OVNI, le secret reste bien gardé

par François Anceau

 


Dans le texte suivant, François Anceau expose les arguments qui, contrairement à Gildas Bourdais, lui permettent de penser que le "secret américain" concernant les ovnis est toujours bien gardé. Gildas Bourdais lui apporte une réponse qui est publiée à la suite. Il est bien entendu que ces prises de position, que ce soit de la part de François Anceau ou de celle de Gildas Bourdais, n'engagent qu'eux-mêmes et ne réflètent pas nécessairement l'opinion générale d'Ufocom.
Simone B


Mon ami Gildas Bourdais vient d'écrire un ouvrage imposant, intitulé "OVNI, la levée progressive du secret". Malgré toute l'estime que je lui porte et l'intérêt que j'ai pris à lire son ouvrage, je ne partage pas son hypothèse. En effet, je pense que le cœur du secret que l'armée américaine entretient autour des ovnis continue à être absolu et très efficacement gardé.

Les récentes "révélations" par des groupes para-gouvernementaux (Cometa, Disclosure,…) pourrait laisser penser à une levée progressive du secret. Je pense que cette impression est le fait de l'agitation croissante de la masse des gens qui ne sont pas dans le secret, mais qui voudraient y être. Par contre, il semble que ceux qui sont vraiment détenteurs de ce secret ne parlent pas et n'ont jamais parlé. La meilleure citation à ce propos vient de l'article de Gildas dans lequel il cite la réponse de Mrs Tatcher à une question sur les ovni posée par une journaliste britannique: "Il faut obtenir des informations exactes, et ensuite on ne peut en parler au peuple". Aux Etats-Unis, des mouvements de contestation de ce secret sont régulièrement orchestrés par les plus hautes autorités comme le sénat ou la présidence, en vue de le percer, au moins à leur profit. Récemment, le mouvement Disclosure, visiblement orchestré par la présidence, à fait parler de lui. La chape de plomb est ensuite vite retombée, certainement lorsque lesdits responsables ont été eux-mêmes mis dans la confidence et ainsi contraints au secret le plus absolu. Le cas de la France semble complètement différent. Le gouvernement français n'a vraisemblablement jamais été mis dans la confidence. Nos services secrets ont peut être flairé quelque chose et le gouvernement a lancé un "pavé dans la mare" sous la forme du rapport Cometa.

Pour comprendre mon argument il est nécessaire d'examiner avec attention ce que pourrait être la nature même de ce secret. Tout d'abord, l'importance même des moyens mis en place pour le garder et le fait que les personnes dans le secret ne parlent jamais n'est pas compatible ni avec la nature, ni avec l'importance de ce qui a pu filtrer ou être imaginé. Des arguments comme ceux qui consistent à craindre une panique générale ou le fait de vouloir garder le bénéfice exclusif des retombées technologiques ne sont manifestement pas à la hauteur des précautions prises. A moins d'annoncer une grave menace contre l'humanité, la divulgation de contacts avec des civilisations extra-terrestres n'est pas de nature à déclencher une panique générale, tout au plus provoquerait-elle une forte vague d'intérêt et de curiosité. De même, les Américains nous ont montré qu'ils finissaient toujours par rendre public leurs secrets technologiques (à quelques détails près). En effet, la base même de la dissuasion réside dans le fait que l'ennemi potentiel doit savoir à quelle riposte il s'attend s'il attaque. Tout au plus les Américains restent discrets sur certains détails des technologies purement militaires comme ceux concernant la fabrication de l'armement thermo-nucléaire. Le fait de garder absolument secret des technologies, même extra-terrestres, ne correspond donc pas avec leurs habitudes. Il faut aussi noter que les responsables américains ont laissé entendre que le niveau de ce secret est supérieur à celui de tous les autres, y compris à celui de l'armement nucléaire. Pour le maintenir, ils n'ont pas hésité à faire disparaître toutes les preuves, à pratiquer de la désinformation sur une large échelle et à éliminer physiquement certaines personnes qui menaçaient de le divulguer (cas de Forestal).

Il me semble que la nature de ce secret est différente de ce qui est généralement avancé: Pour atteindre un tel niveau de confidentialité, il ne peut s'agir que d'un ultimatum posé par les extra-terrestres à l'humanité, ou d'un secret imposé par ces mêmes extra-terrestres et assorti d'une menace pour assurer son application. Dans les deux cas, le maintient du secret repose sur une grave menace posée par les extra-terrestres. Lors d'un discours devant l'ONU, Ronald Regan a d'ailleurs parlé de "menace extra-terrestre". Je pense que le cœur de ce secret pourrait être la nature même de cette menace ainsi que la nature même des contacts qui se sont produit avec les extra-terrestres. D'ailleurs, les différentes "révélations", dont certaines sont savamment orchestrées, n'ont jamais abordé ces questions, elles concernent toujours des faits, des observations ou des technologies. Ceci peut aussi vouloir dire que leurs auteurs n'étaient pas dans le secret….

Pour approfondir la première hypothèse nous pouvons explorer la piste proposée par J. G. Greslé. Cet auteur a remarqué que la vague d'ovni de 1947 s'est surtout manifestée autour des installations nucléaires américaines. De là à penser que nos visiteurs ont été indisposés par les premières explosions et qu'ils aient demandé leur arrêt avec une certaine fermeté, il n'y a qu'un pas.

La seconde hypothèse serait que les extra-terrestres auraient pris contact avec les autorités pour exiger le secret de leur présence. La question qui vient immédiatement à l'esprit est: pourquoi prendre contact si c'est pour rester discret! Il est possible que leur présence ait été dévoilée à la suite d'un crash, comme celui de Roswell. Nous pouvons émettre quelques hypothèses sur les raisons qui peuvent les pousser à vouloir rester discret. La première qui vient à l'esprit est qu'il s'agit d'êtres intelligents qui ont compris qu'il ne faut pas perturber l'évolution d'une société sous peine de la voir dégénérer. C'est beau et généreux, mais peu compatible avec un ultimatum contre l'humanité. La multitude des enlèvements incite plutôt à penser que nous sommes des animaux de laboratoire en train de subir une expérience génétique de grande ampleur, dont nous ne sommes pas forcément les bénéficiaires. Il ne faut pas que les cobayes se révoltent car cela perturberait l'expérience. Cette hypothèse, si elle est vraie, confirmerait le fait que les américains ne sont pas les initiateurs du secret mais qu'ils l'appliquent contraints et forcés.

Il semble que les Américains n'ont pas immédiatement obéit aux injonctions des extra-terrestres. Ceux-ci ont dû "insister" pour que nous obéissions: survol de Washington en 1952, blocage d'une base de lancement de missiles nucléaires en 1967, etc….. Il semble que devant ces démonstrations de supériorité, le gouvernement américain a fini par accepter l'ultimatum extra-terrestre et en a appliqué les conditions. Les conférences SALT ont permis un désarmement nucléaire et le secret de la présence des extra-terrestres n'a jamais été trahi.

Le fait que les américains "transposent" dans le domaine civil certaines technologies extra-terrestres est aussi un signe qu'ils ne sont pas les instigateurs de ce secret. Longtemps, j'ai pensé que le livre du colonel Corso n'était qu'une affabulation mégalomane car toutes les technologies citées avaient des antécédents connus dans l'histoire scientifique terrestre. Le cas de l'anti-gravité, actuellement en cours, nous montre la façon dont ces transferts semblent s'opérer. En fait, il s'agit plutôt de "suggestions" pour améliorer une découverte humaine, que de divulgations de technologies extra-terrestres complètement nouvelles. Récemment, un chercheur russe nommé Podkletnov a découvert un moyen de réduire de 2% le poids d'objets placés au-dessus d'un disque super-conducteur en rotation. La NASA s'intéresse à ce projet et aura dépensé près d'un million de dollars pour reproduire l'expérience, certainement en vue de l'"améliorer". Le fait que cet organisme dédaigne les travaux théoriques d'une chercheuse nommée Ning Li, qu'il a pourtant financé dans un premier temps, montre qu'il connaît déjà la "bonne direction". L'examen détaillé de la "petite histoire" des autres découvertes citées par Corso permettrait peut être de détecter si elles ont pu bénéficier de certaines "aides" en leur temps (il faut remarquer que les scientifiques n'aiment généralement pas du tout parler des suggestions dont ils ont pu bénéficier pour une découverte).

Si ces hypothèses sont vérifiées, il devient évident que le gouvernement américain se trouve dans une position très délicate et qu'une pression trop forte des ufologues l'obligerait à se replier sur des positions plus dures, et en particulier à cesser les transferts technologiques.

Avril 2002


Réponse de Gildas Bourdais à François Anceau sur sa note
"Le secret reste bien gardé"

Merci tout d'abord d'avoir porté de l'intérêt à mon livre "OVNIS : la levée progressive du secret", dont vous dites ne pas partager l'hypothèse. J'ai lu à mon tour votre note avec intérêt, mais votre thèse ne m'a pas convaincu. Je vais essayer de dire brièvement pourquoi.

Je voudrais d'abord corriger votre opinion sur le Cometa et sur le "Disclosure Project" du Dr Steven Greer. Ni l'un ni l'autre ne sont des "groupes para-gouvernementaux ".

Il est vrai que le groupe "Cometa" avait commencé son travail sous les auspices de l'Association des anciens élèves de l'IHEDN, mais il a ensuite mené ses travaux en tant qu'association totalement privée et indépendante. La confusion sur sa nature est due à mon avis à deux éléments. D'une part, son rapport a adopté la forme d'une étude officielle à laquelle étaient habitués les anciens auditeurs de l'IHEDN ; d'autre part, le bandeau de couverture de l'édition VSD était trompeur dans sa rédaction, en faisant croire à un rapport officiel.

Quant à l'action du Dr Steven Greer, elle est totalement privée ! Il est vrai que le Dr Greer a noué le plus possible de contacts et a fait du "lobbying" au sein de l'administration américaine (par exemple auprès du Directeur de la CIA, James Woolsey, qu'il a rencontré) mais il n'a jamais eu le moindre appui officiel, et surtout pas de la Maison Blanche. On lui a même mis des "bâtons dans les roues". Le Dr Greer me l'a confirmé directement lorsque je l'ai rencontré avec Joël Mesnard à Paris.

Une question qu'on peut se poser est celle du rôle qu'ont pu jouer les présidents américains successifs. Compte tenu des témoignages et des rumeurs que l'on connaît, on peut supposer que Truman Eisenhower, Nixon, Reagan et les deux Bush ont été "dans le coup", mais que Carter et Clinton ne l'étaient pas. La question est plus délicate pour Kennedy.

On sait que le Président Clinton a essayé de s'informer sur les ovnis au début de son mandat, mais qu'il n'a rien pu obtenir. D'autre part, Laurance Rockefeller a fait lui aussi du lobbying auprès de la Maison Blanche, plus précisément auprès du conseiller scientifique, le Dr John Gibbons. Un chercheur américain, Grant Cameron, a obtenu sous FOIA (Freedom of Information Act, Loi sur la liberté de l'information) la correspondance de Rockefeller avec ce service, l'OSTP (Office of Science and Technology Policy). L'OSTP lui a fourni en janvier 2001 991 pages de documents sur cette "Rockefeller Initiative". En bref, Rockefeller avait marqué des points vers 1993-94. Il était sur le point de convaincre Gibbons de s'intéresser aux ovnis, et en particulier à l'affaire de Roswell, qui était très chaude au printemps de 1994. L'enquête du Congrès (GAO) était lancée, mais on sait que l'US Air Force lui a coupé l'herbe sous les pieds en publiant dès le mois de juillet une première note de 22 pages reprenant la thèse du train de ballons "Mogul", soutenue par Karl Pflock dans un livre paru en avril. La Maison Blanche avait alors renoncé à étudier cette affaire.

Pour la petit histoire, je signale au passage le rôle bizarre de Jacques Vallée. Rockefeller lui avait proposé de se joindre à lui dans ses actions mais il avait refusé. Bien au contraire, il avait essayé de le saper par derrière : dans les papiers obtenus par Cameron, figure un Fax urgent de Vallée au Dr Gibbons, daté du 14 février 1994, pour essayer de le rencontrer. Il voulait bien entendu le dissuader d'étudier l'affaire de Roswell contre laquelle il a toujours été violemment hostile. En l'occurrence, Gibbons n'avait pas jugé utile de le recevoir, mais il s'était ensuite rangé dès le mois de juillet à l'opinion de l'armée de l'Air.

Venons-en à votre hypothèse d'un très grave secret qui, seul, pourrait expliquer la politique de secret rigoureux aux Etats-Unis. Vous supposez que des extraterrestres auraient posé une sorte d'ultimatum au gouvernement américain; "assorti d'une menace pour assurer son application". Selon vous, ce sont ces extraterrestres eux mêmes qui imposeraient le secret pour cacher leur présence.

Cette hypothèse me paraît très spéculative et ne reposant pas sur des éléments suffisants. Il ne me semble pas nécessaire de recourir à un scénario aussi dramatique pour expliquer cette politique de secret sur les ovnis.

J'observe tout d'abord que le secret n'est pas aussi étanche que cela. Il y a une quantité importante de témoignages, tels que ceux rassemblés et présentés récemment par le Dr Greer à Washington, sous le nez du gouvernement. Il est vrai que cette réunion a eu peu d'échos dans la grande presse, mais le fait même qu'elle a pu avoir lieu montre que l'information n'est pas totalement verrouillée. Si c'était le cas, nous ne saurions rien et n'aurions même pas l'idée d'en discuter !

De même, il y a de très nombreuses observations d'ovnis, dans toutes les régions du monde, tout au long des cinquante dernières années. Cela est en contradiction avec l'idée que les extraterrestres voudraient se cacher complètement.

En revanche, il y a de bonnes raisons, pour le gouvernement américain, d'avoir maintenu pendant si longtemps le secret. Vous citez à juste titre la surveillance du nucléaire qui a été mise en avant par Jean-Gabriel Greslé. Je suis d'accord avec lui sur cet aspect, auquel j'ai consacré un chapitre entier dans mon livre de 1997, "Ovnis : 50 ans de secret" (chapitre 4 : "Alerte sur les installations nucléaires"). Cet aspect était déjà suffisamment inquiétant pour justifier une politique du secret, et éviter une panique générale. Parmi les informations qui restent assez confidentielles, on a observé sur l'une des bases de missiles nucléaires qu'un ovni avait déplacé la lourde dalle de béton d'un silo. On a l'impression que le message était : "vos missiles n'ont aucun secret pour nous, et faites bien attention car ce sont des jouets dangereux !" En une autre occasion, c'est une dizaine de missiles qui ont été déprogrammés, si bien qu'il a fallu changer toute l'électronique de bord. Des cas semblables ont été observés en Russie.

Il y a d'autres raisons d'avoir voulu maintenir le secret. Très brièvement, je crois pour ma part qu'il y a eu, non seulement récupération d'un ou plusieurs engins accidentés, mais aussi des contacts secrets avec une ou plusieurs "races" extraterrestres. Je crois très probable que des formes limitées de coopérations ont été mises en place, disons à partir des années 60 aux Etats-Unis, après que les militaires américains aient compris qu'ils ne pouvaient lutter contre eux (voir à ce sujet dans mon dernier livre la lettre très révélatrice du Dr Fontes à l'APRO). D'autre part, il est plausible qu'il y ait eu des tensions avec au moins l'une de ces races. Certaines rumeurs le donnent à croire, mais là il faut se méfier de la désinformation "amplifiante". C'est le cas de certaines rumeurs "conspirationnistes" qui sont apparues dans les années 80 et qui ont déstabilisé l'ufologie, comme je le raconte dans mon livre.

En revanche, je continue à penser qu'il y a bien des efforts en vue d'une divulgation progressive des secrets sur les ovnis. Nous verrons bien au cours des années qui viennent si cette hypothèse se concrétise.

Gildas Bourdais
2 mai 2002


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