Dès son arrivée à Fort Worth, Le major Marcel apporte un paquet de débris au bureau du général Ramey, qui l’ouvre pour voir les débris. Selon Marcel, ils laissent le paquet sur la table et Ramey l’emmène dans la salle des cartes pour qu’il lui montre le lieu exact du champ de débris. Lorsqu’ils reviennent, le paquet a été emporté ailleurs. En revanche, se trouvent étalés au sol des fameux débris très abîmés qui vont être photographiés et montrés à la presse un peu plus tard (témoignage recueilli notamment par Walter Haut).

Non cité par Lagrange

 

Le major Marcel est photographié seul devant les débris.

Selon un entretien cité par William Moore dans son livre de 1980 (" The Roswell Incident ") il aurait dit avoir été photographié devant une partie des vrais débris.

Ce récit est mis en question par Kevin Randle, qui souligne que Moore a donné trois versions différentes de cet entretien : dans son livre, puis quand il a envoyé ses notes à son éditeur, puis dans son magazine Focus (Voir notamment le message de Randle sur internet, liste UFO Updates, 19 déc 1998 : archives en accès public sur le site Ufo Mind).

De plus, Marcel, dans d’autres entretiens (notamment avec Walter Haut, et le journaliste Johnny Mann), a toujours affirmé qu’on les avait cachés à la presse, et que les photos prises avec Ramey et DuBose devant les débris n’étaient qu’une mise en scène.

Il subsiste cependant une incertitude sur la nature des photos prises avec Marcel. Selon Kevin Randle, elles ont peut-être été prises avant la séance de presse, par l’officier chargé de la communication, le major Charles Cashon.

Lagrange ne cite que le texte envoyé par Moore à son éditeur (p 156) et tient pour acquis que les photographies de Fort Worth montrent les vrais débris récoltés sur le ranch de Brazel.

 

Le général DuBose a révélé, lors d’un entretien réalisé par Jaime Shandera et publié par le Mufon UFO Journal de janvier 1991, que c’était lui qui avait mis en place ces débris de ballon dans le bureau, sur ordre direct du Pentagone. Il avait réceptionné les débris, apportés par un B-29, dans un grand sac de toile. Marcel et les autres officiers n’étaient pas à bord, et c’était donc sans doute, un autre vol. Il avait lui même fait étaler les débris dans le bureau. Pour lui, ce n’était qu’un " tas d’ordures ".

Cependant, cet entretien avec Shandera, non enregistré, est contesté par d’autres enquêteurs, notamment Kevin Randle, et il subsiste un doute sur l’origine exacte de ces débris. Shandera se disait persuadé que c’étaient les vrais débris de l’ovni, et aujourd’hui de rares enquêteurs (le photographe Bond Johnson et l’équipe " RPIT ") le croient encore !

Shandera est un curieux personnage dans l’ufologie américaine. C’est lui qui avait reçu le premier document mystérieux sur " Majestic 12 ", sous forme de film dans un paquet anonyme et l’avait divulgué avec William Moore en 1987. Moore a avoué en 1989 avoir collaboré à la désinformation militaire et il est complètement discrédité. Tous deux se sont complètement retirés de l’ufologie et il semble que l’on n’a même plus leurs adresses.

Moore subsisterait comme concierge à Los Angeles.

Qu’en est-il de Jaime Shandera ? Son intervention dans l’affaire Roswell a surtout accru les incertitudes sur cet épisode clé.

Lagrange cite longuement, et exclusivement, le long entretien non enregistré de DuBose avec Shandera (pp 156 et 157), pour arriver à conclure que l’on voit sur les photos les vrais débris, qui sont des débris de ballons Mogul.

 

Le major Marcel croyait devoir accompagner les vrais débris en avion jusqu’à la base technique de Wright Field de l’Air Force (plus tard Wright Patterson), mais le colonel Ramey lui dit que d’autres allaient s’en charger. Il lui demande cependant d’assister, sans rien dire, à la conférence de presse du soir.

Non cité par Lagrange

 

Mardi 8 au soir : le démenti de Fort Worth

En fin d’après-midi, le reporter photographe James Bond Johnson (témoin, audio), du journal " Fort Worth Star Telegram ", est envoyé à la base pour photographier des débris de " soucoupe volante ". Il est mené au bureau du général Ramey, prend plusieurs photos des débris avec le général Ramey et son adjoint le colonel DuBose, puis rentre à son journal.

Récemment, Bond Johnson (qui a fait une longue carrière dans le renseignement militaire) a prétendu que c’était lui qui avait déballé les débris dans le bureau, et que c’étaient les vrais débris de Roswell, contrairement à ses témoignages précédents (enregistrés par l’enquêteur Kevin Randle). On peut considérer cette nouvelle version comme très douteuse.

Vers 18 h, l’adjudant du service météo Irving Newton est convoqué à son tour. Dès son arrivée au bureau de Ramey, il identifie des débris de ballon et de cible radar " Rawin ", devant quelques journalistes et officiers, puis il est congédié.

Irving Newton a affirmé dans tous ses entretiens que c’étaient des débris de ballon très courants.

Cependant, son témoignage a varié au cours des années, sur un point particulier, l’attitude de Jesse Marcel dans le bureau de Ramey. Dans son entretien publié par le Roswell Report de l’Air Force, il dit que Marcel avait essayé de le convaincre qu’il y avait des inscriptions extraterrestres sur ces débris. Or dans un entretien précédent avec Kevin Randle en 1990, il dit que Marcel lui montrait des morceaux en lui demandant s’ils provenaient bien d’un ballon normal. Newton avait l’impression qu’il cherchait seulement à " sauver la face ". De plus, selon Kevin Randle, il n’est même pas sûr que c’était Marcel (à qui Ramey avait dit de se taire) : c’était peut-être la major Cashon, chargé de la presse. (Randle, 2eme livre, p 43).

On peut considérer ce témoignage, surtout la deuxième version dans le rapport de l’Air Force, comme très douteux ! Il faudrait d’ailleurs expliquer comment il pouvait y avoir des dessins inusités, fussent-ils de fleurs stylisées, sur une cible radar " Rawin " normale (le scotch à fleur n’existait que sur les cibles plus larges de Mogul).

Lagrange s’appuie lourdement sur ce témoignage dans son livre.

 

DuBose a toujours affirmé, dans plusieurs entretiens, qu’il n’avait jamais vu les vrais débris. Il a affirmé, dans son affidavit, que ces débris de ballon avaient été présentés à la presse pour "détourner son attention ".

Non cité par Lagrange

 

Sur les photographies, qui sont devenues célèbres, on ne voit pas trace de débris étranges, ni même de " scotch à fleurs ", malgré d’interminables polémiques à ce sujet, alimentée par Bond Johnson et l’équipe " RPIT ".

Lagrange se garde bien de souligner cela.

 

Le général Ramey informe alors les médias de la méprise avec des débris de ballons. Il déclare avoir annulé le vol vers le centre technique de Wright Field. Cependant, un télétype du FBI (maintenant déclassifié et publié notamment dans le rapport du GAO), révèle à 18 h 17 (heure d’envoi) que les débris (" disque et ballon") sont bien envoyés à Wright Field pour examen. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a eu quelques erreurs de communication ! D’autres témoins ont confirmé que les débris avaient bien été étudiés à la base de Wright.

Plusieurs témoignages indiquent que l’explication par un ballon avait commencé à être diffusée bien avant la séance dans son bureau. Ainsi, selon Art McQuiddy, éditeur du Roswell Morning Dispatch (affidavit et vidéo), la base de Roswell avait appelé peu après le passage du lieutenant Haut pour signaler que c’était en fait un ballon " radio-sonde " (c’est un autre type de ballon, beaucoup plus grand). A Fort Worth, le Major Kirton, chargé de la presse, a informé dès 17 h 30 (une demi-heure avant le diagnostic d’Irving Newton, le Dallas Morning News qu’il s’agissait d’un " ballon météo à haute altitude ".

McQuiddy, qui était un ami du colonel Blanchard, a aussi raconté (voir son affidavit) que Blanchard lui avait confirmé, quelques mois plus tard, que les débris de Roswell étaient extraordinaires et qu’il n’avait jamais rien vu de pareil.

Non cité par Lagrange

 

Lydia Sleppy (affidavit, et audio), employée à la radio KOAT d’Albuquerque, est appelée par John McBoyle, directeur de la radio KSWS de Roswell. Celui-ci a appris, directement par Brazel qu’il a rencontré à Roswell dans un café le matin (le jour exact n’est pas précisé), la découverte d’un engin qu’il a décrit comme une grande soucoupe écrasée (" a big crumpled dishpan ").

Mais au moment de taper l’information sur télétype, celle-ci est interrompue par un message du FBI interdisant la transmission pour raisons de sécurité nationale.

Témoignage cité par Lagrange p 93 sur le thème " la rumeur prend corps ".

 

Mercredi 9 juillet

Le démenti de Fort Worth fait les gros titres de tous les journaux américains, même le New York Times dont c’est le plus gros titre sur toute la vague de soucoupes volantes, en haut de première page. A partir de ce moment, les journaux américains vont tourner les témoignages de soucoupes en ridicule. La vague d’ovnis va beaucoup diminuer, et s’arrêter dans les jours suivants.

La presse écrit, sur information de Washington, que le lieutenant Haut a été sévèrement réprimandé, ou même les officiers de la base collectivement, pour leur lamentable méprise. Walter Haut a toujours nié cela (y compris à moi même lorsque je l’ai rencontré à Roswell en 1995).

Lagrange cite la presse (pp 18 et 19) mais pas le démenti de Haut.

 

A la base de Roswell, selon Robert Smith, de la 1ère Unité de Transport Aérien (affidavit et vidéo), plusieurs avions C-54 (quadrimoteurs) sont chargés de caisses dès 8 h du matin. Elles sont grandes mais très légères. Les avions partent vers la base de Kirtland (près d’Albuquerque), et pour acheminement à Los Alamos (plus au nord du Nouveau-Mexique).

Les militaires retrouvent Brazel (qui avait passé la nuit chez Whitmore), l’emmènent à la base et l’interrogent toute la journée.

Ils l’amènent le soir au bureau du Roswell Daily Record, où il donne une interview à plusieurs journalistes.

Il leur dit avoir trouvé les débris le 14 juin, contrairement au communiqué de Roswell qui parlait de la semaine précédente.

Il décrit des débris insignifiants, ne pesant pas plus de cinq livres au total. Mais il ajoute qu’il a déjà trouvé des ballons et que ces débris n’y ressemblent pas du tout.

Non cité par Lagrange

 

Un détail, cependant, attirera l’attention plus tard : Brazel mentionne des papiers collants avec des dessins de fleurs stylisés.

Le détail du " scotch à fleurs " est relevé par Lagrange dès la page 19 de son livre. Il cite longuement ce témoignage de Brazel sous escorte militaire, publié dans la presse le lendemain.

 

Brazel est également conduit à la radio KGFL où il retrouve Frank Joyce. Celui-ci le trouve très tendu, et lui dit qu’il a changé son histoire complètement. Brazel lui avoue qu’il est obligé de le faire, " sinon cela ira mal pour lui ", et ajoute au moment de partir que les " petits hommes verts " ne sont pas verts ! Avait-il vu des cadavres ou plaisantait-il seulement ? On ne le sait toujours pas aujourd’hui.

Non cité par Lagrange

 

Selon plusieurs témoins (ses voisins et son propre fils), Brazel va être retenu pendant plusieurs jours à la base. Son fils Bill, qui habite à Albuquerque, découvre l’affaire dans les journaux et accourt au ranch pour s’occuper des moutons. A son retour Brazel ne dira rien. Il se plaindra seulement, plus tard, d’avoir été humilié.

Témoignages non cités par Lagrange

 

A son retour à la base, le major Marcel demande à son collègue le capitaine Cavitt de lui montrer son rapport, mais celui-ci refuse : il dépend de sa propre hiérarchie du contre-espionnage (CIC) et son rapport doit aller directement à Washington.

Non cité par Lagrange

 

Selon Elizabeth Tulk (affidavit, vidéo), fille du shérif Wilcox, et et Barbara Dugger (affidavit, vidéo), petite fille du shérif, Wilcox et sa femme avaient été menacés de mort par les militaires s’ils parlaient.

Devinez ! Non cité par Lagrange

 

En juillet 1995, est publié dans la plus grande discrétion le rapport du General Accounting Office (GAO), qui est alors occulté par le scandale du film supposé de l’autopsie d’un extraterrestre de Roswell, divulgué fin juin. Le GAO se borne à constater la destruction sans motif d’archives de la base de Roswell, et fait ce seul commentaire : " Le débat sur la nature de ce qui s’est écrasé à Roswell continue ".

Lagrange affirme, dès le 8 août 1995 dans " Libération", que le GAO a accepté l’explication des ballons, et développe longuement cette affirmation dans son livre " La rumeur de Roswell " en 1996.

 

Un mot de conclusion

Le traitement de cet épisode central par Lagrange (si important par la force et la convergence des témoignages) relève pratiquement de l’escamotage. Il y a plus de pages, par exemple, sur les tendances d’extrême droite de certains ufologues, que sur ces témoignages.

En fait, il faudrait faire le même genre d’analyse sur les autres matières abordées dans ce livre, mais elles sont nombreuses et il faudrait écrire des volumes pour cela. J’espère que ces quelques pages sont suffisantes pour faire apparaître la démarche très particulière de Pierre Lagrange.

Gildas Bourdais


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