Notes sur "La Rumeur de Roswell" de Pierre Lagrange

par Gildas Bourdais

Pas d'ovni à Roswell, pas d'OVNI du tout!

Le sociologue Pierre Lagrange a-t-il réussi, dans son livre La rumeur de Roswell (Editions de La Découverte, 1996), à démolir l'hypothèse du crash d'un Ovni près de Roswell en 1947? C'est une tâche ardue, étant donné la somme d'enquêtes réalisées depuis plus de quinze ans sur ce sujet et le nombre considérable de témoignages recueilis. Il est vrai que l'armée de l'Air américaine, obligée de sortir de son silence prolongé (depuis 1969), a publié un rapport de quelque 800 pages, The Roswell Report. Fact Versus Fiction in the New Mexico desert, expliquant qu'on avait probablement retrouvé en fait un train de ballons du projet top-secret "Mogul". Lagrange se range a cette hypothèse militaire, qui n'est nullement prouvée et qui est fort loin d'avoir convaincu tous les enquêteurs américains.

A-t-il en outre réussi dans la foulée à démontrer, comme il le prétend, que toutes les observations d'ovnis ne sont que des fantasmes socio-psychologiques ? Ambitieux programme que de vouloir effacer, en 278 pages, une montagne d'enquêtes accumulées depuis un demi-siècle et réalisées notamment par des scientifiques reconnus, de témoignages innombrables, en grande majorité crédibles comme l'ont reconnu tous ceux qui ont étudié sérieusement la question (en oubliant les sceptiques systématiques). Je ne peux pas tenter ici une critique globale du livre de Lagrange, en quelques pages seulement. Je veux cependant attirer l'attention des lecteurs sur les pièges tendus par ce livre au sujet de l'affaire de Roswell, que j'ai moi-même étudiée.

Le dossier de Roswell : ne pas tout mélanger

Il faut, à mon avis, distinguer trois parties dans ce dossier compliqué de Roswell, Si l'on veut essayer d'y voir plus clair:

1) La découverte du champ de débris étranges

C'est cette découverte par le fermier Brazel sur son ranch, à environ 130 Km au nord-ouest de la ville de Roswell, qui a déclenché toute l'affaire : le communiqué de presse extraordinaire du colonel Blanchard, commandant la base des bombardiers de Roswell, annonçant la découverte d'un "disque volant", puis la réfutation le soir même par le quartier-général au Texas. Depuis que le commandant Marcel, qui avait été chargé de cette récupération, a parlé en 1978 pour affirmer qu'il avait bien récupéré des débris très étranges, d'origine non-humaine, de nombreux témoins crédibles ont été retrouvés, allant dans le même sens, par plusieurs équipes d'enquêteurs, notamment ceux du Center for UFO Studies (CUFOS), l'organisme fondé par l'astronome Hynek qui fut pendant vingt ans le conseiller scientifique de l'armée de l'Air.

Cette partie du dossier est extrêmement solide, contrairement à ce qu'affirme Lagrange, qui a procédé dans son livre à un véritable jeu de massacre, omettant des témoignages importants et dénaturant les autres. Les meilleures enquêtes, celles de Kevin Randle et Donald Schmîtt, du CUFOS (trois livres publiés, en 1991, 1994 et 1995), sont décisives sur cette première partie de l'affaire. Dans le livre du sociologue Lagrange (pas encore éminent, heureusement), elles se trouvent réduites à leur plus simple expression : quelques pages de critiques systématiques dans le chapitre il (pages 141 à 148)!

Ce sont au total quelque 500 témoins, directs ou indirects, qui ont été retrouvés par l'ensemble des enquêteurs, et ce n'est peut-être pas fini, malgré l'ancienneté de l'événement. Je vais citer quelques-uns des témoignages les plus importants, qui suffiront pour montrer que la thèse des ballons (ballon météo en 1947, train de ballons Mogul en 1994), de l'armée de l'Air américaine, est une fable ridicule.

Ce sont ces enquêtes qui ont conduit le député républicain du Nouveau-Mexique Steven Schîff à demander fin 1993 une enquête au Congrès. Celle-ci a été réalisée par la cour des comptes qui en dépend, le General Accounting Office (GAO), de janvier 1994 à juillet 1995. Confrontée à cette enquête à laquelle elle devait se soumettre, L'armée de l'Air n'a pas "devancé l'appel", comme dit faussement Lagrange : elle a tenté de lui couper l'herbe sous les pieds en se pressant de publier avant elle son propre rapport, en septembre 1994. On sait en fait que les enquêteurs du Congrès ont été furieux de cette manoeuvre.

Le rapport de l'armée de l'Air publié en 1994 ne faisait pas 800 pages, comme se complait à le répéter Lagrange, mais 23 pages seulement. Le GAO a publié le sien, d'épaisseur équivalente, en juillet 1995, et c'est seulement en septembre que l'armée a finalement publié les fameuses 800 pages, dont la plus grande partie ne sont qu'un dossier technique sur les ballons, ne prouvant rien. Auparavant, il fallait aller à la bibliothèque du Pentagone pour les consulter! On songe aux volumes de l'enquête sur l'assassinat de Kennedy où figure par exemple un rapport sur la dentition de la mère de l'assassin présumé, Lee Harvey Oswald.

Le GAO a constaté la destruction non motivée de plusieurs années d'archives de la base de Roswell, de 1946 à 1949, mais cela n'est pas une preuve décisive de dissimulation. En revanche, contrairement à ce que laisse croire Lagrange, les enquêteurs du Congrès n'ont absolument pas accepté l'explication des ballons. Leur opinion se résume en une phrase, non citée par Lagrange, alors qu'il cite longuement le reste du texte: "Le débat sur la nature de ce qui s'est écrasé à Roswell continue" (Rapport du GAO de juillet 1995, première page). Selon deux journalistes, Jack Anderson et Michael Binstein (Washington Post, 1er juin 1995), les enquêteurs ont acquis la conviction que l'armée de l'Air essayait de cacher quelque chose de très important (something big).

2) La découverte, sur un autre site, d'un Ovni et de cadavres d'humanoïdes, recupérés en grand secret par les militaires.

Cette partie est plus difficile, et le scénario est encore controversé entre les enquêteurs, concernant le lieu exact, la date, la description de l'ovni et des cadavres. Certains témoins sont devenus douteux, ayant modifié leur récit, mais il y a quand même de fortes présomptions sur la réalité de cet épisode. En fait, il y a quand même une réelle convergence des témoignages. La date, par exemple, est discutée à quelques jours près mais est toujours proche du début de juillet 1947. De même, les témoignages sur les cadavres convergent pour décrire des corps petits et très minces, avec une grosse tête. Comme on pouvait s'y attendre, Lagrange, après avoir escamoté les témoignages les plus convaincants de la première partie, s'attarde longuement sur les difficultés de la deuxième, mettant en vedette les témoins sur lesquels les enquêteurs eux mêmes s'interrogent, comme Jim Ragsdale et Frank Kaufmann.

3) L'affaire du film du pretendu cadavre de Roswell.

Le producteur anglais Ray Santîlli n'a apporté aucune preuve de son authenticité, et il y a quasi- unanimité des enquêteurs sur Roswell pour condamner ce film comme un faux. Pour certains, c'est une banale escroquerie, mais pour d'autres (je partage ce point de vue) il y a des arouments sérieux pour penser qu'il s'agit d'une manipulation, montée avec beaucoup d'habileté par des spécialistes de désinformation pour torpiller les enquêtes sur Roswell.

Comme prévu, Lagrange fait de cet épisode suspect le point focal de l'affaire de Roswell, et c'est l'amalgame : faux cadavre, donc fausse affaire de Roswell. Or, le lien entre le cadavre et l'affaire tient uniquement aux affirmations de Santilli, qui n'a fourni aucune preuve d'authenticité. Il s'agit donc là d'un amalgame parfaitement malhonnête.

Quelles sont les raisons de soupçonner une manoeuvre de désinformation? Une première raison est que ce film, tout en étant assez impressionnant (le cadavre est d'un réalisme saisissant, et il n'est pas du tout prouvé qu'il soit en latex comme l'affirme Lagrange), comporte néanmoins des difféoences flagrantes par rapport aux descriptions des témoins de Roswell : tous ont parlé de corps très minces, avec quatre doigts (ou cinq, selon Kaufmann), mais jamais six! De même, le récit du photographe anonyme "révélé" par Santilli est tout à fait invraisemblable. On ne peut croire qu'il a pu garder chez lui une série de bobines top-secrètes couvrant une autopsie entière. La date de début juin pour le crash est contraire à tous les témoignages de Roswell, etc.

Il me paraît évident qu'un faussaire, montant une escroquerie pour de l'argent, aurait évité des erreurs aussi grossières, soucieux au contraire de faire durer sa supercherie le plus longtemps possible. Or ce film contenait dès le départ des éléments de nature à le faire couler rapidement, après le premier choc de ces images étonnantes. L'hypothèse d'une grosse plaisanterie est aussi peu vraisemblable car elle risque de coûter très cher un jour à leurs auteurs, comme à Santilli. Il y avait forcément toute une équipe, d'où un risque énorme de fuites, à moins qu'il s'agisse de tout autre chose.

Alors, "à qui profite le crime"? La date d'apparition du film nous met sur la voie: quelques semaines avant la fin de l'enquête du GAO! Si c'est un faussaire qui a fait le coup, il a apporté une aide providentielle à l'armée de l'Air américaine. Le bruit médiatique fait dans le monde entier pratiquement. éclipsé l'enquête du Congrès, publiée dans la plus grande discrétion fin juillet 1995. Dans l'esprit du public, le cadavre est devenu l'affaire Roswell: "Roswell, vous connaissez? Ah, oui, le cadavre bidon!". Il reste donc une hypothèse, celle de l'opération de désinformation pour torpiller Roswell. Le fin du fin de l'opération serait d'ailleurs de parvenir à convaincre tout le monde qu'il s'agit d'une banale escroquerie, mais je prends le risque de supposer que nous ne sommes pas près d'en avoir la preuve, avec procès et peines de prison à la clé.

Lagrange n'a pas manqué cet amalgame. C'est lui qui a écrit l'article d'une pleine page paru dans libération du 8 août, mélangeant tout, et s'intitulant: L 'armée US dégonfle ses ovni Une commission du Congrès met un coup d'arrêt à une vieille rumeur: Sur le cadavre, cet article reprenait même une plaisanterie parue dans le grand "dossier" de Lagrange dans Science et Vie de début août, racontant que le cadavre avait le sang vert. Lagrange m'a assuré que ce n'était pas lui qui avait mis le sang vert, mais il avait donné le ton. Ce détail qui fait mouche a été cité par une bonne partie de la presse française, qui a fait confiance au sociologue Lagrange. Le Point a raconté que le GAO avait approuvé "sobrement" l'histoire des ballons, et L 'Evenement du Jeudi a compris pour sa part que c'était le GAO qui avait découvert l'explication des ballons ! Voilà à quelle Bérézina médiatique peut conduire un tissu de mensonges habillé de sociologie "contextualisante", à la manière de Lagrange. Le sang vert venait tout naturellement, dans le contexte.

Un autre angle d'attaque vient maintenant meubler le "contexte" du dossier Ovni, que Pierre Lagrange développe longuement dans son livre. C'est le thème de l'ufologie pénétrée par l'extrême-droite. Nous avons droit à la galerie de portraits d'ufologues américains de la Lunatic Fringe, dont les idées recoupent en effet la thèse du complot chère aux milices d'extrême-droite. Lagrange dénonce aussi dans cette perspective les X Files, avec leur obsession du complot, un thème repris actuellement dans la presse française (Télérama, Libération...). En France, nous avons ce cher Jimmy Guieu, auquel Lagrange ne manque pas de consacrer plusieurs pages (plus qu'aux enquêtes du CUFOS!). Il a aussi trouvé le moyen d'accuser Jean Sider de propos racistes, dans la nouvelle revue Anomalies dont il est rédacteur en chef. C'est là que le discours de Lagrange devient odieux. Que croit-il prouver ainsi? On pourrait multiplier les amalgames du même genre, par exemple démontrer que l'université française a des tendances totalitaires car il y a eu des staliniens dans ses rangs. Allons-nous assister àune politisation lamentable de l'ufologie?

Revenons plutôt à notre affaire de Roswell. A côté de cela, l'enquête menée par l'équipe de TF1, Jacques Pradel et Nicolas Maillard, a abouti à une émission de bonne qualité, le 23 octobre 1995, au cours de laquelle Santilli a été poussé dans les cordes en direct. Je salue ici, comme Lagrange, l'excellent travail d'enquête de Nicolas Maillard, qui a d'ailleurs été reconnu aux Etats-Unis, notamment par Kent Jeffrey. Je regrette seulement que le dossier de Roswell ait été traité si rapidement. Etant l'auteur d'un livre sur l'affaire, j'étais invité à l'émission mais Jacques Pradel, malgré toute sa courtoisie, n'a pu me donner que très peu de temps pour en parler. Sur le cadavre, déjà bien suspect à ce moment-là, j'ai eu juste le temps de dire qu'il était quand même très intéressant car il s'inscrivait peut-être dans une démarche de sensibilisation du public à plus long terme. Si cette hypothèse est un jour confirmée, nous aurons assisté à une opération très subtile, à double fond : d'abord un coup de frein à des enquêtes qui avançaient trop vite; ensuite un test d'opinion et une action de sensibilisation, une vaccination en vue de difficiles révélations. Mais nous sommes là dans le domaine des suppositions.

Permettez-moi de revenir maintenant sur quelques uns des témoignages qui ont convaincu des enquêteurs, sceptiques au départ, comme Randle et Schmitt, de la réalité du crash de Roswell.


Les témoignages clés de Roswell

Le commandant Jesse Marcel était le responsable de la sécurité des bombardiers atomiques des Etats-Unis, le genre de responsabilité qu'on ne confie pas au premier imbécile venu, surtout au début de la guerre froide et alors que les Russes n'avaient pas encore la bombe atomique. Rappelons-le car son témoignage est aujourd'hui violemment dénigré par l"'expert" Robert Todd, qui l'a traié de menteur. Il l'a écrit dans un bulletin d'une rare violence, intitulé, de maniere très appropriée, "La lettre de la bouse de vache" (The Cowflop Letter). Rendons grâce à Pierre Lagrange de ne pas avoir osé mentionner ces propos injurieux de Robert Todd, qu'il cite néanmoins comme une "autorité" a de nombreuses reprises. Le sceptique bien connu Philip Klass a lui même rectifié le tir en publiant l'opinion du colonel Blanchard sur Marcel qui figure dans son dossier militaire: "Exceptionnellement qualifié dans son affectation. Qualités morales supérieures" (Skeptics UFO Newsiettei; mars 1996).

Marcel a décrit, ainsi que plusieurs autres témoins, notamment son propre fils Jesse Junior, aujourd'hui médecin, et Bill Brazel, le fils du fermier, les débris retrouvés sur le ranch de Brazel : tous ont affirmé qu'ils étaient extrêmement insolites et ne pouvaient provenir de ballons ni de leurs cibles-radar. Il y a de rares témoignages contraires, mais ils sont peu crédibles. L'un de ceux-ci, sur lequel je vais revenir plus loin, est le témoignage du fermier Brazel lui même, mais il était alors sous escorte militaire après avoir passé la journée du 8 juillet à la base aérienne, ce que se garde bien de préciser Pierre Lagrange dans son livre. Comme on pouvait s'y attendre, ce témoignage est reproduit dans le gros dossier de l'armée de l'Air (article du Roswefl Daily Record du 9 juillet). En dépit de la pression exercée sur lui, Brazel a réussi à glisser aux journalistes, à la fin de l'entretien, que ce n'étaient surement pas des ballons! Il a été ensuite gardé au secret pendant plusieurs jours, aux dires de tous ses proches et voisins, et n'a plus jamais voulu en reparler.

Selon tous les témoins qui ont eu en main des échantillons de débris (ils sont au moins une dizaine), ceux-ci étaient à la fois extrêmement légers et extrêmement résistants. Ils étaient ininflammables. Certains, à l'aspect de feuilles métalliques, pouvaient être pliés mais ne pouvaient être déformés, même avec une lourde masse, car ils reprenaient toujours leur forme initiale. Jesse Marcel était si impressionné par cette découverte qu'après avoir rempli sa voiture de débris, qu'il avait récoltés pendant toute la journée du lundi 7 juillet, il s'est arrêté chez lui à deux heures du matin pour les montrer à sa femme et à son fils. Marcel et son fils ont fait la même description de certains débris particulièrement étranges, des petites poutrelles avec des symboles imprimés en relief sur le côté, ressemblant à des hiéroglyphes.

Selon le témoignage de Marcel et d'autres témoins, ces débris étaient éparpillés sur une grande surface, de près d'un kilomètre de long, et ils provenaient donc vraisemblablement d'une explosion au-dessus du sol. La solidité des débris implique que l'explosion avait dû être très violente : ceci exclut les ballons, qui ne pouvaient exploser, étant gonflés à l'hélium, gaz inerte (les ballons Mogul étaient du même type que les ballons-météo, juste un peu plus grands). J'ai discuté de cet aspect qui me paraissait important avec Karl Pflock, le partisan des ballons Mogul, lors du symposium annuel du MUFON en 1995 (le MUFON est le principal organisme d'enquêtes américain). Après avoir tourné un moment autour du pot, Pflock a fini par admettre que, sans doute, il y avait eu une explosion. Mais une heure après, invité au débat final du symposium, Pflock affirmait de nouveau, sans la moindre nuance d'hésitation, qu'il s'agissait de ballons! Incidemment, le sceptique américain Philip Klass, abondamment cité par Lagrange, a assisté sans mot dire à notre petit entretien et a simplement commenté à la fin: "Bon! Je vais fumer ma pipe dans le jardin".

La description précise des débris exclut également les cibles-radar, emportés par les ballons- météo ou par les ballons Mogul, contrairement à ce qu'affirme Lagrange avec assurance : celles- ci étaient faites de feuilles d'aluminium collées sur du papier ou de la toile, tendues sur des baguettes de balsa qui les faisaient ressembler à des cerfsvolants plus qu'à tout autre engin aérien, sans même parler de soucoupe volante! Elles étaient Si fragiles que, pour les ballons Mogul dont les cibles étaient un peu plus grandes que le modèle habituel, on avait demandé au fabricant de les consolider avec du ruban adhésif. Il se trouve que c'était un fabricant de jouets, et il avait utilisé un stock de papier collant décoré avec des fleurs stylisées, ce qui a permis aux sceptiques de soutenir, sans rire, que c'est cela que le commandant Marcel avait pris pour des inscriptions extraterrestres! C'est même devenu l'un des arguments majeurs des sceptiques pour soutenir la thèse des ballons Mogul.

Soyons sérieux : il est tout simplement impossible que le commandant Marcel, spécialiste du renseignement aérien et familier de tout ce qui volait, y compris les ballons-météo (on en lançait tous les jours à Roswell), ait pu confondre un instant des cibles radar à l'allure de cerfs-volants, montées sur baguettes de balsa, avec l'un de ces mystérieux "disques volants" aux performances extraordinaires tels que décrits par de nombreux témoins dans les journaux.

Lagrange a dû se rendre compte qu'il y a là un point très faible de la thèse des ballons car il s'évertue sur de nombreuses pages à défendre l'idée, très "psychosociologique", que les gens n'avaient alors qu'une idée confuse sur la nature de ces étranges disques volants, ou "soucoupes volantes", ce qui pourrait expliquer la bévue des aviateurs de Roswell : pardonnons-leur car ils ne savaient pas ce qu'ils disaient! Mais l'argument est très curieux car il contredît complètement une théorie que Lagrange soutient par ailleurs, avec ses amis Meheust et Meurger, selon laquelle les soucoupes volantes sont nées dans la culture populaire de la science-fiction! Il est certain que le thème des extraterrestres volant sur d'étranges machines, fusées ou soucoupes, était déjà courant dès cette époque. En conséquence, les aviateurs de Roswell savaient très bien ce qu'ils voulaient dire en annonçant la découverte d'un flying disc, et tout le monde les a très bien compris, d'ailleurs. Le jour de leur annonce, la base avait été assaillie de coups de téléphone. Quant à la théorie des soucoupes fantasmes de science-fiction, elle insulte littéralement des dizaines de milliers de témoins du monde entier.

Revenons aux ballons de l'armée de l'Air. On n'aurait pas osé imaginer une telle bévue, même dans un film de Laurel et Hardy, et elle a été d'ailleurs corrigée en un clin d'oeil par l'adjudant- météo Irving Newton, convoqué brièvement par le général Ramey devant la presse dans son bureau de Fort Worth (il n'avait même pas pris la précaution de les lui montrer avant). Newton a immédiatement reconnu des débris de ballon et de cible-radar, qui empestaient le néoprène décomposé. Seulement voilà, comme on va le voir, ce n'étaient pas les mêmes débris!

Irving Newton, aujourd'hui à la retraite, est l'un des cinq témoins présentés par l'armée de l'Air à l'appui de sa thèse des ballons (c'est maigre, face aux 500 témoins des enquêteurs privés). Il ridiculise aujourd'hui Marcel en disant que celui-ci avait essayé de le convaincre, dans le bureau de Ramey, que les débris de ballons présentés à la presse étaient bien des débris de soucoupe volante. Mais il contredit ainsi son premier témoignage, publié par William Moore dans son livre de 1980, le premier livre paru sur Roswell. Newton pensait alors que Marcel avait simplement essayé de se donner une contenance, ce que l'on peut comprendre de la part d'un officier d'élite, toumé en ridicule devant la presse.

Si le commandant Marcel avait commis une telle erreur, quelqu'un d'autre aurait dû la lui signaler aussitôt, car Marcel n'était pas seul. Il avait passé toute la journée du lundi 7 juillet à ramasser des débris en compagnie du capitaine Sheridan Cavitt, responsable du service de contre- espionnage de la base de Roswell. Celui-ci a nié sa présence aux enquêteurs privés jusqu'en 1994, date à laquelle, interrogé par l'armée pour appuyer sa thèse sur les ballons Mogul, il a bien confirmé qu'il était là, et a affirmé qu'il avait reconnu tout de suite des débris de ballons! Il a même prétendu qu'il les avait trouvés tout seul, rapidement, n'ayant jamais rencontré le fermier Brazel!

Cavitt est un témoin majeur de l'armée de l'Air pour soutenir sa thèse des ballons. Son entretien avec le colonel Weaver, des services de Renseignement du Pentagone, est retranscrit intégralement sur trente pages dans le rapport militaire, The Rosweil Report. Pourquoi Cavitt n'a-t-il pas dit aussitôt à son collègue, et ami (ils jouaient au golf ensemble) Jesse Marcel: "Ah, mais ce sont des ballons"? Il ne se souvient pas, m'a dit l'enquêteur Karl Pflock, l'un des premiers artisans de la thèse des ballons Mogul, qui l'a interrogé à ce sujet. Le capitaine Cavitt n'a pas songé non plus à rattraper par la manche le colonel Blanchard avant qu'il annonce la découverte de la soucoupe le lendemain. Le témoin vedette de l'armée de l'Air a une mémoire à géométrie variable : au début de l'entretien, il ne se rappelle pas de la présence de Marcel avec lui, puis, non seulement il s'en rappelle mais il précise même le modèle de sa voiture. Incidemment, il y a dans l'entretien de Cavitt une minute de vérité lorsqu'il dit de Karl Pflock: "je l'aime bien, c'est notre meilleur debunker !" Voilà une vraie gaffe, qui en dit long sur Cavitt et Pflock: debunker, c'est le mot américain pour "désinformateur".

Comment le colonel Blanchard a-t-il pu, non seulement faire la même erreur grossière que Marcel et l'annoncer le jour même par communiqué de presse, lorsque Marcel et Cavitt lui ont montré, le 8 juillet au matin, les débris qu'ils avaient rapporté dans deux voitures (et il en restait beaucoup à inspecter sur le terrain)? La seule explication proposée par l'armée de l'Air est qu'il était surexcité (overexcited) par les histoires de soucoupes volantes. Mais alors, comment expliquer que Blanchard soit resté injoignable par les journalistes après la publication de son communiqué, et même qu'il soit parti en congé pour trois semaines dans l'après-midi, sans attendre la fin de la journée et l'inspection des débris envoyés d'urgence au général Ramey, au quartier-général de Fort Worth? Cette explication de l'armée de l'Air ne tient pas debout.

Le communiqué de presse avait été difflisé par le lieutenant Walter Haut, aujourd'hui retraité à Roswell, que j'ai rencontré. Haut m'a dit que la plus grande discipline régnait sur cette base d'élite, dont le personnel était trié sur le volet, et que jamais le colonel Blanchard, ancien élève de West Point et futur général à quatre étoiles, n'aurait pris seul une initiative aussi fracassante. Selon Haut, ce communiqué de presse avait été forcément décidé en haut lieu. Aujourd'hui encore, ce scénario du 8 juillet -communiqué de presse du matin et démenti hâtIf du soir - reste mystérieux, mais une chose est sûre, en revanche: à Fort Worth, la presse n'a pas vu les vrais débris, comme le prouvent les témoignages suivants.


La mise en scène de Fort Worth

Il y a au moins trois témoignages qui prouvent de manière décisive qu'il y a eu mise en scène dans le bureau du général Ramey à Fort Worth le soir du 8 juillet. Un premier point est que, selon ces témoignages, il y a eu deux transports de débris par avion à Fort Worth au cours de la journée du mardi 8 juillet : d'abord les échantillons des vrais débris, ensuite des débris de ballon et de cible-radar. Jesse Marcel a raconté, notamment à Walter Haut, comment il avait apporté lui même, sur ordre de Blanchard, des échantillons des vrais débris, dans des cartons, qu'il avait remis en mains propres au général Ramey. Celui-ci l'avait emmené dans la salle des cartes pour qu'il lui montre le lieu précis de la découverte. A leur retour, les débris n'étaient plus dans le bureau de Ramey.

Le deuxième témoignage est celui de Robert Porter, mécanicien de vol à bord du B-29 où se trouvait Marcel. Son témoignage est authentifié par l'armée elle même car il est reproduit dans son rapport. Porter a décrit les paquets dans lesquels se trouvaient les mystérieux débris : grands comme des cartons à chaussures, soigneusement enveloppés de papier brun fixé avec du papier collant, Si légers qu'on les aurait crus vides. Il est rigoureusement impossible que ces petites boites aient pu contenir les débris, d'assez grande taille, photographiés dans le bureau du général Ramey.

Porter note aussi, un détail significatif, la présence à bord de plusieurs officiers, dont l'adjoint de Blanchard, le lieutenant-colonel Payne Jennings: c'était donc un vol très important, et il est intéressant que ce détail ait été gommé dans le rapport militaire, mais il figure dans la déclaration sous serment de Porter (voir en annexe). Imaginez la scène: une brochette d'officiers de la base d'élite des bombardiers atomiques, apportant des débris de ballon, météo ou Mogul, peu importe, soigneusement emballés dans de petites boites en carton, à bord d'un quadrimoteur B-29. Hautement comique! Selon Porter, on avait informé l'équipage qu'il transportait des débris de soucoupe volante, mais au retour, ce n'étaient plus que des débris de ballon, ce que Porter n'a pas cru. Son opinion est également censurée dans le rapport militaire. Quant à Lagrange, lui, il a tout supprimé!

Le troisième témoignage, décisif, est celui du général Thomas DuBose, à l'époque colonel et adjoint du général Ramey. Celui-ci, dans un entretien publié en 1991 (MUFON UFO Journal de janvier 1991), affirme avoir réceptionné des débris de ballon et de cible-radar, non pas dans de petites boites, mais dans un grand sac de toile. De plus, Marcel n'était pas dans cet avion, et il s'agissait donc, très probablement, d'un autre vol, d'une autre livraison! DuBose a apporté lui- même ces débris dans le bureau de Ramey et les a étalés sur le sol: "J'ai porté ce sac dans le bureau de Ramey. C'était un ramassis de débris (a bunch of trash). Nous avons défait le paquet et l'avons étalé sur le sol".

Ce sont ces débris lamentables qui ont été montrés à la presse, photographiés et identifiés immédiatement par l'adjudant météo Newton. Le général DuBose affirme qu'il n'a jamais vu les vrais débris, ce qui explique pourquoi il a dit dans l'un de ses entretiens qu'il n'y avait pas eu de substitution dans le bureau de Ramey. Il n'avait vu dans ce bureau que les débris qu'il y avait lui- même apportés. Un détail qui a semé un moment la confusion, en 1991, et qui est encore cité, devinez par qui, par Pierre Lagrange, dans Science et Vie d'août 1995, et dans son livre La rumeur de Roswell, pour prétendre qu'on avait montré les vrais débris aux journalistes, c'est-à- dire des débris de ballons!

Enfin, le général DuBose a révélé que cette mise en scène avait été faite sur ordre direct de Washington. C'est écrit noir sur blanc dans sa déclaration sous serment (voir en annexe). DuBose avait eu lui-même au téléphone le général MacMullen, chef adjoint du Strategic Air Command au Pentagone, qui avait aussi ordonné à Ramey et à DuBose d'oublier cela et de ne jamais en parler, pas même à leur famille. Ce témoignage est évidemment capital. Or il est détourné de son sens par Lagrange en sept lignes : on aurait caché des parties secrètes du ballon Mogul!

Les sceptiques font encore observer que DuBose, dans sa déclaration écrite sous serment, parle de l'acheminement des échantillons le dimanche 6, et non pas de la journée du mardi 8. C'est exact, il y a eu un premier vol le dimanche-soir pour les débris apportés par Brazel. Ils n'ont fait que transiter à Fort Worth, pour être portés directement, d'urgence, au Pentagone, et c'est DuBose qui a dirigé l'opération. Mais DuBose parle aussi, très clairement, de la mise en scène du mardi soir: "Le matériel montré sur les photographies prises dans le bureau du général Ramey était un ballon-météo. L'explication par le ballon-météo était une couverture (cover stoiy) pour détourner l'attention de la presse". Pouvait-il s'exprimer plus clairement?


Brazel et la presse censurés

Il y a un autre épisode à analyser ici, le témoignage du fermier Brazel le mardi soir à Roswell, publié dans la presse le lendemain, mercredi 9 juillet, car il est mis en avant par l'armée et la cohorte des sceptiques à l'appui de la thèse des ballons. Il est exact que Brazel a décrit des débris assez piteux, mais il est parfaitement établi qu'il avait fait ce témoignage, le mardi 8 au soir, fortement encadré par les militaires! Résumons la véritable histoire du témoignage de Brazel, corroborée par de nombreux témoins.

Le dimanche 6, Brazel arrive à Roswell avec des échantillons de débris et les montre au shérif George Wilcox. Une équipe de la base aérienne, appelée par celui-ci, vient très vite prendre ces débris pour les montrer au colonel Blanchard. Pendant ce temps, Le shérif appelle aussi un journaliste de la radio KGFL, Frank Joyce, qui interviewe Brazel au téléphone. A la base, le colonel Blanchard ordonne à Marcel d'aller inspecter le vaste champ de débris décrit par Brazel. Le soir du 6, Brazel conduit Marcel et Cavitt à son ranch, où ils passent la nuit. Il les conduit le matin au champ de débris, qui va les occuper toute la journée, puis retourne à son travail. Mais entre temps, le patron de la radio KGFL, Walt Whitmore, a appris la nouvelle par son journaliste Joyce. Il va discrètement chercher Brazel, le ramène chez lui le lundi 7 au soir et enregistre un entretien qu'il compte diffuser le lendemain. Or on va lui interdire cette diffusion! Voici un extrait du témoignage sous serment du partenaire de Whitmore, George "Judd" Roberts (Whitmore était déjà décédé à l'époque des enquêtes), qui confirme l'incident: "En 1947, j'étais actionnaire minoritaire et directeur de la radio KGFL à Roswell. Nous avons fait un entretien avec W. W. "Mac" Brazel, le fermier qui avait trouvé des débris sur son terrain. Nous l'avons caché à la maison du propriétaire de la station, W. E. Whitmore Sr., et enregistré l'entretien sur un magnétophone.

"Le lendemain matin, j'ai reçu un appel de quelqu'un à Washington, D.C.. C'était peut-être quelqu'un du bureau de Clinton Anderson ou de Denis Chavez. Cette personne m'a dit: "Nous comprenons que vous détenez une certaine information, et nous voulons vous assurer que si vous la diffusez, il est très possible que la licence de votre station soit menacée, et nous vous suggérons donc de ne pas le faire". Cette personne a indiqué que nous pourrions perdre notre licence en pas plus de trois jours. J'ai pris la décision de ne pas diffuser l'histoire" (voir le texte anglais en annexe).

Ce témoignage, sur lequel Lagrange ne dit pas un mot dans son livre, est évidemment très important car on voit déjà apparaître ici les premiers indices du secret et de la désinformation. Il est d'ailleurs corroboré par d'autres témoignages allant dans le même sens. On connaît bien le témoignage, qui fut l'un des premiers découverts par les enquêteurs, de Lydia Sleppy, opératrice à la station de radio KOAT d'Albuquerque, Nouveau-Mexique. Elle a raconté comment le journaliste Johnny McBoyle l'avait appelée avec beaucoup d'excitation depuis Roswell pour lui annoncer la découverte d'une soucoupe. Mais, alors qu'elle commençait à taper la nouvelle sur télétype, la machine s'était arrêtée et avait imprimé un message du FBI lui interdisant cette transmission! De son côté, McBoyle, après avoir quitté un moment le téléphone, était revenu pour lui dire,très ennuyé, de tout oublier.

Un autre témoin intéressant, non cité par Lagrange (la liste s'allonge) est George McQuiddy, éditeur à l'époque de l'un des deux quotidiens de Roswell, le Roswell Moming Dispatch. Dans sa déclaration signée sous serment, McQuiddy raconte comment, peu de temps après que le lieutenant ait apporté le fameux communiqué de presse, la base aérienne avait appelé le journal pour signaler que le communiqué était une erreur et qu'il ne fallait pas le diffuser, mais c'était trop tard. Si l'on en croit ce témoin, le revirement des militaires avait été décidé dès le milieu de la journée, peut-etre à partir du moment où ils avaient réussi à boucler le site des débris. McQuiddy raconte aussi qu'il était un ami proche de Blanchard et qu'il l'avait questionné plusieurs fois sur cette histoire, mais il restait évasif. C'est seulement deux ou trois mois plus tard qu'il finit par lui dire: "Le matériel que j'ai vu, je n'en ai jamais vu nulle part ailleurs de semblable dans toute ma vie".

Le matin du mardi 8, les militaires, avec l'aide de Whitmore, ont conduit Brazel à la base aérienne, où il a passé la journée. Il n'est réapparu que le soir, sous bonne escorte militaire, pour se faire interviewer par la presse de Roswell. Il a alors décrit des débris de ballon insignifiants, ne constituant qu'un faible volume, sans doute pas plus grands qu'un "dessus de table". Le lot complet des débris, une fois rassemblé, ne devait pas peser plus de cinq livres, précise Brazel! Il cite même, détail monté en épingle aujourd'hui encore, la présence d'un peu de papier collant avec des dessins de fleurs imprimés dessus.


Quelle histoire pour cinq livres de ballon!

Une série de questions vient tout de suite à l'esprit : quel diable a poussé Brazel à apporter un peu de ces débris lamentables à Roswell? Pourquoi n'a-t-il pas tout apporté dans sa camionnette? Quelle mouche a piqué les officiers de Roswell pour aller, un dimanche soir de week-end férié, inspecter le terrain, perdu à 130 km au nord-ouest de Roswell, où se trouvaient moins de cinq livres de débris de ballon? Selon les enquêteurs qui ont visité ce terrain, la route est très pénible, avec plus de 20 km de route de terre cahotante, se terminant par près de 2 km hors piste. Dans son entretien avec le colonel Weaver, Cavitt affirme qu'il a trouvé facilement ces débris de ballon, sans l'aide du fermier Brazel, qu'il n'a jamais rencontré !

Autre question : qu'ont donc fait toute la journée Marcel et Cavitt sur le terrain, aux prises avec cinq livres de ballon crevé, Marcel passant chez lui à deux heures du matm et réveillant sa famille pour lui montrer ces minables débris? Comment ont-ils pu convaincre le patron des bombardiers atomiques, avec ces cinq livres de ballon, d'annoncer la découverte d'une soucoupe volante? Plusieurs témoins, voisins de Brazel, et le commandant Edwin Easley, responsable de la police militaire de la base, ont dit qu'il avait été ensuite retenu à la base plusieurs jours, ce dont il s'était plaint amèrement car il pensait avoir bien fait son devoir patriotique.

Il y a un autre témoignage accablant pour cette histoire de ballons, celui de l'assistant du capitaine Cavitt, le sergent-chef Lewis Rickett. Rickett a raconté comment Cavitt l'avait emmené pour une visite du site des débris, où se trouvait toute une troupe occupée à les ramasser et à ratisser le terrain, sans doute le 8 ou le 9 juillet. Il restait donc encore un peu de ces cinq livres de ballons! Rickett se rappelle avoir tenté de plier l'un de ces débris extraordinairement légers et résistants, sans succès, ce qui lui avait valu un quolibet des officiers présents: "Le petit malin! Il essaie de faire ce que personne n'a réussi".

Rickett se rappelle également que Cavitt lui avait enjoint de tout oublier de cette visite. Cette question du témoignage de Rickett est évoquée dans l'entretien de Cavitt, publié dans le gros dossier de l'armée de l'Air en 1995. L'auteur du rapport, le colonel Weaver, lui demande ce qu'il pense de ce témoignage, et Cavitt, qui vient de dire qu'il avait beaucoup d'estime pour son assistant Rickett, suggère que cet ordre de tout oublier, qu'il ne conteste donc pas, était peut-être une manière de plaisanter car ils n'étaient pas très fiers d'avoir perdu leur temps sur cette histoire de ballon. En effet : quelle histoire pour inspecter cinq livres de ballon crevé, déjà ramassés par Marcel et Cavitt lui même le lundi 7 toute la journée! Que faisait toute cette troupe sur le terrain ce jour-là? Cette fable des ballons est une bouffonnerie, une histoire à dormir debout.

Le détail des dessins de fleurs, cité par le fermier Brazel sous escorte militaire, est cependant intéressant car il suggère que les militaires de Roswell avaient connaissance de ce matériel qui avait servi à consolider les cibles-radar des ballons Mogul, lancés à White Sands et retombant un peu partout. Ils n'étaient pas tous retrouvés par l'équipe de lancement, a précisé le professeur Moore, qui en a récupéré un à quelques kilomètres seulement de la ville de Roswell. Il est fort possible que la base de Roswell en ait retrouvé un, remisé dans un coin de son service météo : voilà peut-être l'origine des débris expédiés par avion pour la mise en scène de Fort Worth Ainsi, le général Ramey a peut-être montré à la presse, effectivement des débris de ballon Mogul, mais ce n'étaient pas les vrais débris!


Une immense decouverte

Les témoignages qui précèdent sont très loin de faire le tour de l'affaire de Roswell. Il faudrait encore rappeler, par exemple, les témoignages d'anciens militaires de la base sur les transports de caisses entières de débris par plusieurs avions de transport militaire C-54, vers les bases aériennes de Wright et Kirtland. Mais ceux qui précèdent constituent le noyau central du dossier, corroboré par une pléiade d'autres témoignages, que j'ai détaillés dans mon livre Sont-ils dejà là ? Ovnis: L affaire Roswell.

On peut affirmer comme virtuellement prouvée la découverte près de Roswell des restes d'un engin de fabrication non-humaine. Les conséquences de cet événement sont immenses, et elles impliquent l'hypothèse que ce secret a été maintenu depuis cinquante ans de manière très rigoureuse. Pas totalement, cependant, car sinon nous n'aurions pas l'occasion d'en discuter. Il faudrait encore faire la critique d'un autre aspect longuement développé par les sceptiques comme Pierre Lagrange, qui soulignent l'absence de preuve de tels secrets dans les archives déclassifiées. Bornons-nous ici à observer qu'un secret reste un secret. D'autre part, même dans les documents divulgués, qui ont dû pourtant être soigneusement triés, on trouve des indications claires d'une politique militaire de cover-up sur les ovnis dès la fil des années quarante. J'aborderai cet aspect important dans un autre livre, en préparation.

Gildas Bourdais, le 19 décembre 1996.


Documents Officiels (en anglais)


-Le rapport du Gao & les annexes
-Le rapport de l'USAF pour le GAO.
- L'article paru dans le quotidien de Roswell en 47.

Affidavit de certains intervenants


- affidavit 1
- affidavit 2
- affidavit 3

Remerciements


Scaner et OCR : Laurent (EBE PAGE)
Recherches des illustrations et des documents officiels: Thierry Wathelet (UFOCOM)
Corrections : Philippe


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