L'Europe spatiale en ébullition

(AFP 30/09/99)

PARIS (AFP) - Projet Galileo de navigation par satellite concurrent du GPS américain, discussions franco-italiennes sur une constellation de satellites optique et radar, tentative de reprise du projet de satellite européen de communications militaires: l'Europe spatiale est en ébullition.

"On espère arriver à la fin de l'année prochaine avec un plan stratégique global pour l'Europe", a indiqué mercredi Antonio Rodota, directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), qui a insisté sur l'importance d'une stratégie commune européenne dans le spatial lors d'un colloque du Centre des Hautes Etudes de l'Armement (CHEAR).

"Face à l'offensive largement engagée par les Américains pour contrôler l'espace et les systèmes d'information, l'Europe spatiale doit s'affirmer", a déclaré Françoise Arnail, présentant le rapport du CHEAR sur l'Europe spatiale lors de ce colloque clôturé par Jean-Pierre Masseret, secrétaire d'état à la Défense.

Le besoin pour l'Europe de disposer d'une capacité indépendante d'observation de la terre par satellites a été particulièrement mis en lumière lors du conflit au Kosovo.

La coopération européenne est indispensable pour la mise au point de la plupart des projets spatiaux qui impliquent des investissements considérables et nécessitent le support des puissances publiques.

Sur l'ensemble des activités spatiales mondiales, 15% correspondent à des applications commerciales (satellites de télécommunications) et 85% à des applications militaires et civiles payées par les contribuables, a souligné Armand Carlier, pdg de Matra Marconi Space (MMS).

"Les risques industriels sont énormes", a-t-il ajouté, évoquant le projet Galileo "qui ne peut être porté par une seule société". "Des discussions sont en cours avec Astrium (nouveau groupe spatial européen en cours de constitution autour du franco-britannique MMS, de l'allemand Dasa et de l'italien Alenia) et Alcatel", a-t-il dit.

Le système Galileo, dont l'étude a été lancée en mai par la Commission Européenne, vise à proposer une alternative européenne au GPS (Global positioning system) américain, quasi monopole mondial contrôlé par le Département américain de la défense. Il prévoit la mise en orbite basse de 21 satellites d'ici à 2005.

La mise en place de ce système permettrait également d'assurer à l'Europe une part de l'immense marché potentiel de la navigation par satellite (sauvetage en mer, guidage ferroviaire, futurs systèmes de navigation automatique pour automobiles), évalué par les spécialistes à quelque 50 milliards d'euros à l'horizon 2005.

Galileo est un projet de 3 milliards d'euros, a estimé Gérard Brachet, directeur général du CNES (Centre National d'Etudes Spatiales).

La France, qui "a toujours joué un rôle moteur dans le spatial et a l'intention de continuer", a par ailleurs en tête "un nouveau concept, baptisé Pléiades, d'une constellation de satellites optique et radar" sur lequel elle discute avec l'Italie, a ajouté M. Brachet.

Ce projet, s'il était approuvé, pourrait prendre la suite des satellites d'observation optique Spot et Helios, avec un coût de développement qui serait la moitié de celui de Helios-2, soit 6 milliards de F, a-t-il indiqué.

L'amiral Hubert Rossignol, chef du bureau Espace au ministère de la Défense, a indiqué que la France et l'Allemagne réfléchissaient à une relance du projet de système européen de télécommunications militaires par satellite dont la Grande-Bretagne s'est retirée en août 1998.

"On essaye de reprendre ce projet avec l'objectif de lancer une constellation franco-allemande et un premier satellite en 2003 afin d'assurer la succession de Syracuse-2", système utilisé par l'armée française qui arrivera en fin de vie d'ici à 2005, a-t-il ajouté.

La Grande-Bretagne a besoin d'un remplaçant pour son réseau Skynet, mais est moins pressée que Paris. L'Allemagne, de son côté, ne possède pas encore de système dédié de télécommunications militaires par satellite.

origine: PARIS 30/09/99 (AFP) Transmis par Steven


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